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Pour les amateurs de football, les 8e de finale aller de la Champions League ont été bénéfiques en termes de spectacle : 34 buts inscrits sur les 8 rencontres avec des scores prolifiques (4-0, 5-1, 4-2, 5-3). On a pu voir différentes équipes qui ont une mentalité de jouer vers l’avant ; elles ont des méthodes différentes mais les idées sont les mêmes.

Dans le football, la capacité de tirer, de frapper dans le ballon et de faire des passes est primordiale pour l’avancée vers l’objectif final : marquer un but. Mais cette progression ne se fait pas dans la liberté totale : l’adversaire va s’opposer à cette progression du ballon en contrôlant l’espace du terrain et le temps d’action.

C’est pour cela que cette magnifique pratique est un sport de contact et de frappes.

Grâce à cette opposition, on peut aussi dire que le football accorde une importance à l’abnégation. Il faut toujours donner une valeur aux réactions ainsi qu’aux comportements des joueurs sur et en dehors du terrain. Un joueur actif aura une efficacité dans n’importe quelle situation de jeu contrairement à un joueur passif qui sera généralement en retard par rapport à des mouvements demandés.

« L’abnégation, c’est tout donner pour son équipe et s’oublier soi-même. » – Guy Roux

L’importance de l’abnégation dans le jeu offensif

Lorsque l’on voit le niveau de certaines équipes à l’heure actuelle, les joueurs avalent beaucoup de kilomètres car soit ils vont agresser le porteur du ballon soit ils vont couvrir les espaces laissés par des déplacements de leur partenaires. Les clubs qui agissent de la sorte pratiquent généralement le football offensif.

Sur ce match, les joueurs de Pochettino ont gagné le match 2-0 alors qu’ils n’ont pas eu majoritairement le ballon (42% de possession de balle contre 58% pour Manchester City). Mais lorsque l’on voit les opportunités des deux côtés, les Spurs dominent avec 13 tirs contre 12.

Sans la présence de cette abnégation lors des phases sans ballon, il n’y aura jamais de jeu offensif.  Après chacun le fait avec ses spécificités -en le faisant vers l’avant par exemple comme sur la vidéo-, ses qualités et ses capacités physiques.

Ce qui est important, et c’est ce que l’on voit dans le football actuel, c’est de savoir conserver le ballon pour maîtriser l’adversaire, physiquement, mentalement et techniquement. L’exercice est complexe surtout lorsque l’on veut le faire au-delà de la ligne médiane, les espaces se libèrent très vite pour l’adversaire si on ne le fait pas correctement. La définition est peut-être bête mais c’est important de le rappeler et de le faire comprendre à certains : si on a le ballon, c’est compliqué pour l’équipe en face de marquer un but. En France, beaucoup d’équipes prétendent qu’elles jouent les phases de transitions à fond pour marquer un but. Mais parfois, ces phases n’existent pas donc ça ne sert à rien de se presser. Heureusement, cette idée commence à partir de la Ligue 1.

L’efficacité qu’on peut demander aux joueurs

En plus du premier principe, on doit respecter une philosophie importante avec le ballon maintenant qui est simple et efficace sur le plan offensif : il faut savoir maîtriser le ballon puis fixer l’adversaire dans un espace pour libérer un autre espace. Pour y parvenir, il faut de la diversité dans les enchaînements : jeu court, jeu long.

La vidéo sur le match Arsenal-Chelsea (3-0) montre l’importance de l’enchaînement idéal à réaliser pour être efficace. Lorsqu’un jeu court et au sol dans un petit espace est en train de se réaliser, l’adversaire se concentre dans la zone en question, mais il ne se rend pas compte d’une chose : on l’aspire. Sur cette séquence, on remarque qu’Azpillicueta rentre dans l’espace libre en face de lui : il oublie totalement Bellerin qui se situe derrière lui et qui n’est pas suivi par Hazard. C’est pour cela que la passe longue d’Ozil est intéressante car elle permet de déséquilibrer le bloc adverse, ce qui sous-entend qu’il y a toujours quelqu’un de disponible à l’opposé du ballon pour pouvoir exploiter la largeur. D’où l’importance des joueurs excentrés (latéraux, milieux) dans un dispositif.

L’importance des joueurs venant de l’arrière

Le joueur dos au but ne doit pas se retourner dans la zone de préparation, mais il doit être un point d’appui pour les joueurs qui viennent de l’arrière car ils viennent avec de la vitesse, ramènent de la percussion et apportent un surnombre. Mais on voit généralement que les joueurs ont tendance à vouloir se retourner pour aller vers le but. C’est partiellement un souci culturel, parce que les joueurs sont généralement plus obnubilés par leurs propres statistiques que par l’efficace du collectif, ce qui fait la différence entre les grands attaquants (Suarez, Lewandowski et Benzema) et les autres.

Sur cette situation, Aguero ne se retourne pas pour directement aller vers le but. Il prend l’initiative d’être un point d’appui pour un joueur lancé libre qui est face au jeu. Cette remise va permettre d’avoir un surnombre et de créer un effet de crise de temps et d’espace pour le bloc équipe monégasque.

Il faut faire la part des choses lorsque le joueur reçoit la balle selon les zones où il se situe. Lorsqu’il reçoit le ballon dans les vingt derniers mètres, et qu’il est capable de faire la différence par une frappe ou un dribble, il faut le laisser faire car sinon on empêche la liberté d’action du joueur si on l’oblige à remiser. Mais lorsqu’il se situe plus bas, il doit savoir qu’il est obligé de remiser sur un joueur qui arrive avec de la vitesse ou alors il doit garder le ballon pour permettre au bloc équipe de remonter.

Il faut privilégier la verticalité du jeu

Les amateurs de football le savent, se passer la balle latéralement ne sert strictement à rien si on n’utilise pas les décalages qu’on crée ou si le bloc adverse ne se fait pas déséquilibrer. Il n’y a aucune ambition car on garde le ballon sans essayer de marquer un but, ce qui est la règle fondamentale du football. Dans le haut niveau, un joueur professionnel doit être capable d’être efficace dans le temps de transition entre phase défensive et phase offensive, mais aussi utiliser en un éclair le jeu vertical ; c’est-à-dire en direction du but adverse, en dépassant très vite la ligne médiane.

Cette capacité à se projeter vers l’avant dès la récupération du ballon est très importante. Il ne doit pas y avoir de passes latérales si l’on a la possibilité de jouer verticalement, sans perdre le ballon évidement. C’est sur ce temps de transition où il faut ramener le plus de joueurs possibles dans la surface de l’adversaire.

Les entraîneurs auront toujours des idées différentes pour être efficace de leur façon mais la philosophie restera la même. Certains se baseront sur une possession de balle pour empêcher d’adversaire d’avoir une possibilité d’attaquer, d’autres seront plus dans la force de transition. C’est selon le type de sauce que l’entraîneur veut mettre dans le buffet.

Bonus : un petit bonbon qui illustre très bien toutes les pensées citées précédemment. Et en plus décisif..

Crédits photos :  Lukas Barth / Anadolu Agency