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Pour la 32ème fois de sa carrière, Zlatan a soulevé un trophée. Pas le plus glorieux, mais une énième coupe est venue remplir une armoire déjà bien garnie. Pour vous faire une idée, aucun club français n’a remporté autant de trophées que le Suédois dans sa carrière, une performance incroyable.  Un palmarès exceptionnel mais dans lequel il existe certaines zone d’ombre que l’on ne peut omettre. Il aura été le numéro 9 le plus attendu depuis Il Fenomeno et pourtant, on retiendra autant ses titres que son absence dans les grands matchs.

Super-héros ou méchant vampire ?

Lorsque Zlatan signe chez les Red Devils, les comparaisons avec Cantona se font déjà entendre du côté de Manchester. Son aura, son caractère, sa mégalomanie font saliver les supporters. L’ancien joueur du PSG ne laisse jamais indifférent là où il passe ; le voir rejoindre le plus grand club d’Angleterre et Mourinho rend la chose encore plus excitante. Il quitte le cocon parisien dans lequel il s’était installé, manière de nous rappeler que le plus grand buteur de la sélection suédoise est un grand compétiteur.  Dans un vestiaire relativement jeune en termes de palmarès, l’arrivée d’un champion comme Zlatan est une véritable aubaine pour entamer le « projet » de Mourinho. Ce groupe nouveau n’a pratiquement rien gagné avec Manchester United si on excepte les anciens comme Valencia, Rooney ou Carrick.

Malgré sa réputation de mégalomane ne voyant pas plus loin que le bout de nez (qui serait hors-jeu d’après les supporters de Chelsea), avoir un tel joueur dans un effectif est un bonheur. Toujours de bonne humeur et proche des jeunes joueurs, le Z est un bouclier pour eux. Au Paris Saint-Germain, il avait littéralement adopté Marco Verratti à tel point que l’Italien se sentait obligé d’être le premier à sauter dans les bras du Suédois lorsqu’il marquait. La saison dernière, il n’a pas hésité à recadrer Kurzawa et Aurier lorsque les deux prenaient un peu trop leurs aises au  Camp des loges.

Du côté de Carrington, le Z semble autant s’occuper des plus jeunes qu’à Saint-Germain en Laye. Pogba, Rashford, Lingard ou Martial, tous louent son importance dans le vestiaire.

Il faut cependant rappeler qu’il n’a pas toujours fait l’unanimité sur et en dehors des terrains. Au delà de ses bonnes performances, son attitude lui a souvent porté préjudice. On en venait même à se demander si Ibra n’avait pas un effet néfaste sur les équipes dans lesquelles il jouait. Si ses buts et son impact n’ont jamais été critiqués, c’est son jeu et l’influence qu’il a sur les autres qui étaient remis en question.

Ses décrochages incessants vampirisent le jeu. Si cette mauvaise habitude a permis à des joueurs comme Kevin-Prince Boateng, Antonio Nocerino ou plus récemment Blaise Matuidi d’en profiter en se projetant dans son dos, elle a aussi rendu la cohabitation avec Pastore au PSG et Pato à Milan compliquée. La liberté dans le jeu qu’il exige rend la mise en place tactique difficile ; le jeu tourne autour de lui et de ses mouvements. Que ce soit à l’Inter, au Milan AC ou à Manchester United, le jeu reste stéréotypé à cause du style et des déplacements de l’attaquant vedette. A tel point qu’on en vient à se demander si son absence ne permettrait pas aux joueurs de se sentir plus libérés et de développer un meilleur football.

Une tâche restera indélébile dans la carrière de Zlatan, ses absences dans les grands matchs malgré un palmarès incroyable.

Le plus grand schizophrène de l’histoire ?

