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Deuxième partie de La Palette de Charaf, consacrée au Celta Vigo. Pour (re)lire la première partie, sur l’effectif du club de la Galice, rendez-vous ici.

Les phases défensives

Pour avoir une équipe qui puisse être la plus libre et la plus efficace possible, il faut être solide défensivement. Toutes les phases sont importantes, que ce soit à 3 mètres des buts adverses ou devant sa ligne de but.

Nos joueurs ont 4 références : le ballon, l’espace, l’adversaire et leurs coéquipiers. Chaque déplacement doit être lié à ces références – Arrigo Sacchi

Les phases défensives sont influencées par les 4 points de référence qui vont déterminer la manière de défendre et le positionnement que le joueur va avoir par rapport aux différentes situations. On peut en sélectionner, mais on peut tous les utiliser pour mettre en place sa philosophie. Toto Berizzo a décidé de choisir la seconde option tout en prenant surtout l’adversaire comme point de référence principal.

Cela signifie que le joueur du Celta Vigo va prendre en compte essentiellement le positionnement de son adversaire direct pour se placer. Cette approche assure une forte capacité à étouffer l’équipe adverse puisque les joueurs sont toujours proches de leur adversaire : l’accès va être donc minimal. Cette pensée permet de forcer l’erreur de l’adversaire puisqu’il aura toujours une présence dans sa zone, ce qui le met dans une situation de crise de temps et d’espace pour faire son choix.

De plus, elle est établie sur toutes les phases sans ballon, même quand le bloc équipe est positionné haut.

On voit dans cet exemple que les attaquants du Celta Vigo adaptent leur positionnement pour empêcher l’adversaire de recevoir le ballon.

Se positionner aussi haut, c’est prendre des risques. Mais ils peuvent être très bénéfiques si l’adversaire n’arrive pas à s’en défaire.

Sur l’extrait vidéo, on observe que les pertes de balles sont provoquées par toute l’équipe. Ce ne sont pas juste les attaquants qui vont être orientés vers l’adversaire, mais ça va être les joueurs en général qui vont être dans cette situation là pour pouvoir gérer n’importe quelle phase de jeu. C’est un gros travail de communication et de confiance envers ses coéquipiers de défendre de cette manière, mais si l’équipe arrive à suivre physiquement, c’est un cauchemar pour son adversaire (cf la 1ère mi-temps du Marseille-Paris de l’ère Bielsa, un régal)

En plus de favoriser les erreurs de l’équipe opposée, cette approche permet de provoquer des déplacements inexploitables (3 hors-jeux provoqués par match). C’est là que la référence partenaire rentre en compte : si l’adversaire direct fait un appel derrière le dos d’un défenseur et que les joueurs jouent l’alignement défensif, il sera donc inutile de s’occuper de lui.

Parlons maintenant du bloc-équipe du Celta Vigo. Lorsque l’on entend qu’une équipe joue avec un marquage individuel, on s’imagine que les joueurs vont courir partout sur le terrain par rapport à leur adversaire direct et ne jamais le lâcher, comme pour une équipe de basket lors de ses phases défensives. C’est impossible de fonctionner de la sorte : physiquement, couvrir une surface aussi grande qu’un terrain de football ne peut pas être fait avec cette idée et les espaces seront très vite exploités par l’adversaire.

Pour cela, on décide de se tourner vers un marquage individuel en zone. Le joueur qui sera en « match-up » avec son adversaire devra le suivre dans la zone que l’entraîneur aura préalablement choisie. Si l’adversaire dézone et va se positionne dans une surface que le joueur ne couvre pas, il y a une permutation : un coéquipier va reprendre le marquage sur l’adversaire en question et l’ancien joueur concerné va couvrir un espace libre.

Lorsque l’on voit la mise en place de cette philosophie sur l’équipe de Toto Berizzo, l’idée est bien réalisée et les joueurs mettent en application ce que l’entraîneur demande. Dans cette situation on voit que Jonny est occupé par le placement de Lucas Vazquez. Donc pour ne pas avoir une situation de 2 contre 1, Radoja prend la bonne initiative de décrocher et de suivre l’appel de Modric.

En complément de ce marquage, il y a l’association des défenseurs centraux par rapport à l’attaquant de pointe adverse. Lorsque l’équipe doit faire face à une seule vraie pointe, on remarque qu’elle se place dans une situation favorable puisqu’il y a toujours une couverture. Cela empêche de prendre de vitesse l’arrière garde et de couvrir toute passe adverse qui lobe le bloc-équipe.

