Depuis plusieurs mois, la Spezia semble vivre un rêve éveillé. Une montée historique en Serie A et une première partie de saison plutôt réussie. Si la route est encore longue, le maintien est largement envisageable. Analyse d’une équipe à l’énergie débordante.

Jeudi 20 août 2020, 23h00. Dans leur enceinte d’Alberto Picco qui sonne creuse, les Aquilotti s’inclinent 1-0 contre Frosinone en finale retour des Play-off de Serie B. Néanmoins, grâce à une victoire lors du match aller (1-0) et un meilleur classement sur la saison régulière, la Spezia réalise l’exploit: la promotion dans l’élite italienne. Une première dans son histoire. Très vite, les tifosi se retrouvent dans les rues de la Spezia pour célébrer cet événement.

Habituée à jouer en Serie C et Serie B, la Spezia se voit récompenser du travail fourni depuis plusieurs saisons. Après une faillite financière en 2008, le club a touché le fond pour mieux rebondir. En conférence d’après-match, Vincenzo Italiano ne cache pas sa joie et surtout sa fierté: « Nous savions que nous pouvions écrire des pages indélébiles de l’histoire du club. Je suis également content de la progression des jeunes qui seront l’avenir de la Spezia ». Pour sa première saison à la Spezia et parallèlement sa première expérience en Serie B, Vincenzo Italiano obtient une montée en Serie A. Propre.

À peine remise de son exploit, la Spezia doit préparer son baptême dans l’élite. La majorité de l’effectif est composé de joueurs pour qui la Serie A s’apparentait à un rêve lointain. Mais les dirigeants souhaitent garder l’ossature et se renforcer intelligemment. Mauro Meluso, le directeur sportif, opère à un recrutement malin et sans grandes folies. Diego Farias (prêt), Lucien Agoume (prêt), Tommaso Pobega (prêt), Kevin Agudelo (prêt) ou encore Jacopo Sala viennent renforcer le promu.

Un baptême réussi

Quatre mois plus tard et 19 matches joués, l’adaptation à la Serie A est une réussite. Alors que la phase aller de championnat s’est clôturée le week-end dernier, la Spezia pointe à la 15e place avec 18 points. Surtout, elle dispose de quatre longueurs d’avance sur le premier relégable Cagliari. Pour rappel, cette première expérience dans l’élite italienne est souvent synonyme de cauchemar pour de nombreux clubs (coucou Benevento).

La Spezia s’est imposée à quatre reprises cette saison. Des succès obtenus respectivement contre l’Udinese (2-0), Benevento (3-0), le Napoli (2-1) et Cagliari (2-1). À noter que trois de ces victoires ont été obtenues à l’extérieur (Udinese, Benevento et Cagliari). Sur les quatre dernières journées, les Spezzini surfent sur une bonne série avec 7 points obtenus sur 12 possibles.

Cerise sur le gâteau, la Spezia est toujours en lice en Coppa Italia. Après la victoire rocambolesque contre la Roma (3-0), les hommes d’Italiano affrontent ce jeudi le Napoli en 1/4 de finale. Une compétition qui peut permettre de galvaniser et souder ce collectif. De plus, les retombées financières sont intéressantes pour un club aussi fragile financièrement. Après le succès contre la Roma, la Spezia a encaissé 850 000€ (580 000 de la victoire sur tapis vert).

Fougue & Insouciance

Adepte du 4-3-3, Vincenzo Italiano est un tacticien ambitieux qui force son équipe à jouer vers l’avant. Une philosophie louable pour une équipe qui ne dispose pas de top joueurs. Preuve qu’avec un effectif aussi modeste, il est possible de proposer du beau football et d’obtenir des résultats.

La Spezia ne refuse pas le jeu, peu importe l’adversaire. Évoluant dans un bloc haut, Farias et ses partenaires recherchent toujours la verticalité. Sur les phases de construction, la volonté est toujours de ressortir vite et surtout proprement. Pas de longs ballons, mais la recherche perpétuelle des dédoublements. Un milieu homogène avec Pobega et Maggiore qui sont les véritables moteurs de cette équipe.

Si la Spezia n’évolue pas avec un véritable trequartista dans son dispositif, les ailiers proposent beaucoup dans l’entrejeu. Diego Farias vient chercher court, sans faire d’appels dans le dos de la défense, ce qui permet de créer des combinaisons rapides dans les 30 derniers mètres. Preuve en est, c’est la sixième équipe avec le plus haut taux de possession (51% de moyenne). Vincenzo Italiano ne s’adapte pas à l’adversaire et cherche toujours à imposer son style. Face au Milan, l’Atalanta, l’Hellas ou Crotone, peu importe la philosophie est la même.

La Spezia, 4e plus jeune effectif de Serie A (25,6 ans), est composée de jeunes joueurs avec peu d’expériences, mais plus que jamais motivés. Une jeunesse au pouvoir avec les Pobega, Agudelo, Maggiore, Piccoli, Gyasi (Ndlr: 27 ans) et surtout M’Bala Nzola. Ce dernier est actuellement le meilleur buteur du club avec 9 buts en « seulement » 13 rencontres. Avec un ratio de 0,69 buts par match, le Franco-Angolais s’est parfaitement adapté aux exigences de la Serie A. Actuellement blessé depuis le 11 janvier, il devrait effectuer son retour dans les prochains jours.

Une équipe offensive, un tacticien prêt à mourir pour ses idées et des joueurs à l’insouciance déroutante : voilà la recette de Spezia Calcio.

Une défense handicapante

Joueuse et offensive, la Spezia s’expose énormément. C’est en quelque sorte le revers de la médaille.

Si cette équipe arrive à récupérer des ballons hauts avec un contre-pressing, cette stratégie montre aussi des failles. Une fois que l’adversaire s’est démêlé de celui-ci, les Aquilotti se retrouvent en grande difficulté. Une faille qui fait que la Spezia encaisse beaucoup de buts. Avec 36 buts encaissés en 19 matches, la Spezia est la troisième équipe qui encaisse le plus de buts cette saison. Le week-end dernier contre la Roma (3-4): la Spezia pensait avoir fait le plus dur en revenant à 3-3 à la 90e minute. Mais deux minutes plus tard, ils encaissent un nouveau but synonyme de défaite. Une nouvelle fois, les largesses défensives ont été sanctionnées.

Le secteur défensif est le véritable point faible de cette équipe. Si quelques rumeurs circulent (Bellanova, Diekman) sur d’éventuelles arrivées, Mauro Meluso a mis les choses au clair en début de mercato: «Nous ne remanierons pas l’équipe qui doit rester homogène. Parfois, la vente des joueurs s’avère plus utile que le recrutement». À moins d’une semaine de la clôture du mercato hivernal, la seule recrue se nomme Riccardo Saponara qui est un milieu de terrain.

Si pour le moment la fougue de ses joueurs offensifs fait la différence, la Spezia doit vite remédier à ce problème. Celui-ci pourrait vite devenir handicapant pour la deuxième partie de saison face à des équipes habituées à lutter pour le maintien.

Crédit photo : Icon Sport

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