Une chose est claire, la carrière d’Ibra parlera pour lui. Il restera le joueur qui a gagné partout où il est allé et un des rares attaquants avec une longévité hors-pair. Mais une question nous tracassera à vie : d’où vient cette manie de disparaître dans les grands évènements ? Au delà de l’absence de Ligue des Champions qui aurait pu être un argument en sa défaveur, c’est la manière dont il ne pèse pas dans les matchs importants qui interpelle. A l’Inter Milan, on se rappelle qu’il a livré des matchs insipides face à Manchester United en 1/8ème de finale et qu’il n’a jamais réussi à faire passer un cap aux Nerazzuri en coupe d’Europe malgré son statut de méga star de la Serie A. Pareil à Milan et au PSG alors qu’il était censé être dans la forme de sa vie.

C’est un problème général. A chaque fois que le Suédois s’installe dans un club, il n’arrive plus à se surpasser. Ibrahimovic n’élève que rarement son niveau quand l’adversité est à son « paroxysme » et que l’équipe en face est au niveau voire meilleure. Que ce soit en Ligue des Champions ou en championnat lors des derbies ou des matchs à enjeu, le Z pèse rarement sur les rencontres.

S’il semblait partir sur les mêmes bases à Manchester face aux gros avec 2 buts en 6 matchs, il a rectifié le tir en coupe avec notamment le doublé face à Southampton et le but de la victoire lors du Community Shield. Mais son bilan reste maigre et son influence est réduite lors de ses matchs. Face à des défenseurs qui connaissent le personnage à la perfection, il est difficile pour lui d’exister.

Aujourd’hui, il ne sert à rien dans la construction du jeu des Mancuniens si ce n’est à semer la zizanie avec ses décrochages. On a pu constater une vraie entente avec Pogba dans le jeu mais cela reste insuffisant pour espérer voir MU mieux jouer. Sa présence permet de s’assurer des titres ou des finales de coupe car le Suédois excelle dans une chose (et qui n’est pas à la portée de n’importe qui), performer systématiquement face aux petits. Ainsi il peut te faire gagner une ribambelle de matchs grâce à son placement, ses fameux « tap-in ». Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, ça permet à son club de glaner des points et même de gagner des titres.

Le problème est que pour des grandes échéances, ni Mourinho, ni ses coéquipiers ne peuvent compter sur lui pour débloquer une situation. Ses décrochages ne riment à rien et il est plus compliqué pour lui de mettre des « tap-in » lorsque l’adversaire a visionné tous ses faits et gestes.

Deux scénarios vont se dégager en fin de saison concernant le Suédois. Soit Manchester United va vouloir faire mieux que les deux derniers exercices et va chercher à jouer les premiers rôles en Championnat voire en Ligue des Champions, auquel cas il serait préférable de laisser Ibra partir et de recruter un 9 plus « intéressant ». Dans le cas contraire, où le club se contenterait d’une coupe et de continuer à se reconstruire à petit trot,  celui qui est faible contre les forts sera parfait pour continuer dans cette voie-là. Pour rafraîchir la mémoire des supporters, lorsque le Suédois quitte l’Inter, Barcelone et le PSG, les équipes pratiquent un meilleur football et gagnent même des Ligue des Champions.

La victoire est dans l’ADN des Red Devils. Que ce soit avec ou sans Zlatan, Man U continuera à gagner des trophées même avec un Mourinho en fin de parcours.

Alors qu’il s’agit certainement de son dernier club en Europe et de ses dernières péripéties en coupes européennes, la carrière d’Ibrahimovic nous laissera sur notre faim. Une génération a grandi en le découvrant à travers ses skills à l’Ajax et voyait en lui le nouveau Ronaldo. L’ironie du sort voudra que l’un des joueurs qui aurait pu titiller le niveau de R9 aura été l’un des moins clutchs de l’histoire. Alors que le Brésilien excellait dans l’art de sortir de rentrer dans l’histoire lorsqu’il y avait des matchs à enjeux, c’est tout le contraire du Suédois. Quand on est comparé au plus grand numéro 9 de l’histoire à 18 ans, on se doit d’être capable de se sublimer lorsque l’événement le demande. Ca n’a jamais été le cas chez Zlatan  et malheureusement, on retiendra autant ça que ses 32 titres en carrière.

Crédits photos :  AFP PHOTO / Ian KINGTON /