Manchester United : A la recherche du temps perdu

Il était 10h45 ce matin quand Manchester United a annoncé le licenciement de José Mourinho. L’entraîneur portugais s’en va avec un palmarès pas si vierge que son souvenir pourrait le laisser penser mais avec un sentiment d’échec partagé par beaucoup de supporters mancuniens. Derrière cela, des recrutements massifs au rendement limité, un jeu très pauvre et surtout l’impression d’un interminable déclin pour le club du nord de l’Angleterre…

Le 8 mai 2013 Sir Alex Ferguson annonçait son départ après 27 ans de règne, de victoires impossibles et de gloires mémorables. Ce fut, pour beaucoup de supporters, un jour infiniment triste. Comme si le monde s’écroulait et qu’il ne laissait paraitre dans son antre qu’un pitoyable avenir. Sûrement que cette tristesse était légitime car depuis ce jour-là, Manchester United s’est laissé aspirer par une chute libre dont on croit à chaque match connaître la fin, sans savoir que le prochain sera encore plus creux. Aujourd’hui, avec le départ de José Mourinho, le peuple mancunien s’est exprimé d’une manière qui ressemble à l’exact contraire de ce 8 mai 2013. Le limogeage du technicien de Setúbal se révèle être une délivrance pour des Red Devils prisonniers d’un destin misérable.

A son arrivée en 2016, Mourinho avait pourtant de quoi séduire. Il venait à la rescousse d’un club déjà plombé par les mandats de Moyes et de Van Gaal. D’ailleurs, quelques mois seulement après son arrivée, il remporte son premier trophée, le Community Shield. Un trophée rien que pour la gloire mais peut-être les prémices d’une réussite à venir. Et la suite de la saison ne lui donne pas totalement tort. En février 2017, il remporte l’EFL Cup après avoir notamment éliminé Manchester City en huitième de finale. Mieux encore, Manchester United remporte sa première Europa League en battant l’Ajax Amsterdam en finale. Jamais un entraîneur n’avait réussi à gagner un trophée majeur lors de sa première saison à la tête des Red Devils.

Mais même malgré ces victoires, les supporters sentent persister en eux un certain malaise. Ses sources en sont multiples mais la plus importante est sûrement celle du jeu, pauvre et incapable. Le football qu’a installé Mourinho à Manchester United est celui de la non-intelligence. Bien loin est l’époque où le Special One préparait savamment ses matchs pour que le Real Madrid batte Barcelone. À Manchester, on laisse simplement le ballon à l’adversaire puis quand on le récupère, on le dégage devant en espérant que Lukaku puisse gagner un duel et qu’un ailier (l’un de ceux accumulés durant ces mercatos qui se ressemblent) fasse un exploit.

Le jeu est indigent, la gestion de l’effectif est passable, les mercatos sont terriblement mal menés et en plus de cela, les victoires disparaissent. La saison passée, Manchester se fait éliminer en huitième de finale de Ligue des champions par le FC Séville, perd en finale de FA Cup contre Chelsea, en quart de finale d’EFL Cup contre Bristol City et termine deuxième du championnat derrière l’autre club de la ville. Aucun titre et le sentiment que rien ne pourrait s’améliorer. La saison 2018-19 est pire encore : seulement 7 victoires sur 17 matchs et déjà 19 points de retard sur le leader Liverpool…

Finalement, cette annonce semble être la conséquence logique d’un échec cuisant. Mourinho s’en va avec un pourcentage de victoire encore plus faible que lors de son deuxième passage à Chelsea et laisse derrière lui des supporters qui retrouvent un soupçon d’espoir au lendemain du tirage de la Ligue des champions.

Reste à savoir comment Manchester United peut désormais rattraper ce temps perdu, reste à savoir avec qui. Très vite le nom de Zinédine Zidane est intervenu, puis ceux de Laurent Blanc, d’Antonio Conte ou de Leonardo Jardim. En attendant c’est Michael Carrick qui assurera l’intérim. Et c’est peut-être une très bonne idée. Déjà, cela permet à Manchester de renouer avec sa tradition britannique et avec une certaine culture du football. Ensuite, cela donne l’espoir de voir les Red Devils pratiquer un football plus construit, plus organisé, plus cohérent et finalement plus victorieux et spectaculaire. Car Michael Carrick a été, durant ces dernières années, le digne et rare représentant du football propre en Angleterre et plus particulièrement à Manchester United où il faisait figure de « dernier des mohicans », semblant être le seul capable de proposer un football serein et intelligent. Il ne tient désormais qu’à lui de donner le coup de fouet que les supporters attendent depuis 2013 pour renverser la vapeur et ramener la fierté.

Une leçon de football (CREDITS : ESPN)

Au milieu de tout ce chahut qui va commencer pour connaitre le futur manager des Red Devils, on retiendra finalement que le licenciement de José Mourinho représente à la fois la mort et la naissance. La mort de l’emprisonnement des supporters dans un football qui n’est pas celui qu’un grand club comme Manchester United se doit de proposer. La naissance d’un espoir et d’une envie de reconquête pour que l’histoire du club mancunien revienne dans le sillon tracé par les victoires passées.

José Mourinho s’en est allé. Glory Glory Man United.

Crédits photos : Oli SCARFF / AFP

 

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Quand les gens sont d'accords avec moi, j'ai toujours le sentiment que je dois me tromper.