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Il y a quelques mois, nous innovions sur Ultimo Diez en vous proposant une interview de Mariane Amaro, internationale portugaise. Aujourd’hui, nous décidons de continuer sur cette lancée en vous présentant celles qui ont rarement leur place dans les médias traditionnels. Uniquement pour vous, nous avons donc discuté avec Mélissa Gomes, joueuse qui représente l’avenir de la sélection féminine portugaise.

Salut Mélissa, comment vas-tu après ce début de saison du côté de Saint-Maur ? Es-tu satisfaite de ces premiers mois de compétition avec un total de neuf buts en douze titularisations ?

Je vais bien merci. Je ne dirais pas satisfaite mais réjouie effectivement, en espérant continuer ainsi.

Tu es donc attaquante dans le club du VGA Saint Maur. Si tu devais t’assimiler à un joueur ou une joueuse, qui serait-il ou qui serait-elle ? Quel est ton style sur le front de l’attaque ?

Cristiano Ronaldo est un très bon exemple de par sa soif de travail et d’acharnement au quotidien. Mais pour être un peu plus réaliste, Inès Jaurena est une joueuse que j’estime énormément. L’ayant cotôyée, j’ai pu voir son évolution et j’apprécie son style de jeu. En tant qu’attaquante, j’essaye au maximum de toujours être disponible pour mes coéquipières, de décrocher pour demander le ballon ou à l’inverse de faire de bons appels en profondeur lorsque l’occasion se présente. Je pense être relativement à l’aise techniquement, ce qui me permet de provoquer balle au pied quand j’ai l’espace qui me le permet, et déclencher une frappe de loin quand je suis en position.

Alors que vous étiez encore il y a peu en première division aux côtés du PSG et de Lyon, vous vous retrouvez maintenant en deuxième division à la sixième place du groupe A après une descente en fin de saison dernière. Comment se vit et se gère une telle situation ?

Le retour en D2 fut assez frustrant, mais on a su garder le même effectif à trois ou quatre joueuses près donc c’est plutôt pas mal. L’étau s’est resserré car il n’y a plus que deux groupes de D2 ce qui fait que le niveau est effectivement plus élevé qu’avant. Notre objectif premier est de retrouver la D1 même si on sait que ça va être difficile. Tout peut arriver donc on va rien lâcher pour la deuxième partie de saison.

Tu as gravi tous les échelons dans les clubs de Juvisy et de Saint-Maur, passant du championnat de France des U19 à la D1 et à la division d’honneur. D’après toi, quel est le plus gros cap à passer, le plus compliqué, entre le monde amateur et le monde professionnel ?

Je dirais… Le football est dans un premier lieu un sport collectif. En termes d’exigence personnelle, selon moi, il y a un énorme travail à effectuer sur soi-même comme par exemple avoir un bon mental, l’envie ou encore la volonté. Ce sont des choses importantes, voire primordiales pour pouvoir passer un cap entre ces deux mondes. Le monde professionnel a beaucoup de points positifs évidemment, toutes les joueuses aimeraient être professionnelles je pense. Les infrastructures de chaque club professionnel n’ont rien à voir avec celles des amateurs. Et travailler dans de bonnes conditions est quelque chose de primordial pour pouvoir atteindre ses objectifs.

Avec un tel parcours, tu as déjà engrangé pas mal d’expérience, notamment avec ta sélection dont on reparlera plus tard. Quels sont tes objectifs pour la suite ? Mises-tu plutôt sur une carrière à l’étranger ou sur une formation purement française ?

J’ai plusieurs objectifs, en espérant les atteindre progressivement, le principal étant de devenir footballeuse professionnelle en passant par un éventuel retour en première division puis pourquoi pas retrouver la sélection nationale A. Je ne me projette pas plus à l’étranger qu’en France. Je verrai en fonction des propositions potentielles à venir.

Comme on a souvent pu le remarquer, il y a un fossé énorme entre les deux grands clubs du PSG et de Lyon et le reste du championnat. Comment expliquerais-tu cela de ton point de vue de joueuse de deuxième division ?

Effectivement le fossé est énorme entre ces deux clubs et les autres car ils bénéficient du statut professionnel qui facilite l’achat de joueuses ayant un bon niveau, voire un très bon niveau. Tout comme Montpellier d’ailleurs qui dispose cependant d’un budget moindre comparé à celui des deux grosses écuries. Les clubs non-professionnels luttent comme ils peuvent mais ne peuvent que très rarement rivaliser avec ces deux grands. L’objectif à court et moyen terme est de réduire l’écart entre les clubs professionnels et les autres, ce qui fera de la première division française un championnat plus attrayant.

En termes de sélection nationale, tu as aussi gravi tous les échelons inférieurs avant d’arriver en sélection A. Qu’as-tu ressenti le jour où pour la première fois, tu as pu chanter l’hymne national avec le maillot du Portugal sur les épaules ?

Etant née en France et Portugaise d’origine, j’ai pu avoir la double nationalité qui m’a ensuite permis d’intégrer, avec honneur et fierté, la sélection nationale portugaise U19. Le 31 mars 2011, face à la Norvège, est la date à laquelle j’ai porté pour la première fois le maillot du Portugal sur les épaules, et aussi l’un des meilleurs moments de ma vie. Chanter l’hymne national alors que j’étais assez jeune, c’était extraordinaire  et riche en émotions. C’était un des mes objectifs à atteindre.

Avec le maillot du Portugal sur le dos, on t’a aussi vu jouer sur un terrain un peu différent, étant donné que tu as fait du beach soccer. Que peux-tu nous raconter de cette expérience? Est-ce que la pratique de l’un peut impacter l’autre dans la manière de jouer?

Le beach soccer fut une très bonne expérience que j’aimerais refaire bien sûr. C’est assez physique donc ça apporte pas mal de points positifs. D’abord ça m’a permis de découvrir ce domaine, d’apprendre des nouvelles règles, d’avoir un autre toucher de balle comme je n’ai pas de chaussures ni même de chaussettes. Aussi, c’est tout autre chose de jouer sur du sable, une surface différente de celle sur laquelle on a l’habitude de jouer. Mais aussi, dans la préparation de pré-saison le beach peut être utile par exemple pour être en bonne forme et limiter les risques de blessures pendant la saison.

Au Portugal, on a souvent l’impression que le rapport au football est une histoire d’amour éternelle, celle d’une vie. Est-ce que cette passion est dans les gènes, ou on peut déroger à la règle et se tourner vers un autre sport ? « Haïr » le football en quelque sorte…

Bien évidemment que même si l’on est portugais, on peut se tourner vers d’autres sports, même si en effet le football détient une place importante dans la nation portugaise. Cependant, je ne pense pas que quelqu’un puisse foncièrement détester le football. N’oublions pas que de base le sport est un vecteur de lien social et on a pu voir à l’occasion de l’euro cet été que le peuple entier était derrière sa Seleçao, même ceux qui peuvent avoir quelques réticences envers le football.

Pour conclure, je te laisse carte blanche pour passer le message que tu souhaites par rapport à la place du football féminin dans le football mondial, un football qui n’est certainement pas assez mis en avant..

On sait que le football masculin est malheureusement plus développé que celui des femmes malgré le fait qu’ils ne soient pas comparables. Mais j’aimerais que les personnes ayant des préjugés sur le football féminin se déplacent et viennent au moins voir un match pour leur prouver qu’il peut être tout autant appréciable.

Sinon, sur le terrain, Melissa Gomes ça donne ça:

 

Photo credits : DAVID CATRY / BELGA MAG / BELGA