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L’Italie est le pays de la Renaissance, le foyer du cinéma, le berceau de l’art, mais aussi une grande nation de football. Troisième plus gros palmarès en termes de Coupe du Monde, le pays a abrité de grands artistes du ballon rond tout au long de son histoire. De Meazza à Totti en passant par Zoff ou Del Piero, la liste des monuments azzurri serait trop longue à dresser.

On connaît tous la Serie A, le championnat où ont brillé les bancs en bord de pelouse avec Sacchi, Lippi, Conte ou Allegri. Mais les étoiles ont été et sont également sur le terrain. Baggio, Maldini, Buffon ou De Rossi sont auant de noms qui ont émoustillé l’Europe et le monde du football. Mais aujourd’hui, on ne parlera pas de Milan, Rome, Turin ou Naples. On parlera de la ville de Roméo et Juliette, qui abrite deux clubs et un derby reconnu comme l’un des cinq plus grands d’Italie : le Derby della Scala. Oui, il est question de la ville de Vérone avec le Chievo, actuellement en Série A et le Hellas, relégué en Série B lors de la saison 2015-2016. La lumière se tourne vers le second club, qui a réalisé un exploit comme l’a fait Leicester en Angleterre la saison passée. Lors de la saison 1984-1985, elle a inversé la tendance. Elle a remporté le Scudetto pour la première fois de son histoire.

Tout avait pourtant commencé normalement. Le Hellas est fraîchement promu et retrouve l’élite en 1982. Il ne l’avait pas côtoyée depuis 1978-1979. A peine arrivés, les Gialloblu font bonne impression et terminent à une bonne quatrième place derrière l’AS Roma devenue championne, la Juventus et l’Inter Milan, le tout ponctué d’un bilan honorable avec onze victoires, treize nuls et six défaites en trente journées de championnat. S’en suit également une finale de coupe d’Italie perdue face à l’imposante Juventus de Platini, Zoff ou encore Paolo Rossi. Pour un promu, ce genre de résultat est plus que satisfaisant.

Saison suivante, il est temps de repartir de l’avant. Le Hellas a encore son mot à dire mais régresse de deux places au classement en passant de la quatrième à la sixième place avec une série de douze victoires, huit nuls et dix défaites. Il retouche du bout des doigts la coupe d’Italie mais perd de nouveau en finale face à l’AS Roma cette fois-ci. Un des attaquants Gialloblu, Maurizio Iorio, termine troisième au classement des buteurs de Série A avec quatorze réalisations, derrière les deux géants Platini, avec vingt transformations, et Zico qui compte 20 buts.

Arrive le vif du sujet. LA saison phare des jaune et bleu. Deux joueurs étrangers débarquent et vont faire partie des principaux artisans du titre final. Un défenseur allemand, Hans-Peter Briegel, arrivé de Kaiserslautern et international ayant gagné l’Euro 1980 ainsi que double finaliste de la coupe d’Allemagne éditions 1976 et 1981. Un joueur qui correspond assez bien au profil du Hellas avec ses deux finales de coupe nationale disputées ainsi qu’une compétition internationale remportée. Le second est un attaquant danois, il se nomme Elkjaer Larsen. Plus discret, il arrive du KSC Lokeren en Belgique qui a fini treizième sur dix-huit, élu joueur danois de l’année 1984. Davide Fontolan, défenseur de l’équipe, confirme que ces deux arrivées ont été le petit quelque chose en plus, ce qui a permis de passer un cap. La saison peut commencer. La phase aller est explosive. Le premier match l’est tout autant, car il s’agit du Napoli. Stade Marcantonio Bentegodi, Vérone, 16 septembre 1984. C’est le premier match de la star argentine arrivée de Barcelone, le seul, l’unique, Diego Armando Maradona. Et il s’en souvient sans doute. Le Hellas gagne par trois buts à un avec notamment un but de Briegel, le défenseur allemand tout juste arrivé. S’en suit une série de treize matchs sans défaite, avec notamment une victoire 2-0 contre la Juve avec un  but du Danois Elkjaer Larsen, le deuxième à son actif, marqué sans chaussures. Contre les grosses cylindrées, c’est plus ou moins une réussite avec trois 0-0 contre l’AS Roma et les deux Milan. Tout est parfait à l’exception d’une défaite 2-1 à Avelino lors du dernier match aller du championnat. Les Gialloblu sont premiers depuis leur premier match, ils ne quitteront plus le sommet du football italien jusqu’au titre.

La phase retour est identique à la phase aller. Une seule défaite à domicile 1-2 face au Torino, qui finira second, un bon match nul 1-1 face à la Juve et une victoire à domicile contre Rome 1-0. Il faut souligner que Vérone a saisi sa chance au bon moment car la Louve et la Vieille Dame étaient focalisées sur la Ligue des Champions. Les Bianconeri remportent d’ailleurs la coupe aux grandes oreilles en cette année 1985. Cependant, le titre semble s’éloigner. Il faut un match nul au Hellas pour être sacré. Avant dernière journée de Serie A, 12 mai 1985, Bergame. Vérone est mené par un but à zéro au terme des quarante-cinq premières minutes. Arrive la deuxième période, cinquante et unième minute, Elkjaer Larsen égalise. Le score final se solde sur un 1-1, les Gialloblu sont champions d’Italie. Ils confirment et gagnent leur dernier match de la saison une semaine plus tard 4-2 face à ce même Avelino qui avait provoqué leur première défaite en championnat quelques mois plus tôt. Résultat final : quinze succès, treize matchs nuls et deux défaites. La Juve et l’AS Rome terminent respectivement à la sixième et septième place, le podium se constitue du Hellas, du Torino et de l’Inter. L’exploit est écrit, cette équipe de Vérone a détrôné les plus grands.

Mais il n’y a pas que les joueurs. Comment ne pas évoquer l’homme qui tient les rênes. Son nom : Osvaldo Bagnoli. Très bon tacticien qui restera au club pendant neuf ans entre 1981 et 1990, c’est lui qui est derrière tout cela. La montée en 1982, les deux finales de coupe et le titre national pour couronner le tout. On raconte que son excellente gestion a même inspiré le sélectionneur de l’époque, Enzo Bearzot, qui a été champion du Monde en 1982 avec la Squadra Azzura.

Le Hellas commence à freiner la saison suivante, il termine dixième mais réussit un parcours européen honorable jusqu’en huitièmes de finale face aux Bianconeri. S’en suit une saison 1986-1987 à la quatrième place puis une rechute à la onzième place. La descente arrive à la fin de l’édition 1989-1990 où les quatre derniers sont relégués. Les Gialloblu terminent seizièmes sur dix-huit. Les saisons suivantes sont en dents de scie, les montées et les descentes s’enchaînent plus ou moins. De nos jours, le club était remonté à la fin de la saison 2013-2014. L’équipe était assez attirante, notamment avec l’éclosion du jeune Iturbe, parti à la Louve lors de la montée, mais aussi avec la présence des grands Luca Toni et Rafael Marquez. Malgré ce petit attirail, les Gialloblu terminent lanterne rouge de Serie A en 2016. Aujourd’hui en Serie B, ils sont actuellement troisièmes. Peut être remonteront-ils une nouvelle fois, en tout cas on ne peut pas leur enlever cette épopée d’il y a trente-deux ans, qui reste et restera à jamais dans le cœur des supporters.

@simonlecitron