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Samedi 20 mai 2017, 23h : les Verts viennent de s’incliner 3 buts à 1 sur la pelouse de Marcel-Picot face à Nancy. Après l’humiliation subie à Geoffroy-Guichard contre le PSG (0-5) et le revers essuyé face au champion monégasque à Louis II (2-0), cette troisième défaite d’affilée clôt un exercice 2016-2017 bien terne où les seules joies offertes aux supporters auront été un beau parcours en Ligue Europa (première place du groupe C, élimination en 1/16ème de finale par Manchester United) et la victoire du derby à domicile. Saint-Etienne doit se relever.

Tout au long de la saison dernière, l’ASSE a ennuyé, voire agacé les observateurs et les fans, lassés par les matchs – plus ennuyeux les uns que les autres – proposés par les joueurs de Christophe Galtier. Ce dernier, suite aux départs successifs de ses flèches offensives Pierre-Emerick Aubameyang (à l’issue de la saison 2012-2013) et Max-Alain Gradel (à l’issue de la saison 2014-2015), n’aura pas réussi à offrir un spectacle digne de ce nom au Chaudron.

« Galette » a donc quitté le Forez 7 ans et demi après son accession au poste d’entraîneur principal en décembre 2009, après deux dernières saisons laborieuses sur le plan du jeu et sans être parvenu à qualifier son équipe pour la Ligue Europa lors du dernier exercice. Pour sa dernière à Geoffroy-Guichard, les ultras ont tout de même rendu un magnifique hommage à celui qui – il faut le rappeler – a su redonner des couleurs à l’ASSE, en lui permettant de remporter à nouveau des derbys et en l’emmenant régulièrement en Coupe d’Europe (l’occasion d’affronter des adversaires de prestige).

Toujours est-il que remplacer un entraîneur ayant à ce point marqué l’histoire d’un club et très apprécié des supporters n’est jamais une mince affaire. Ainsi, depuis l’annonce du départ de Christophe Galtier, plus d’une dizaine de noms circulaient pour le remplacer, dont ceux de Claude Puel, Antoine Kombouaré, Fabio Celestini, Thierry Henry, Patrick Vieira ou encore Claudio Ranieri… Mais c’est finalement le candidat le moins connu du public français, Óscar García Junyent, qui débutera la saison 2017-2018 sur le banc de l’ASSE. Plus qu’une simple bonne pioche, ce jeune entraîneur (44 ans) pourrait bien être celui qui fera entrer les Verts dans une nouvelle ère…

Catalan pur jus formé à la Masia, Óscar García a joué 69 matchs avec le FC Barcelone au poste de milieu offensif et a porté le maillot d’autres clubs de renom en Liga tels que le Valence CF ou l’Espanyol Barcelone, pour finalement raccrocher les crampons en 2005 à Lleide avec dans sa besace 4 titres de champions d’Espagne, 2 Coupes du Roi, 1 Coupe des coupes, 2 Supercoupes de l’UEFA et 3 Supercoupes d’Espagne (quasiment tous glanés avec son club formateur).

Ayant décidé d’entamer une carrière d’entraîneur, García débute comme adjoint de son premier coach en pro, le légendaire Johan Cruyff, alors à la tête de l’équipe de Catalogne. Par la suite, il poursuivra ses gammes avec les jeunes du Barça, avant de se lancer chez les professionnels en rejoignant le Maccabi Tel-Aviv. Passé par l’Angleterre (Brighton & Hove Albion FC et Watford FC) avant de rejoindre l’Autriche et le Red Bull Salzburg (où il a réalisé deux doublés Coupe-Championnat), les observateurs s’accordent à dire que le catalan cherche toujours à ce que ses équipes aient la possession et pratiquent un beau football. Rien d’étonnant de la part de ce pur produit barcelonais imprégné des principes enseignés de génération en génération au sein de la Masia, à savoir la conservation du ballon, la mobilité et le jeu à une touche de balle.

