FC Porto : un titre pour rien ?

Mercredi soir, le FC Porto était sacré champion du Portugal pour la 29e fois de l’histoire du club après une saison à suspense, aussi bien sportivement qu’en raison de la situation sanitaire et de ses conséquences. Alors que tout le monde au club s’enthousiasme de cette victoire finale – et c’est compréhensible -, peu de ceux qui gravitent autour de Porto se posent la question qui va pourtant de soi : « et après ? » Nous voilà tenus d’y apporter des éléments de réponse en se basant sur la stratégie sportive du club depuis quelques années.

Le champion le plus moche des vingt dernières années ?

Certes provocatrice, la question mérite pourtant d’être posée, d’autant qu’elle est loin d’être dénuée de sens. L’on ne s’attardera pas sur le (faible) nombre de points pris par les grosses équipes,  ou sur les nombreuses contre-performances très largement évitables de Porto. Mais il est important de les avoir en tête. De même, les Dragons ont en quelque sorte profité de la dégringolade du Benfica post-déconfinement. C’est bien le SLB qui était le plus à même d’aller chercher le titre en raison de sa dynamique positive durant l’hiver. Et c’est ce même club lisboète qui a eu un mal fou à retrouver le rythme, laissant passer un nombre de points faramineux face à des équipes de seconde zone. Sans oublier sa défaite à l’Estádio do Dragão (3-2) en février, point de départ d’une chute sans fin.

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Les résultats mis de côté, passons au jeu. Voilà un et demi, voire deux ans que les difficultés du FC Porto sont les mêmes. Jeu sans cesse vertical, stéréotypé avec une recherche constante des latéraux en vue de centrer puis prier le Saint-Esprit pour que le centre arrive dans les pieds ou sur la tête d’un coéquipier qui crée le danger. Le plan de jeu est le même depuis deux longues saisons. « Rien n’a changé, la p*tain de sa mère », comme dirait l’autre.

L’étincelle qui donnait son charme à Sergio Conceição, qui consistait à toujours innover et réclamer à ses joueurs une palette technique et tactique de qualité, s’est éteinte en même temps que le 4-3-3 qui régalait en plus d’apporter des résultats. Si cela n’était que passager, pourquoi pas. À court terme, afin de faire en sorte que tous les joueurs s’imprègnent rapidement et correctement de la philosophie de jeu, cette solution est évidemment bienvenue. Mais après trois années au club, dont une seule concluante sur le plan du jeu, peut-être est-il venu le temps du renouvellement.

Un virage que semble ne pas vouloir prendre l’ancien entraîneur du FC Nantes, qui se gargarise au moins trois fois par mois en conférence de presse à dire : « Tout le monde dit que nous avons un jeu vertical, mais nous sommes l’équipe portugaise numéro une en terme de possession. » À deux doigts de s’autoproclamer fils de Pep Guardiola. Mais il s’agirait peut-être pour Conceição de comprendre que, si la possession de Porto est si importante, c’est parce que toutes les équipes hors top 5 arrivent avec deux énormes lignes de quatre – voire de cinq – et attendent les centres en se léchant les babines.

Ce n’est un secret pour personne : la meilleure solution – ou du moins celle au meilleur rapport facilité à mettre en place/efficacité – face à une équipe en recherche constante de verticalité est un bloc bas. Les adversaires de Porto le font en permanence et donc, oui, inéluctablement, les joueurs du FCP effectuent un nombre important de circuits de passes avant de trouver l’ouverture. Ce qui ne fait pas du FC Porto une équipe de possession, loin de là, n’en déplaise à Sergio Conceição.

Enfin, dernier élément : le championnat portugais n’a jamais été aussi faible. En atteste le classement des buteurs avec aucun joueur qui culmine à plus de 20 buts, une exception européenne parmi les championnats qui ont décidé de reprendre leur cours. Ce point a déjà été plus longuement développé dans un article publié il y a un an et demi et qui n’a malheureusement pas pris une ride.

Une politique sportive ambiguë présageant un avenir néfaste

Ce point-ci relèvera plus de l’actualisation de la situation sportive du club, également contée il y a plus d’un an. Là aussi, pas la moindre ride. Pour faire simple, l’été du FC Porto ressemble à ceux des 7 dernières années : des départs importants par la qualité, des arrivées importantes par la quantité, une annonce de la mise en valeur de la formation qui fera « pschitt » au bout de deux mois et un endettement qui ne faiblit pas. En trois petites lignes, l’on a résumé la politique sportive portista.

Porto est un club historiquement endetté en raison du modèle économique des clubs portugais, basés sur un système actionnarial. Ce système base une partie des recettes des clubs sur de la spéculation : ceux-ci ne disposent donc quasiment jamais de fonds propres. Mais cette année un certain virus en provenance de l’Extrême-Orient est passé par là. Même si le championnat a repris et les droits télévisuels avec, les pertes financières restent importantes. Porto va devoir dégraisser plus qu’à son habitude.

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En plus des habituels dossiers Marega, Telles ou Danilo, qui perdent en valeur d’année en année, certaines rumeurs affirment que le club ne refusera aucune offre convenable pour les jeunes issus du centre de formation, à l’instar des cracks Diogo Leite, Romário Baró ou encore Fábio Silva. Des opérations qui, en plus de n’avoir qu’un objectif de stabilisation financière, feront perdurer la régression sportive du FCP.

Mais, finalement, si le problème ne résidait que dans l’infrastructure économique du club, celui-ci serait plus aisé à résoudre. La difficulté majeure est que les dirigeants de Porto, en théorie indépendants du conseil d’administration constitué des actionnaires, semblent se complaire dans la stratégie qui a pour objectif de jouer le titre à deux avec Benfica. Le tout en ne dépassant jamais les quarts, voire les huitièmes de Ligue des champions.

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Ajoutez à cela les groupes de supporters, véritables leaders d’opinion comme le plus important qu’est les Super Dragões, qui soutiennent très largement le président Pinto da Costa et ses compères pour des raisons encore obscures pour qui est à minima sensé. Les déclarations dans la presse pour insulter tel ou tel président de club sont visiblement plus déterminantes dans l’appréciation de la qualité du travail du bonhomme pour ces groupes. C’est regrettable.

Le tableau terminé, l’on a bien l’impression que l’un des monuments du football européen et même mondial court à sa perte. Le FC Porto semble condamné à rester un club de seconde zone, bon qu’à ne donner des points faciles aux grosses écuries en Ligue des champions et à stagner ad vitam aeternam. Toutefois, cela n’arrivera que si le chemin choisi par la direction ne change pas, et si le vénéré par les groupes de supporters Pinto da Costa ne retrouve jamais toute sa tête. Une lueur d’espoir existe donc. Mince, certes, mais elle a le mérite d’exister.

Crédit photo : Global Imagens / Icon Sport

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4-4-2 losange et presunto comme exutoires.