Cette année dans les travées d’Anfield, la question est de savoir de quelle manière rêver. Faut-il s’extasier devant tous ces records qui tombent ou suffit-il de se laisser transporter par le puissant YNWA ? Alors que les projecteurs sont braqués sur le trio d’attaque des Reds, d’autres préfèrent admirer cette paire de latéraux infatigables. Beaucoup font même une overdose de frissons délivrés par la folie de Klopp ou les sauvetages de Van Dijk. Alors au beau milieu de toute cette animation, donnons enfin de la lumière à l’un des joueurs les plus sous-côtés de Premier League. Georginio Wijnaldum.

Juillet 2016. Wijnaldum débarque à Liverpool contre environ 30 millions d’euros. Il fait partie intégrante de la vague d’arrivée qui inclut Sadio Mané et symbolise l’une des premières pierres du renouveau de Liverpool. Pourtant le Batave est rarement le premier cité à l’instant d’évoquer la formidable réussite des Scousers. Cap sur la carrière d’un joueur qui n’a pas toujours été ce box-to-box qui plaît tant à Jürgen Klopp.

La précocité à la Hollandaise

Enfant de Rotterdam, Georginio Wijnaldum quitte tôt le Sparta afin d’achever sa formation au Feyenoord. En 2007, il devient professionnel à 16 ans, signant un record de précocité en Eredivisie. Titulaire dès la saison 2008/2009, Gini se révèle deux années plus tard dans un rôle de milieu offensif. Il inscrit 14 pions en 34 matchs de championnat. Sa carrière est lancée.

Le PSV Eindhoven mise 5 millions sur lui et Wijnaldum découvre la sélection dès 20 ans. En 4 saisons au PSV, le droitier joue 154 matchs, inscrit 56 buts et délivre 24 passes décisives. Après une coupe du Monde 2014 où il séduit le PSG, Wijnaldum remporte le championnat et la coupe des Pays-Bas pour sa dernière saison à Eindhoven. Brassard autour du biceps, parfois en numéro 10 dans un 4-3-3 défensif, souvent 8 dans un système plus offensif, son entente avec Depay torture les défenses du championnat. L’alerte est donnée, ça s’excite en Angleterre.

Newcastle dégaine avant tout le monde. Le tarif s’élève à 20 millions. Le nom de Wijnaldum sera sur toutes les lèvres dès octobre 2015. Contre Norwich, il envoie le second quadruplé de sa carrière. Il termine l’année avec 11 buts et 5 assists au compteur mais reste irrégulier – notamment à l’extérieur. De plus, malgré l’arrivée de Rafa Benítez en fin de saison, ce Newcastle termine 18ème, direction la Championship.

Le Wijnaldum nouveau est arrivé

Georginio n’a rien à faire en seconde division et il le sait… Klopp aussi. À l’été 2016 le technicien allemand hérite d’un joueur polyvalent qui va de l’avant. Un joueur travailleur, habile face au but et vif sur les ailes comme dans l’axe. Seulement, l’excité du banc des Reds ne compte pas miser sur les qualités offensives de son nouveau cobaye. Pas en priorité du moins. Pourtant Gini plante 6 buts – d’une importance capitale – et est le meilleur passeur des Scousers (11 passes décisives) lors de sa première saison. De belles stats pour un milieu de terrain mais en vérité, la mue de Wijnaldum ne fait que débuter. Pas touche au trio Coutinho-Firmino-Mané, Wijnaldum jouera un cran plus bas, en 8. Klopp veut faire de son joueur un pur box-to-box capable de lier la défense et l’attaque des Reds.

Quoique légèrement inconstant, Wijnaldum s’adapte à son nouveau rôle et après deux saisons décevantes, Liverpool réintègre le Top 4. La saison 2017/2018 démarre, Jürgen continue de profiter de la polyvalence de son joueur. Il l’aligne en sentinelle de son 4-3-3 ainsi qu’en numéro 6 dans un 4-4-2. Son utilisation si bas s’explique par sa capacité à résister et s’extirper des pressings adverses. Une qualité que Henderson lui envie sûrement.