Nul doute que l’AS Saint-Etienne n’échappera pas à l’irrépressible envie chez García de faire pratiquer un football spectaculaire à ses joueurs, et ce pour le plus grand plaisir des supporters des Verts et de tous ceux qui souffraient devant les films d’horreur du dimanche après-midi : « ASSE- SC Bastia », « FC Metz-ASSE », ou encore « ASSE-Stade Rennais » (et encore, un film d’horreur étant généralement divertissant, la comparaison avec un film d’auteur bien chiant aurait plus de sens)…

Au sein d’un club qui s’était habitué ces dernières années à des schémas tactiques défensifs, à subir le jeu de l’adversaire (la plupart du temps) ainsi qu’à une poignée de buts souvent inscrits en contre, l’arrivée du technicien espagnol est le symbole d’une véritable révolution sur le plan du jeu.

En outre, la présence de García sur le banc de Sainté devrait être l’occasion de voir enfin s’épanouir des joueurs ayant montré de belles choses sans pour autant confirmer toute l’étendue de leur talent sur une saison complète. Ainsi, le buteur slovène Robert Berić – auteur d’un excellent début de saison 2015-2016 avant d’être blessé lors du derby par l’une petites têtes à claques de l’OL, Jordan Ferri, coupable d’un tacle assassin (qui ne sera pas trop sévèrement sanctionné grâce à l’influence de son twitteur de président sur la LFP…), puis d’un bon début de saison 2016-2017 avant d’être rattrapé par sa blessure –, le milieu norvégien Ole Selnæs –, ayant effectué un très bon début de saison 2016-2017, éclaircissant le jeu par sa clairvoyance, avant de se montrer de plus en plus transparent dans le jeu –, et l’ailier marocain Oussama Tannane – auteur de débuts fracassants lors de son arrivée à l’hiver 2016, puis de prestations bien moins réjouissantes, pour être finalement mis au placard par Christophe Galtier, qui lui faisait confiance avant d’être excédé par son comportement pas toujours irréprochable en termes d’investissement à l’entraînement – devraient pouvoir exprimer toutes leurs qualités balle au pied grâce à la philosophie de jeu ultra-offensive de leur nouveau coach.
García pourrait donc réussir dans un domaine où son prédécesseur a parfois péché : exploiter au maximum le potentiel de ses joueurs, tirer le meilleur de son effectif.

Enfin, fort de son passage dans un club aussi bien structuré que le FC Barcelone, l’espagnol – déjà décrit comme un acharné du travail par les autres membres l’ASSE – a d’ores et déjà commencé à imposer sa méthode afin d’accroître la professionnalisation du club ligérien. Outre les déjeuners communs imposés à l’ensemble de l’effectif, les entraînements seront désormais filmés par des caméras disposées aux abords du terrain principal de l’Etrat et seront analysés rigoureusement comme les matchs, augmentant de façon conséquente le nombre de séances vidéos auxquelles devra assister l’équipe stéphanoise. Si des tentes Quechua n’ont pas encore été installées pour que les joueurs dorment sur place, ces derniers passeront tout de même un certain temps au centre d’entraînement lors de la saison prochaine…

Sous réserve que la direction lui accorde les moyens dont il aura besoin, et que la cellule de recrutement l’écoute attentivement afin de renforcer l’effectif, le cocktail spectacle-professionnalisme pourrait donner de bons, voire de très bons résultats.
Derrière le PSG et l’AS Monaco, la lutte pour les places européennes sera ouverte, et l’arrivée d’Óscar García et de ses principes de jeu dans le Forez, moins médiatisée que l’OM et ses nouveaux capitaux ou que les retours de Marcelo Bielsa et Claudio Ranieri en Ligue 1, pourrait peut-être permettre à l’ASSE d’arracher une place en Coupe d’Europe à l’issue de la prochaine saison… Au nez et à la barbe de l’OL et de son stade au nom commercial ? Les supporters ne demandent pas mieux !

Quoiqu’il en soit, le catalan semble être en passe de faire entrer les Verts dans une nouvelle ère : une ère où le mot « football » n’est jamais employé sans être précédé de l’adjectif « beau ».

Simon de Frémont

Crédits photos : AFP PHOTO / ROMAIN LAFABREGUE