C’est leur heure, c’est le moment que la ville attend depuis un peu plus d’un mois, depuis le tirage au sort effectué par Pascal Cygan. Je ne vais pas vous mentir, il y a en ce mardi soir de décembre un peu d’excitation sur le trajet jusqu’au stade. Celle du gamin d’une ville de province qui n’a jamais eu l’occasion de vibrer pour le club de sa ville, trop petit pour rivaliser ou créer des exploits significatifs. Cela fait bien longtemps qu’aucun club de Ligue 1 n’est venu ici, très exactement depuis 2007 et un 16e de finale face au RC Lens d’Eric Carrière.
L’US Orléans était alors un club de CFA. Il avait ravivé un peu les heures glorieuses des années 80 et une finale de Coupe de France face à l’AS Monaco (1-3) qui avait tourné « à cause de ce coup franc de salope de Delio Onnis qui a tiré avant que l’arbitre siffle alors qu’on poussait pour revenir » (Ça c’est mon père et mon grand-père qui était assis dans les gradins du Parc des Princes qui me le racontent).

En tout cas, 38 ans après, c’est tout Orléans qui se tasse dans les 3 tribunes (plus une provisoire installée pour l’occasion), 10.000 chanceux qui sont des partenaires du club, des potes de partenaires ou qui sont sortis victorieux de la file d’attente de la billetterie de fortune par -5 degrés de samedi dernier à l’aube.
Direction le stade et la tribune découverte pour une soirée qui devrait rester un moment dans la mémoire orléanaise.

18h30 : La presse régionale avait prévenu qu’il faudrait arriver tôt au stade. Dans son supplément historique de 18 pages, elle indique une ouverture des portes dès 18h pour ce match de gala. Une petite centaine de personnes ayant des places non numérotées dans les tribunes découvertes guette l’ouverture comme on attend l’ouverture du centre commercial le premier jour des soldes. « Toute façon, si à la mi-temps y à 0-0, on pourra se dire que tout est jouable ». Effectivement la réflexion de ce brave homme bonnet vissé sur le crâne et écharpe collector au cou est pleine de bon sens. Nous sommes d’ailleurs plusieurs centaines à faire et refaire les différents scenarii de cette partie alors que l’heure avance.

19h20 : Le chrono tourne et le coup d’envoi se rapproche, le club a d’ailleurs tout prévu et mis les petits plats dans les petits avec plusieurs foodtrucks installés pour l’occasion autour du terrain. On patiente comme on peut avec une frite de la buvette en observant les nouveaux arrivants dans cette tribune, un de mes voisins de droite pouffe fort en parlant de «  ces pauvres footix pas là vendredi dernier contre Ajaccio ». Encore une bonne remarque, avant d’ajouter : « Nous on était là vendredi, on a eu froid et on s’est fait chier ». Encore dans le mille.

20h00 : H-1, le speaker prend la parole pour la première fois. Pour vous décrire un peu François (aucun prénom n’a été modifié), c’est le speaker historique du club. Un bénévole, comme on en fait plus sur les terrains professionnels. Pas toujours dans le bon tempo, rarement judicieux dans ses interventions, il tente des blagues pour créer de l’interaction avec le public. Il déclarait d’ailleurs ce matin dans ce fameux supplément « vouloir venir même avec une jambe cassée ».

20h15 : La soirée commence enfin avec cette bonne initiative du club orléanais qui met à l’honneur les héros de 1989, qui quelques années après la bande à Patrick Viot (Cf Le coup franc de Delio Onnis) avaient éliminé le PSG en 8es de finale. Une mise à l’honneur décalé de quelques secondes puisque les héros prennent du temps à arriver sur le terrain : « Ils sont encore à l’apéro. » Sacré François, toujours le mot pour rire. Un moment de gloire de courte durée pour nos vétérans puisqu’au même moment, les parisiens arrivent à l’échauffement avec un accueil mitigé et un somptueux « T’ES PAS CHEZ TOI BUFFON » qui descend de la tribune à l’encontre du portier italien qui tendait pourtant le pouce à ma tribune du soir.

20h30 : Kylian Mbappé arrive avec un peu de retard à l’échauffement. Remplaçant au coup d’envoi, il reçoit un accueil chaleureux du public de la Source. Ça manque encore un peu de folie, c’est le moment choisi par le speaker et Gue de sortir l’arme secrète : le nouveau canon à écharpes. Un produit testé vendredi face à Ajaccio et tombé en panne au bout de 3 écharpes. L’objet est a nouveau abandonné après que deux écharpes terminent sur le toit de la tribune latérale.

20h55 : L’heure des compos, alors que l’on a le droit à un nouveau « T’ES PAS CHEZ TOI BUFFON ». Thomas Renault remporte l’applaudimètre du public de la Source. Le gardien emblématique de l’USO devra être énorme ce soir. Un portier local mis à contribution dès la 37e seconde avec une sacrée parade devant Choupo-Moting accompagnée d’une acclamation générale de la tribune derrière son but.

