[Interview] Marcel Dib : « Il faut se focaliser avant tout sur le jeu. »

Ancien international français, Marcel Dib occupe actuellement le poste de directeur sportif au club d’Aubagne. Ce milieu travailleur qui aura rendu de bons et loyaux services à l’AS Monaco ou encore l’Olympique de Marseille est revenu sur le contexte du football marseillais.

Marcel Dib, vous êtes directeur sportif d’Aubagne depuis quelques années, quel regard portez-vous sur le niveau global du football amateur marseillais ?

C’est le football amateur qui m’a permis de faire une bonne carrière, j’estime qu’il y a des clubs qui font du très bon boulot. A Marseille, il y a de bons éducateurs. Je pense qu’aujourd’hui on est sur la bonne voie. Tous les clubs, éducateurs, bénévoles travaillent bien. Il y a beaucoup de bons jeunes dans la région.

Rudi Garcia est parti, André Villas-Boas est arrivé, après une saison compliquée, quel est votre avis sur la situation actuelle de l’OM ?

Entraîneur c’est un poste difficile. Avant l’entraîneur, il y a des dirigeants, un club, et je pense qu’à l’OM on a manqué de solidité au cours des dernières années. On a eu des résultats en dents de scie. Je pense qu’il faut structurer le club, le club n’est pas encore bien en place. Ça va venir j’espère. Il ne faut pas forcément du changement à tous les niveaux, mais il y a un réel besoin de structurer ce club pour savoir où le club veut vraiment aller. L’encadrement d’un club est important, il faut peut-être s’inspirer des méthodes d’autres clubs en Europe.

Le centre de formation de l’OM est extrêmement critiqué, est-ce que le rapprochement avec des clubs locaux est une bonne chose ?

Oui les partenariats avec les clubs amateurs c’est une bonne chose, il faut cibler les jeunes joueurs auprès des clubs amateurs. Il faut qu’ils arrivent à repérer et cibler les joueurs avant les autres, et qu’ils entretiennent de bonnes relations avec les clubs amateurs locaux pour signer plus de jeunes joueurs. Après, il y a peut-être d’autres clubs qui vont plus vite, ou qui ont de meilleures relations avec certains présidents de club. Après ce n’est pas facile de réussir à l’OM pour les jeunes, il faut avoir du caractère et qu’ils ne lâchent rien.

Est-ce que la mentalité générale propre au football amateur est en train d’évoluer ?

Oui, nous à l’époque on s’entraînait deux fois par semaine quand on était jeune, aujourd’hui il y a beaucoup plus de sessions d’entraînements. Vaut mieux faire deux belles séances, que réaliser trois-quatre sessions d’entraînements par semaine. Il faut les préparer à petite dose. Il faut que les jeunes pensent plus à un jeu, à un plaisir. Il ne faut pas mettre la pression sur le petit, de gagner les matchs, au départ ça reste un jeu. Avant de penser à une éventuelle carrière, il faut qu’ils pensent au jeu. Chez les plus jeunes, il y a la mise en place de matchs sans classement, je pense que c’est une bonne chose. Il faut se focaliser avant tout sur le jeu, la passion. Le football c’est un sport de rue, de quartier à la base. Il faut que les parents comprennent que c’est un jeu, avant de penser au monde professionnel, faut que les petits prennent du plaisir, qu’ils aient envie de s’entraîner et disputer des matchs avec leurs collègues.

Etant un ancien professionnel, remarquez-vous une certaine évolution dans le jeu des équipes professionnelles ?

Non pas spécialement, pour moi ça jouait aussi vite il y a quelques années. A l’époque, il y avait surement plus de joueurs techniques. Aujourd’hui on se base surtout sur la tactique et sur le physique. C’est vrai que tactiquement on voit plusieurs clubs et pays faire jeu égal avec de grosses équipes. Aujourd’hui, avec des joueurs qui ont envie de gagner, on peut faire des exploits en gagnant des gros clubs. Des joueurs seniors amateurs arrivent de plus en plus à égaler des joueurs professionnels sur une rencontre. Ce qui prouve qu’il y a du bon travail effectué en amateur.

Vous connaissez bien Christophe Galtier, vous avez joué avec lui au cours de votre carrière, qu’est-ce que vous pensez de sa belle saison au LOSC ?

Oui c’est vrai, on a joué ensemble à l’OM en Ligue 2, pour l’accession en Ligue 1, entre 94 et 96. Ça se voyait qu’il travaillait déjà tactiquement. Il a fait du bon boulot à Saint-Etienne, et il a fait du super travail à Lille. Il est dans un club de confiance, avec un groupe exceptionnel, on sent que le vestiaire vit bien ensemble, c’est très important. Il sait se montrer sévère avec ses joueurs par moment, et également de lâcher du leste quand il le faut. C’est pour ça qu’il arrive à réussir. Il est dans un bon club avec de bons dirigeants. Tout le monde travaille dans le même sens.

Quel est votre avis sur Nuno Da Costa, vainqueur de la Coupe de la Ligue, qui a évolué auparavant à Aubagne ?

Nuno je l’ai vu évoluer à Aubagne. Je le voyais jouer au-dessus, mais pas en Ligue 1. Je le voyais plutôt sortir son épingle du jeu en Ligue 2, avec la vitesse qu’il avait. C’est un joueur qui avait envie d’être professionnel. Il était sérieux, il avait la vitesse. Aujourd’hui il joue en Ligue 1, je le félicite. Je pense que des joueurs comme lui il y en a encore, on peut les trouver, après c’est le sérieux qui paye, il voulait y arriver, il l’a fait.

Crédits photo : BORIS HORVAT / AFP

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