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Le football français, ou plutôt les instances du football français, ont un problème avec les supporters. Depuis des mois voire des années, la situation ne cesse d’empirer. Des sanctions disproportionnées, aucun dialogue, des interdictions de déplacement justifiées de façon toujours plus sordide,… La liste est encore longue. Pourtant, sans les supporters, le football n’est rien. Tout le monde le sait, sauf ceux qui tirent les ficelles. Ce qui est désolant puisque de par leurs décisions toujours plus liberticides, ils contribuent à tuer l’un des éléments principaux de ce sport.

Si certains pensent que les supporters n’ont aucune importance, je fais partie de ceux qui pensent le contraire. Combien de fois l’appui des supporters a-t-il été déterminant ? Combien de fois un stade rugissant, poussant son équipe à se battre, a pu faire changer la situation ? Les joueurs ont beau être formatés, rester insensible aux vibrations d’un stade, d’un peuple soutenant la même cause est proche de l’impossible. Un stade qui chante à l’unisson, quelques minutes avant la fin d’une rencontre, peut transcender des hommes et faire oublier pendant un instant l’aspect tactique au profit des émotions. Alors pourquoi vouloir s’en priver ? Pourquoi utiliser cet élément pour faire de la promotion mais le rabaisser outrageusement de l’autre côté ? Excellente question.

Cette hypocrisie amène aussi à s’extasier sur le public allemand, la ferveur, les stades remplis même aux échelons inférieurs, le 50+1 qui permet aux amoureux d’un club d’être impliqués de façon concrète… La culture et l’attache au football sont, il est vrai, bien plus fortes chez nos voisins, mais en prenant des décisions bien trop souvent exagérées, les instances françaises ne contribuent pas à ramener les supporters au stade afin d’avoir ne serait-ce qu’un semblant de ce qu’il se passe en Allemagne.

Car si de l’autre côté du Rhin, se déplacer à 20000 est presque normal, en France, cela pourrait donne un ulcère aux préfets et autres sombres personnages. Pourtant, je n’ai jamais vu le moindre débordement lorsqu’un tel mouvement s’observe. Quand les supporters de l’Union Berlin se sont déplacés massivement à Dortmund pour jouer un match de coupe d’Allemagne, le mot festif était le seul valable. Et ce n’est pas l’unique exemple, il suffit de jeter un œil sur Twitter pour s’apercevoir de ce soutien tout aussi hors-norme que précieux. D’ailleurs, en Allemagne, on ne vous dira jamais que les supporters ne servent à rien, c’est une injure au football.

Chez nous, on préfère faire des campagnes pour pousser les gens à aller au stade, et, de l’autre côté, taper sur tout ce qui bouge. Alors certes, certains individus commettent des actes peu recommandables, des actes qui méritent d’être sanctionnés. Mais pourquoi des actes individuels entraînent-ils nécessairement des sanctions collectives ? C’est simplement bête et méchant, ça ne mène à rien si ce n’est à envenimer la relation entre les deux parties. Enfin si on peut appeler cela une relation.

Huis-clos partiel. (Source : France Info)

Ces sanctions ont fini par pousser quelques supporters fatigués de ce système répressif à aller à l’encontre des interdictions, à tomber dans la désobéissance civile. Encore une fois, certains trouveront cela bête, d’autres penseront que c’est devenu la seule solution. Mais mettre dehors 40 supporters nantais, venus chanter pour leur équipe au Stade Michel d’Ornano (étant donné que chez eux ce n’est plus franchement possible) sans la moindre violence, est-ce vraiment mérité ? Bien qu’ils soient allés à l’encontre de l’arrêté préfectoral, ils n’ont tué personne il me semble.

Les Bordelais avaient aussi décidé de braver les interdits lorsque’ils avaient pris la décision de se déplacer à la Beaujoire en dépit d’un énième arrêté préfectoral. Ce dernier était d’ailleurs rempli de raisons toutes plus obscures les unes que les autres destinées à bannir le moindre supporter du club au scapulaire. Mais face au refus des ultras de se laisser une nouvelle fois piétiner pas les autorités,  celles-ci ont miraculeusement fait marche arrière et autorisé le déplacement de 250 personnes désireuses de soutenir leur équipe. Ce cas-là s’apparente à une petite victoire car cela crée un précédent unique. Mais difficile de savoir si d’autres préfectures feront le même cheminement (nous l’espérons en tout cas).

Enfin, la désobéissance civile est aussi arrivée du côté des supporters stéphanois qui se sont infiltrés dans un stade mort pour cause de huis-clos. Ils se sont rendus dans l’enceinte de Geoffroy-Guichard simplement pour chanter pour leur club à défaut de le faire pour l’équipe elle-même. Ils n’ont pas respecté le contrat, mais ici, est-ce que la sécurité n’est pas à remettre à cause ? Ou bien la préfecture qui a refusé l’installation d’un écran géant à l’extérieur du stade pour suivre la rencontre ? Sachant qu’ils sont entrés par le musée sans commettre la moindre effraction, n’y-a-t-il pas d’autres responsables ?

Taper sur les supporters est une chose, mais il ne faut pas oublier qu’ils ne sont pas seuls, et que d’autres facteurs sont à prendre en compte. Prendre pour bouc émissaire un seul groupe de personnes ne mènera à rien, et ne permettra pas de faire changer ce qu’il se passe actuellement.

Une autre chose ne changera rien, c’est « taper plus fort » comme l’a si bien dit la présidente de la Ligue. Mais le dialogue là-dedans, il arrive quand ? Prendre le temps de discuter ne serait-ce qu’une seule fois ne ferait de mal à personne. Et certains pourraient peut-être comprendre que la seule chose dont les supporters ont envie, c’est de supporter leur équipe en paix (quelle surprise). Et qu’un fumigène craqué en tribunes n’est pas la fin du monde non plus tant qu’il n’y a aucun débordement (comme dans la plupart des cas en France).

Finalement, si l’on s’accordait à rendre leur liberté aux ultras qui ne méritent pas franchement d’être traités de la sorte lorsque leur comportement ne tombe pas dans la violence gratuite comme on a pu le voir il y a peu ? Certains actes doivent être condamnés, mais parfois, faire preuve d’intelligence ne fait pas de mal. En agissant ainsi, l’histoire finirait sûrement par prendre un autre tournant, mais en attendant, on va continuer à appliquer des sanctions désolantes, qui ne mènent à rien, et qui ne servent pas l’intérêt des amoureux du football, ni ceux de la Ligue qui cherche tant bien que mal à remplir des stades toujours plus vides.

Source : Furania photos