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Alors que la saison bat son plein, il semble nécessaire d’évoquer un phénomène qui gangrène véritablement la Liga Nos, ou du moins la majorité des équipes hors trois grands. Je parle évidemment des prêts, particulièrement ceux sans option d’achat. Fruits d’une instabilité croissante dans les équipes et favorisant largement des clubs prêteurs, les réguler paraît nécessaire afin de ne pas creuser les inégalités interclubs.

Un manque de stabilité inhérent

 

Et oui, je ne vous apprends rien, lors d’un prêt simple, le joueur prêté revient dans son club en fin d’échéance. Mais le problème majeur à cela, c’est que l’équipe qui s’est fait prêter le joueur est contrainte et forcée d’en trouver un autre pour le remplacer. Jusque-là, cela ne paraît pas insurmontable. Sauf s’il s’avère que ce club est obligé d’utiliser les prêts en raison de ressources financières insuffisantes, celui-ci s’enfonce alors dans un cercle vicieux à base de prêts et de quelques levées d’options d’achat. Évidemment, les clubs survivent ; mais en réalité, cela ne leur permet pas de se développer. Certes, ces équipes peuvent  grâce à cela acquérir des joueurs au-dessus de leurs moyens, mais pas dans la durée.

Dans la preview, j’avais essayé de mettre en relief le nombre de prêts important par club. Car on ne parle pas de deux ou trois prêts mais bien parfois d’une petite dizaine par équipe. Avec une moyenne d’environ sept joueurs prêtés dont trois titulaires hors trois grands, le championnat portugais est celui qui en dénombre le plus en comparaison aux cinq autres championnats européens importants.

Prenons l’exemple du GD Chaves, actuellement neuvième. Avec des prêts comme ceux de Matheus Pereira du Sporting ou encore de Jorginho en provenance de l’AS Saint-Étienne, le club transmontano aspire sans aucun doute à une place européenne.

 

 

Jorginho, prêté par l’ASSE à Chaves. (Crédit photo: desportivotransmontano.com)

 

Ce genre de recrutement doit donc permettre d’atteindre ces objectifs. En cas de qualification, le club pourra, à la rigueur, s’offrir ce genre de joueurs, soit. Mais dans le cas contraire – et c’est ce qui est train de se passer -, c’est tout un projet et un collectif qui risquent de s’effondrer. Bon nombre de titulaires devront être remplacés, probablement par des joueurs qualitativement inférieurs. Et même si ce sont de nouveau des joueurs du même niveau, la réussite de qualification à une compétition européenne reste incertaine.

Dans ce sens, on ne peut certainement pas parler d’un projet disposant de stabilité et ce en raison des prêts trop nombreux. Il en est de même pour les équipes qui luttent pour le maintien comme Tondela ou celles du ventre mou à l’image de Setúbal. Cela dit, le reproche pourrait aussi être fait aux clubs qui pourraient essayer de ‘’stabiliser’’ par eux-mêmes leur projet. On en arrive ainsi à la seconde partie.

Une situation inégalitaire

 

En effet, pour se maintenir au niveau et limiter le fossé entre la locomotive et les wagons, certains clubs sont dans l’obligation de recruter des joueurs qui dépassent leurs moyens et s’en suit tout ce qui a été évoqué précédemment. Ainsi, les clubs ne peuvent pas se mettre en quête de stabilité puisque cela serait nuisible à leur projet d’un point de vue sportif. Un club comme Guimarães, par exemple, a essayé il y a trois-quatre ans de limiter au maximum les prêts de joueur vers son club. Mais il s’est avéré qu’ils ne parvenaient plus à dépasser la cinquième place. La saison dernière, avec des prêts comme ceux de Marega, le club a terminé à la quatrième position.

Cette situation créé une véritable dépendance des clubs plus faibles qui cherchent à accrocher les meilleures places parmi l’élite. On ne peut même pas parler d’interdépendance puisque les grosses écuries ont toutes des équipes B qui jouent en seconde division ; cela permet aux joueurs moins expérimentés d’acquérir le niveau souhaité.

Même entre les clubs se faisant prêter des joueurs, on constate un certain favoritisme. Prenons le cas Salvador Agra, appartenant à Benfica et actuellement prêté à Aves, tous les clubs se l’arrachaient, notamment ceux du ventre mou. Mais c’est bien au quatorzième du championnat qu’il a été prêté. Effectivement, Chaves, par exemple, s’était aligné dessus. Bon, à priori, prêter un  joueur à un simple candidat à une place en Europa League, n’aurait pas dû poser de problème. Mais non, c’est bien parmi les Avenses qu’il est allé.

Mais pourquoi donc ? Pour la simple et bonne raison que Chaves avait fait un très bon mercato et pouvait probablement prétendre à plus dans le futur et peut être devenir comme Braga, éternel quatrième. Ou même simplement poser des soucis sur un match et faire perdre des points à Benfica dans la course au titre.

L’objectif des trois grands étant de maximiser leur hégémonie sur la ligue, prêter un bon joueur dans ce type de club semble être un mauvais calcul. Bah oui, il ne faudrait quand même pas que l’ogre chavense se qualifie pour l’Europa League ou fasse perdre deux points à Benfica dans la course au titre…

Une solution réelle ?

 

A proprement parlé, ce qui se fait là est parfaitement légal, mais en pensant à leur bien-être personnel, les gros tuent ou en tout cas font stagner la compétitivité du championnat alors qu’à peu près tous les autres en Europe, hormis la Bundesliga et dans une moindre mesure la Serie A, se développent à vitesse grand V. A la rigueur, si les trois grands cessaient avec leur politique d’achat/formation-revente, la compétitivité et par conséquent l’attractivité de la Liga Nos n’en pâtiraient pas.

Mais on en revient à un problème récurrent au Portugal : les clubs sont des Sociedades Anónimas Deportivas (SAD) (littéralement, Sociétés Anonymes Sportives). Ce sont donc des entreprises normales où les actionnaires cherchent à s’enrichir. Une fois que l’on a dit cela, on a tout dit. Les actionnaires préfèrent leurs profits plutôt que l’amélioration sportive du club. Le club, pour se maintenir au top en championnat, est forcé de ne prêter qu’aux clubs les plus faibles.

La solution, si tant est qu’il y en ait une, serait donc un revirement total de la politique du conseil d’administration (formé par les actionnaires). Cependant, on voit mal comment des hommes d’affaires pourraient s’asseoir sur plusieurs millions d’euros au nom du bon vouloir des amoureux du football…

 

Crédit photo: Paulo Oliveira/DPI/NurPhoto