Georginio entretient la confiance de son coach grâce à cette polyvalence et aux méformes de ses partenaires. Non, Gini ne fayote pas mais ses stats ne parlent plus pour lui. 2 buts, 4 assists sur 2017/2018 : son apport offensif est critiqué. Coutinho est descendu d’un cran et la concurrence s’intensifie pour le natif de Rotterdam. Pour complexifier l’affaire, Van Dijk vient étrenner son catogan sur les bords de la Mersey. Wijnaldum n’est plus le Hollandais préféré d’Anfield.

Le joueur d’1m75 est assez irrégulier et tire moins au but que lors de ses années au PSV (2,5 tirs par match la saison du titre contre 1 en 2017/18). Mais c’est à Salah de planter et l’équipe roule sur l’Europe. Liverpool ne perd qu’en finale de Champions League sans avoir pu bénéficier de la présence d’un gardien.

Et Mersey qui ? Mersey Gini !

À l’aube du nouvel exercice, le doute s’immisce autour de Wijnaldum. Le club au Liver bird a recruté Keïta et Fabinho, les places seront chères. Mais la Premier League assiste à la montée en puissance du milieu batave. Ce dernier joue généralement en pointe basse du milieu du 4-3-3 de Klopp et oublie la couleur du banc. Gratteur de ballons professionnel, travailleur plein de sang froid durant la première partie de saison, le droitier s’essouffle ensuite. Un coup de barre qui dure jusqu’à ce que son coach l’intronise en faux 9 contre le Barça. Georginio ne pèse pas, 3-0 pour Messi et consort lors du quart de finale aller.

Le 7 mai 2019, Gini a rugi et Anfield aussi. Crédit photo : Icon Sport

Au retour, alors qu’il boudait depuis le banc de touche, le milieu entre en scène pour le deuxième acte. Une course effrénée et un service d’Alexander-Arnold plus tard, le Néerlandais est déjà buteur (54ème). Deux minutes s’écoulent, Shaqiri adresse un centre parfait que Wijnaldum ira chercher dans les nuages d’Anfield. Dans une galaxie où Piqué a l’obligation de porter un masque pour respirer. Les Barcelonais n’auront jamais réussi à contrôler le Batave qui joue un parfait rôle de métronome. Piqué a Shakira mais Liverpool a la qualif’. Wijnaldum ne brillera pas en finale mais l’essentiel est ailleurs.

Épanoui en Oranje comme en Red

La gloire touche enfin Wijnaldum, il entre dans la liste des 30 éligibles au Ballon d’Or. À 29 ans, le Hollandais volant fait respirer le jeu des Reds. Briseur de lignes, il sait alterner jeu court et jeu long. City en a souffert.

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Il a régalé contre l’autre Manchester sans oublier de voler la dignité de Maguire. L’Oranje réussit 90,5% de ses passes en PL, une stat révélatrice au vu des ouvertures tranchantes dont il est capable.

Exemple lors du derby d’Angleterre : Wijnaldum est un joueur qui va de l’avant. Crédit : Sky Sports

Le gegenpressing de Klopp fait toujours autant de victimes et grâce à son placement, Wijnaldum est un vrai stoppeur de contre-attaques. Joueur intelligent, aurait-il l’étoffe d’un entraîneur ? « Gini pourrait certainement le devenir s’il le veut. » Phrase signée Jürgen.

Désormais, il doit gagner en régularité durablement pour ne plus passer certains matchs sous la tunique de Casper. L’avenir de Georginio reste flou, son contrat ne dépasse pas juin 2021 et des rumeurs contradictoires ne manquent pas de pulluler.

En Premier League, il en est à 2 buts cette saison, mais avec les Pays-Bas Wijnaldum est bien plus offensif et a claqué 8 pions lors des qualifications pour l’Euro. Contre l’Estonie il a même profité de l’une de ses réalisations pour envoyer un uppercut au racisme.

S’il continue sur cette voie, il sera difficile de ne plus le sortir du lot du côté d’Anfield. En tout cas, la comparaison qui le lie à Clarence Seedorf depuis ses débuts n’a pas fini de faire le tour des bars d’Angleterre.

Crédit photo : James Wilson/Sportimage Photo by Icon Sport

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