Le tournant autoritaire du Paris Saint-Germain

Sur le papier, PSG rime avec autorité. La réalité est un peu plus nuancée. En effet, le Paris Saint-Germain de l’ère qatarie a connu plusieurs séquences médiatiques intenses sur le plan extra-sportif dont voici une liste non-exhaustive : l’altercation de Leonardo, l’affaire Aurier, le cas Ben Arfa, les retards à répétition des sud-américains ou encore l’arrivée somptuaire de Neymar.

L’enchainement de contre-performances sur la scène européenne associée à une fin de saison ratée ont poussé la direction à opérer d’importants ajustements au niveau de la direction sportive. Leonardo a ainsi remplacé Antero Henrique au poste de Directeur Sportif. Il s’agit là du quatrième changement à ce poste en huit ans ce qui est loin d’être anodin. 

Si la stratégie du club a manqué de clarté suite au départ du directeur sportif brésilien, son retour fait naitre de nouveaux espoirs avec une institution forte placée au cœur du projet. 

La gestion musclée des dossiers par Antero Henrique 

Plutôt discret dans les médias, Antero Henrique a été très actif en coulisses concernant les contrats professionnels.

La gestion du centre de formation

L’une de ses missions a consisté à endiguer la fuite des jeunes talents du centre de formation. Au cœur de la région parisienne, le PSG dispose de l’un des plus grands viviers de footballeurs au monde. Depuis cette année, son centre de formation est même classé numéro un par la Fédération Française de Football. 

Francophone, le dirigeant passé par le FC Porto a, dans un premier temps, placé ses hommes en interne. Il a ainsi restructuré le secteur sportif à son image. Il s’est ensuite chargé de faire signer une dizaine de contrats professionnels conformément à sa mission.

S’il a réussi à stopper l’hémorragie – on ne compte que le départ notable de Claudio Gomes vers Manchester City – ses méthodes ont parfois été très critiquées. Le dirigeant lusitanien ne lésine pas sur les moyens en versant des primes à la signatures évaluées à 1,5M€ par jeune ou en ne travaillant qu’avec son réseau. Les négociations avec clan Nsoki à l’été 2018 se sont par exemple éternisées alors que le jeune parisien effectuait ses premiers pas avec l’équipe professionnelle. L’intervention ultime de Maxwell (coordinateur sportif) a permis de contrer l’Olympique de Marseille sur ce dossier.

Le point de non-retour dans la gestion du cas Rabiot

Cette main de fer dans un gant de velours, Antero Henrique l’a également eue avec l’un des talents parisiens les plus difficiles à gérer  : Adrien Rabiot. Sa prolongation a été un véritable serpent de mer jusqu’à début décembre 2018. L’international tricolore a affirmé sa volonté de quitter son club formateur libre afin de rejoindre le club de son choix. Vexé, Henrique a tout fait pour le transférer en janvier -sans succès- et a pris une décision radicale. S’il ne prolonge pas, Rabiot ne portera plus les couleurs du PSG. 

Cette mesure brutale, validée par le président du PSG Nasser Al-Khelaifi, marque un changement de ton dans la gestion de l’effectif parisien. Si un joueur ne s’inscrit pas dans le projet, la sortie pourra lui être indiquée.

L’appel du 18 juin

A l’image du Général de Gaulle, le Président Nasser Al-Khelaifi s’est exprimé depuis son bureau londonien dans une interview parue dans France Football le 18 juin. De là à y voir un clin d’œil de l’Histoire… Le contenu quant à lui pose les fondations d’une révolution. 

Un nouvel état d’esprit

Lorsqu’il est question de la composition de l’effectif du PSG la saison prochaine, NAK annonce qu’il veut « des joueurs prêts à tout pour défendre l’honneur du maillot et s’inscrire dans le projet du club. Ceux qui ne veulent pas, ou qui ne comprennent pas, on se voit et on se parle. Il y a bien sûr des contrats à respecter mais la priorité est désormais l’adhésion totale au projet ». Pour ce qui est de Neymar, il rappelle que ce dernier est venu sans y être obligé, en ayant connaissance du projet. 