Comme on peut s’en douter, cette façon de défendre peut être bénéfique mais il y a aussi des inconvénients. Lorsqu’une équipe s’adapte et arrive à faire déjouer les phases sans ballon du Celta Vigo, cette dernière peut très vite déséquilibrée et mettre à mal cette défense exposée. Elle a pu prendre quelques grosses valises (contre Villarreal (5-0), contre Séville (0-3), contre l’Atlético Madrid (0-4)) à cause de sa prise de risques et ses initiatives poussées vers l’avant.

Sur cette image on voit que le pressing haut et constant provoque un espace conséquent en plein milieu du terrain. Par un décrochage ou un dézonage pas assez rapide, on peut donc avoir une occasion de but après deux passes verticales.

O’Higgns est une équipe qui me permet de m’enthousiasmer. Tous les jours, nous trouvons de meilleures idées qui nous rendent meilleurs. Avoir cette liberté est très important pour un entraîneur ou plus largement pour quelqu’un à l’intérieur d’une organisation. – Eduardo Berizzo

Ah ça, la liberté qu’il avait du côté du Chili a été transportée en Galicie dès son arrivée. Grâce à ses phases sans ballon, on a pu voir des matchs mémorables de cette vaillante équipe contre les cadors de la Liga. Ces succès lui octroient le respect et l’admiration des fans et même des pouvoirs locaux qui le distinguent par la version de la légion d’honneur dans le pays d’Alexis Sanchez.

Les phases offensives

Contrairement à l’idée générale sur le Celta, l’équipe du tacticien argentin n’a pas cette idée d’assiéger son adversaire et d’empiler les occasions (10,1 tirs par match, 4,3 tirs cadrés par match). De ce fait, vous vous doutez bien que ce n’est pas une équipe qui va se positionner à 30 mètres de son adversaire à la barcelonaise et dominer de la tête et des épaules.

Berizzo se base sur des profils assez rapides en général car il veut appuyer sur les transitions pour que son équipe marque.

Avec des joueurs comme Bongonda (à suivre particulièrement dans le futur) ou Wass, la facilité d’être efficace durant ces périodes est bénéfique, aussi grâce à des joueurs au milieu comme Radoja ou Pablo Hernandez. Ce dernier, repositionné en milieu central, est un ancien meneur de jeu du côté d’O’Higgins qui a des qualités de passes facilitant les relances et les projections (45,4 passes par match, 1 passe clé tous les deux matchs). De plus, avec un attaquant de pointe souvent en mouvement et libre dans son positionnement, Iago Aspas apporte une justesse technique dans le dernier geste (3 passes décisives, 11 buts, 1,8 passes clé par match).

Son association avec Guidetti ou son positionnement dans l’axe lorsque le Suédois n’est pas titulaire ne l’empêche pas d’être l’artificier technique de cette attaque.

En parlant de technique, on voit que cette équipe n’est pas timide et ose prendre des risques comme on peut le noter sur l’extrait face à l’Ajax. Cette maîtrise est essentielle pour passer un contre-pressing de l’adversaire et se projeter vite vers le but.

Mais dès lors que l’équipe adverse est repositionnée et que son bloc équipe est reformé, le Celta a du mal à revenir et à reconstruire une action proprement.  Cette explication est due aux différents profils dont Berizzo dispose et qu’il met en place. Depuis l’affaire Orellana, l’équipe a perdu un joueur qui était capable de se placer entre les lignes et de dicter le tempo lorsqu’il y a une attaque placée à mettre en place.

Le Celta Vigo est une équipe avec des ambitions comme on a pu le dire dans le précédant article, grâce à son effectif de qualité et un « franchise player » qui représente le niveau attendu.

Tactiquement, Berizzo prend des risques dans les différentes phases mais à moindre ampleur. Défensivement, son aspect tout terrain et son marquage individuel créent une déstabilisation chez des adversaires d’un plus haut standing et permettent des victoires contre eux. Mais comme on peut le voir, si une équipe est bien placée et exploite parfaitement les difficultés des Galiciens, le score peut vite tourner en leur défaveur et même finir en correction (cf vs Atlético et Villarreal).

Le meilleur élève a encore beaucoup de travail pour pouvoir un jour, dépasser son maître…

Bielsa m’a enseigné que rien n’est appris, que tout est encore à découvrir. Il a été comme un guide, quelqu’un qui m’a éduqué et m’a appris à diriger. 

(Source : goal.com)