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C’est une affaire cocasse qui risque fort de faire la Une des journaux et de rester dans les annales. Anthony Mounier, formé à Lyon et prêté la semaine passée à Saint-Etienne, ne devrait finalement jamais porter le maillot vert. En cause, son appartenance trop marquée au club ennemi, ainsi que des déclarations passées pas très glorieuses. Mais le plus marquant est sans doute l’importance qu’ont jouée les supporters dans ce revirement de situation. Tentative d’explications.

Les faits

Vendredi 27 janvier, sur les coups de midi, l’ASSE trouve un accord avec Bologne pour le prêt avec option d’achat de l’ailier Anthony Mounier. Ce dernier arrive en territoire ennemi, lui l’enfant de Lyon. Il faut dire que Mounier et l’ASSE, ce n’était pas une franche histoire d’amour. En témoigne la vidéo virale où Mounier, lors de son passage à Nice et après un but de son équipe face aux Verts, lance un magnifique « On baise les Verts ».

Si la sortie n’est pas élégante, elle n’est pas non plus extrêmement grave, tant ce genre de propos est courant. Le problème, c’est que, pour les supporters, ce genre de choses ne s’oublie pas, et surtout, ne se pardonne pas.

Très vite remué par les vives déclarations suite à l’annonce de son arrivée, Mounier fait amende honorable du passé et souhaite même rencontrer les supporters stéphanois, histoire de fumer le calumet de la paix, ou la chicha de la réconciliation, au choix. Mais non, le Stéphanois est rancunier et la pilule ne passe pas.

Dimanche, alors qu’il était disponible, Anthony Mounier n’est pas du groupe vert se déplaçant à Toulouse. Officiellement pour des raisons extra-sportives. La vérité est ailleurs et elle est tombée aujourd’hui. Anthony Mounier ne portera jamais les couleurs de l’ASSE et le club cherche actuellement à casser le prêt du joueur.

Mounier risque donc de repartir en Italie, où des offres de prêt l’attendent. Et Saint-Etienne de perdre une recrue de qualité, à 36h de la fin du mercato hivernal.

Les supporters comme responsables du recrutement

Qu’on se le dise, la clé de voûte est ici le rôle des supporters. Ce sont les seuls responsables de cette anecdote rigolote mais symptomatique d’un football qui déraille. Mais plutôt que de dire « les supporters ont raison » ou « les supporters ont tort », essayons de voir l’affaire sous différents prismes.

D’un point de vue purement sportif, l’arrivée d’Anthony Mounier à l’ASSE est ce qu’on appelle un deal « win-win ». Dans une impasse à Bologne, Anthony Mounier débarque, pour se relancer, dans un championnat qu’il connaît et où il était autrefois reconnu comme un « bon joueur de Ligue 1 ». Côté ASSE, si la défense est bonne, l’attaque laisse parfois à désirer. Dans un secteur offensif où Tannane sera absent, et où Roux risque de partir, pas déconnant de trouver une solution supplémentaire aux Hamouma, Soderlund (blessé), KMP et consorts.
Néanmoins, et ce bémol conditionnel peut avoir son importance, une partie du vestiaire, notamment les joueurs les plus attachés au club, aurait émis des réserves sur ce recrutement.

Côté supporter, c’est là où le bât blesse. Très attachés à leur club, à ses valeurs, les fervents Verts se sont mobilisés en masse pour montrer leur mécontentement envers une situation déjà figée. Du moins c’est ce que l’on croyait.

Avec ce revirement de situation, c’est bel et bien la pression de la foule qui a fait flancher ET les dirigeants stéphanois ET le joueur, résigné devant la colère de ses détracteurs. Se pose donc la question : les supporters ont-ils, aujourd’hui, un réel impact sur la politique sportive de leur club ?

Le rôle du supporter va-t-il jusque dans le recrutement ?

On l’a dit précédemment, les supporters ont joué le rôle majeur de cette histoire en trois actes. Mais peut-on leur en vouloir ? Imaginez-vous une seconde à la place d’un abonné, qui se saigne chaque année pour vivre sa passion au stade, pour qui le club est une famille, une véritable raison de vivre. Peut-il accepter de manger, tous les samedis soir ou les dimanches aprèm, à la table d’un traître, d’une personne l’ayant ouvertement insulté ?

