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Six mois après le début de la saison, le recrutement estival et la nomination du crack Patrick Kluivert au poste de « directeur du football » du PSG, l’heure est venue de dresser un premier bilan des deux derniers mercatos parisiens. Entre mercato estival incompréhensible et mercato hivernal plus prometteur, tentative de décryptage du projet sportif parisien, si tant est qu’il y en ait un.

Pour comprendre, autant que faire se peut, l’état actuel de l’effectif parisien, il faut remonter à l’été 2016. Nasser Al Khelaïfi souhaitait voir « un nouveau cycle » débuter après l’élimination de son club en Ligue des Champions. On a été servi. Après la nomination d’Unai Emery au poste d’entraîneur, le PSG s’est attaqué aux joueurs.

A commencer par Hatem Ben Arfa, premier recrutement improbable et défectueux de la saison, qui arrive comme un prince de l’OGC Nice. Malheureusement le prince est un peu trop dodu, un peu trop nonchalant, et un peu trop individuel. En bref, il apparaît assez rapidement que Rhatem n’est ni au niveau de sa nouvelle équipe ni au goût de son nouvel entraîneur. Mais surtout, comme on pouvait le prévoir, son profil n’est asolument pas adapté au système parisien. Au PSG, il ne trouve pas sa place dans l’indéboulonnable 4-3-3. Il n’est pas assez performant défensivement pour convenir aux idées d’Emery. Il n’a pas assez d’espaces ni de libertés pour exprimer ses qualités. Dans un premier temps écarté du groupe, il se bat aujourd’hui pour trouver sa place dans le 11. Il a connu quelques titularisations (quatre en Ligue 1 cette saison), quelques fulgurances (un excellent match contre Bastia notamment) mais, malgré ses efforts, il a une propension tellement marquée à retomber dans ses travers que son avenir au PSG semble plus que compromis.

Le 3 juillet 2016 débarquent ensuite dans la capitale Thomas Meunier et Grzegorz Krychowiak, achetés respectivement au FC Bruges et au FC Séville. Le premier, arrivé à l’origine comme doublure de Serge Aurier, s’en sort plutôt bien. Sans être le meilleur latéral que le monde ait connu, son physique puissant, sa hargne et sa formation d’attaquant lui ont permis de s’imposer et d’être régulièrement décisif. Evolution inverse pour le second, qui a réalisé l’exploit de passer en seulement cinq mois de 1er à 159ème dans la hiérarchie des milieux défensifs du PSG. Jusqu’à être écarté du groupe dimanche dernier pour le match contre Monaco. Recrutement pertinent donc.

Ce mercato aussi efficace qu’ambitieux est complété par une recrue éclatante de talent, figure de proue de la splendeur du Real Madrid : Jese Rodriguez. Il arrivait pour « jouer tous les matchs » et « être au delà de dix buts ». Six mois, neuf matchs et un but sur penalty plus tard, Jey-M retourne se dorer la pilule et faire des vocalises à Gran Canaria pour le plus grand soulagement des supporters parisiens.

Alphonse Areola, de retour de prêt, a fait illusion un peu plus longtemps, allant jusqu’à détrôner Kevin Trapp pendant quelques mois pour devenir le gardien n°1 du Paris Saint-Germain. Mais la « concourrence » fait rage dans la capitale, et la série noire du grand Alphonse au mois de décembre (9 buts encaissés sur 10 tirs cadrés subis) aura raison de sa place de titulaire. Rentré en jeu à la place de Kevin Trapp, blessé à la cuisse, dimanche dernier face à Monaco, il a encore une fois été fébrile, voire fautif sur le but de Bernardo Silva. De quoi lui assurer définitivement sa place sur le banc ?

Résultat des courses : de toutes ces recrues annoncées comme primordiales et valeureuses, seul Meunier a réussi à se rendre indispensable. Jese retourne en Liga. Ben Arfa et Krychowiak sont sur le départ. Areola chauffe le banc.

Après 5 mois de critiques et de désillusions, le mercato hivernal en forme de rédemption apporte enfin un nouveau souffle au projet sportif du PSG. L’effectif se renforce de trois jeunes recrues : Julian Draxler (l’espoir déchu de Wolfsburg), Giovanni Lo Celso (arrivé à l’été 2016 mais immédiatement prêté à son club formateur) et Gonçalo Guedes (la promesse portugaise, en provenance de Benfica). Les débuts de Julian Draxler sont prometteurs : le jeune Allemand semble avoir rapidement trouvé ses marques dans sa nouvelle équipe et offre une concurrence sérieuse et vraisemblablement bénéfique à Di Maria. Quant aux deux autres recrues, ce sont de jeunes joueurs qui ne seront certainement pas titulaires dans l’immédiat mais dont le potentiel justifie leur arrivée.

Mais l’un dans l’autre, le PSG n’a toujours pas de vraie doublure à Cavani. Si Jean-Kévin Augustin, qui était annoncé sur le départ, pourrait finalement rester à Paris, ses récentes prestations font qu’il ne constitue pas pour l’instant une alternative sérieuse au meilleur buteur de Ligue 1. Quant à Gonçalo Guedes, s’il peut dépanner dans l’axe ce n’est pas son poste de prédilection.

Le PSG n’a toujours que trois vrais défenseurs centraux, ce qui est un peu léger pour un club encore en course dans toutes les compétitions. Le départ de David Luiz n’a pas été comblé, et bien que le jeune Kimpembe ait un profil solide, il ne suffirait pas à assurer une défense consistante et rassurante dans les grands matchs dans l’hypothèse d’une blessure de l’un des deux défenseurs brésiliens.

Le PSG n’a toujours pas d’autre véritable sentinelle que Thiago Motta. Alors que Krychowiak a définitivement été rayé de la liste, il ne reste que Verratti et Rabiot pour suppléer Motta. S’ils ont tous les deux les épaules pour endosser ce costume, il semble toutefois les contrarier et brider leur talent.

Le PSG n’a toujours pas de gardien indéfectible. Entre Trapp et Areola, c’est celui qui fait le moins d’erreurs qui gagne sa place en tant que titulaire. Seulement aucun des deux n’est vraiment rassurant, ni à la hauteur des ambitions affichées par le club.

Le PSG n’a toujours pas de latéral gauche correct. Et c’est sans doute là que se trouve aujourd’hui le problème majeur de l’équipe. Maxwell est malheureusement en fin de carrière et ses récentes apparitions ont laissé apercevoir ses limites. Kurzawa est blessé et médiocre (indépendamment ou non du fait qu’il soit blessé, c’est à l’appréciation de chacun). On attendait alors, le coeur battant, les mains moites et le regard plein d’espoir, l’arrivée tant annoncée de Ricardo Rodriguez. Il n’en sera rien, Kluivert ayant annoncé hier que le mercato parisien était « terminé ».

L’effectif actuel du PSG est donc bancal. Les départs de Zlatan Ibrahimovic et de David Luiz n’ont pas été compensés, et les viellissements de Thiago Motta et de Maxwell n’ont pas été anticipés. Là où le PSG se devait de trouver des titulaires en puissance, il n’a enrôlé que des joueurs de second rang. Le mercato d’hiver, bien que plutôt novateur, n’a pas pu combler les lacunes d’un recrutement estival totalement inadapté. Reste à savoir si l’équipe parviendra quand même, en l’état actuel des choses, à rester performante avant le grand chantier qui l’attend cet été.

Crédits photos : AFP PHOTO / FRANCK FIFE