Il ressort de cette entrevue un durcissement de la ligne dans le discours présidentiel. Fini les comportements de stars, le projet du club est replacé au centre des préoccupations et des efforts fournis au quotidien. S’il conforte Kylian Mbappé, c’est parce que ce dernier a émis le souhait d’avoir davantage de responsabilités, une plus grande influence et implication dans la croissance du club. Ce dernier devra donc « aller chercher les responsabilités, parfois même les arracher ».

Les envies de départ de Neymar

Aux dernières nouvelles, Neymar Jr. souhaite quitter le PSG et a fait part de ses intentions en fin de saison. Il souhaite rejoindre le FC Barcelone. Au moment de l’entretien à FF, ces informations n’étaient pas encore révélées au grand public mais l’on comprend désormais l’ouverture laissée par le président Al-Khelaïfi sous la forme de l’équation suivante : l’implication totale dans le projet du club d’un côté et le respect des contrats de l’autre. 

Si un joueur n’adhère plus au projet, il pourra partir mais ne sera pas bradé. Le message a bien été reçu mais les prétentions semblent pour le moment assez éloignées des moyens du Barça. Comme lors de la première édition du transfert du siècle, Pini Zahavi est à la manœuvre et nous ne sommes pas à l’abri de rebondissements. En attendant, c’est du côté du Centre Ooredoo de Saint-Germain en Laye que l’attaquant brésilien a repris l’entrainement ce lundi.

Le mythe de l’institution

Interrogé par le Canal Football Club en 2017 sur le transfert record de Neymar, Leonardo, pionnier du PSG version QSI donne son avis.

La loi du plus fort

Il le qualifie  de « star de cinéma, joueur charismatique… très bon joueur » tout en y ajoutant un bémol « la gestion est très importante. Le club doit rester le plus fort. Peu importe si c’est Neymar ou Cristiano Ronaldo, le club c’est une institution à respecter. C’est elle qui va guider le projet, ce n’est pas Neymar ». 

Ces paroles datent d’octobre 2017 mais semblent prémonitoires lorsque l’on pense à la gestion du cas Neymar par le PSG. Entre temps, Leonardo  est revenu aux affaires avec en filigrane la volonté de faire respecter l’institution et la replacer au cœur du projet.

Le retour de l’architecte

Plus récemment, il a déclaré au Parisien-Aujourd’hui en France (9 juillet) : « Quand un joueur veut quitter le club, c’est la vie normale du football. Pourquoi faudrait-il que cela soit vécu comme un déshonneur ? Comme si c’était toujours la faute du club ».

Cette posture est inédite au PSG version QSI. On se souvient encore des prises de positions musclées du président Al-Khelaïfi face aux assauts du FC Barcelone visant Verratti ou encore Thiago Silva ces dernières saisons les déclarant « intransférables ». Jusqu’à l’arrivée d’Antero Henrique en 2017 le club parisien avait d’ailleurs l’image d’un club acheteur mais pas forcément bon vendeur. Les contraintes liées aux arrivées de Neymar et Mbappé associées à celles du Fair-play financier ont obligé l’état-major parisien à ajuster sa stratégie. En effet, la violation manifeste des règles en vigueur dans le cadre du FPF priverait le club de Ligue des Champions et remettrait en cause toute sa stratégie. 

Fluctuat Nec Mergitur

Finalement, l’évolution du discours et des mesures prises à l’égard de joueurs emblématiques visent à renforcer l’incarnation même du Paris-Saint Germain. Ce que certains appellent l’Institution, l’idée selon laquelle le club est au-dessus de tout à l’image de la République qui est « Indivisible » et trouve son fondement dans la Constitution. En soi, ce tournant autoritaire s’est imposé naturellement à l’aube du cinquantenaire du club parisien et au fil des métamorphoses d’un effectif composé entre autres de vedettes et de titis parisiens. Fluctuat nec mergitur, la célèbre locution latine et devise de la ville de Paris signifiant « battu par les flots, mais ne sombre pas » collerait parfaitement à la situation et pourrait se substituer au « rêvons plus grand ». Une fois de plus, c’est depuis Londres puis Paris qu’a été lancée la résistance avec à la manœuvre un tandem Al Khelaïfi – Leonardo. L’idée n’est plus de promettre un succès européen mais de renforcer l’institution PSG, de consolider les fondations des succès de demain.

Photo crédits : Stephane Valade / DPPI