Alors oui, le choix de Mounier est un choix clairement intéressé. Oui il déteste sûrement Saint-Etienne mais, dans sa situation, une arrivée dans le 42 était la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Mais prenons le problème différemment. Peut-on penser voir un jour Bossetti porter les couleurs de Bastia ? Jean-Louis Leca celles de Nice ? Sakho à l’OM ? Nasri au PSG ? Il y a dans le véritable amour (et la haine) quelque chose de plus fort que l’intérêt du moment. Et l’attachement de Mounier à l’OL n’est peut être pas si évident qu’il y paraît. A moins que ce soit une question de caractère …

Les réseaux sociaux, nouvelle arme de propagande

Grâce à l’avènement du numérique, et notamment des réseaux sociaux, les supporters ont trouvé des outils leur permettant de réagir instantanément aux infos de leur club. Pire, on sait désormais que ces mêmes réseaux sociaux sont scrutés par les gens du milieu, afin de toujours connaître la tendance et de jauger la réaction des fans. Et cette fois-ci, les présidents stéphanois n’ont pas été déçus. Rapidement, les comptes du club, facebook et twitter, ont été envahis de messages haineux. Plus important, de nombreuses voix se sont élevées contre la politique sportive du club, et le choix du joueur. Force est de constater que ces messages ont eu un impact certain sur le quiproquo Mounier.

Qu’on se le dise, le cas Mounier est un cas fréquent dans le football moderne. Aujourd’hui, rares sont les joueurs ayant de réelles attaches avec un club. Les affinités « joueur-club » sont plus liées aux conjonctures des deux parties qu’aux raisons du cœur. Il n’est donc pas rare de voir de jeunes formés dans un club finir chez l’ennemi. Néanmoins, il est beaucoup plus rare de voir des dirigeants céder à la pression des leurs. Une première qui risque de faire du bruit et entamer le crédit de tout le board stéphanois.

Y-a-t-il un coupable ?

Maintenant que les plaidoiries des deux côtés sont entendues, à qui devons-nous couper la tête ? A Anthony Mounier, le traître qui mange à tous les râteliers voulant bien lui octroyer son salaire de footballeur ? Aux dirigeants stéphanois qui s’assoient sur leur dignité pour se renforcer et jouer la 6ème place ? Aux supporters qui n’ont pas à se mêler du fonctionnement sportif du club ? La réponse dépend sans doute de nos convictions personnelles. Mais y a-t-il vraiment un coupable ?

D’un deal win-win s’est formée une montagne médiatique dont personne ne ressort gagnant. Chacun, à son degré de compétence, doit apprendre de cette histoire, car elle peut désormais arriver chaque jour, dans n’importe quel club.

Loin de nous l’idée de vouloir donner des leçons, mais il nous semble important de rappeler certaines choses à chacun des acteurs de cette pièce de théâtre burlesque et dramatique.

A vous, joueurs, n’oubliez jamais que votre comportement, vos propos, vos convictions, ne s’effacent jamais (et encore moins avec Internet). Apprenez à être modéré, ou alors assumez vos faits et gestes. Avec le risque que tout ne vous soit jamais pardonné.

A vous, dirigeants, n’oubliez jamais votre histoire. Apprenez à voir au delà du prisme sportivo-sportif, au delà du court terme, afin de respecter toutes les parties prenantes de votre structure. Car certaines, comme les supporters, étaient là avant vous, et seront là après.

A vous, supporters, prenez conscience que le football a changé, que l’homme est fondamentalement vénal et opportuniste. Apprenez à protéger votre dos car à la vitesse où le football change, ce ne sont plus des couteaux mais de grands sabres que vous risquez de prendre.

Et à tous les autres, gare à vous, car l’affaire Mounier risque bien de se propager chez vous plus vite qu’une épidémie de grippe.

 

Photo credits : lequipe.fr