21h16 : Un bon quart d’heure de jeu et toujours pas de but dans le Sud d’Orléans. En cause, un solide bloc défensif mis en place par le coach local Didier Ollé Nicolle qui dérange quelque peu des Parisiens pas forcément justes dans la transmission. Dans les tribunes, l’ambiance est surtout assurée par les 340 parisiens du parcage visiteur. Pendant ce temps, mon voisin du rang juste en dessous n’en rate pas une miette et filme la partie avec un caméscope. Et pourquoi pas ?

21h32 : Peu d’occasions dangereuses des deux côtés mais les Orléanais ont étonnement plus frappé au but que les Parisiens. Sale soirée en revanche pour Angel Di Maria qui reste au sol après un gros contact avec Avounou. Thomas Renault sort de sa surface pour prendre des nouvelles sur les conseils d’un supporter orléanais. «  Vas-y ! Termine-le Thomas ! »

21h40 : Ce sont finalement les Parisiens qui frappent les premiers par Cavani, après une légère erreur d’anticipation de Bouby et Mutumbo pourtant appliqués pendant la première période. Et comme le destin fait bien les choses, la pluie fait son apparition dans la minute suivante histoire de glacer un peu plus la tribune découverte.

21h47 : Quelques secondes après un nouveau tampon de Pinaud sur Di Maria qui essuie des hués du stade orléanais, Monsieur Miguelgorry propose à tout le monde de rejoindre les vestiaires et/ou la buvette pour une pause bien méritée. Commence alors les deux épreuves que redoutent tous les supporters, les 15 minutes de pause sous une pluie battante et la queue à la buvette.

22h05 : Après l’annonce des différents sponsors de la compétition, il est temps de reprendre le jeu. Première surprise, c’est Gigi Buffon qui rejoint la cage située en bas de notre tribune en lieu et place d’Alphonse Aréola, l’occasion pour notre ami de droite de sortir son désormais culte « Oh, pourquoi il change de gardien ? T’ES PAS CHEZ TOI TUCHEL ! ». Avec une variante donc.

22h13 : Clap de fin pour Di Maria qui prend la direction des vestiaires après un énième choc, le PSG reste à 10 pendant que son prodige se prépare.

22h15 : ENFIN ! Changement et entrée de Kylian Mbappé dans un frisson et des yeux de gamins écarquillés. La grisaille orléanaise aura donc le droit à 30 minutes de l’enfant roi sur ses terres. Et un duel épique avec El Manifico Thomas Renault. Match dans le match.

22h24 : Encore une parade pour Renault qui sort dans les pieds de Mbappé. Le portiel local, sous les acclamations de son public, repousse l’échéance et permet aux Orléanais d’y croire alors qu’il reste encore 25 minutes à jouer.

22h28 : INCROYABLE ! Le Frisson ! Le moment que la ville attendait ! Alors que les parisiens jouaient à se faire peur depuis quelques minutes, c’est Nkunku qui faute à 20 mètres de ses buts et laisse Joseph Lopy ajuster Gigi Buffon, un peu court sur le coup. Le stade explose, le caméscope vole et Orléans est à 20 minutes d’une historique séance de tirs aux buts.

22h35 : La pluie redouble d’intensité et l’ambiance monte encore d’un cran avec un public orléanais qui se réveille enfin et entonne de savoureux « USO ! ». L’heure des changements avec D’Arpino d’un côté et Diaby de l’autre. « Il n’y a pas plus fort que Renault sur les tirs aux buts », me glisse-t-on à l’oreille. C’est vrai, le portier orléanais a qualifié les siens dans les trois tours précédents grâce à ses parades…

22h39 : Assommé ! Véritable climatisation de Moussa Diaby. Tout juste entré en jeu, le numéro 27 parisien trompe Thomas Renault et remet le PSG en tête. Cette fois-ci, le match semble terminé.

22h53 : Malgré une dernière action incroyable et un Thomas Renault à deux doigts de réaliser une papinade anthologique, Orléans sort en 8es de finale de la Coupe la Ligue.
Pas assez « pour rester dans les annales » selon coach Ollé Nicolle, mais assez pour avoir les honneurs de la presse nationale ce mercredi matin.

Fin de cette soirée mémorable. Le plus gros a gagné et les héros de 1980 et 1989 n’auront pas de successeurs ce soir.
Repartons donc des souvenirs de ce moment plein la tête, et préparons-les, afin de transmettre et raconter à notre tour à la jeunesse orléanaise une histoire de football fabuleuse à base de pluie, de gardien volant et de tête de noisette.
C’était beau. C’était froid. Et c’était chez moi.

Crédits photos : GUILLAUME SOUVANT / AFP // Corentin Vincent

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