[Serie A/Ligue 1] Nicolas Nkoulou, entre ombre et lumière

Une triste nouvelle est tombée. Un ancien artiste de notre somptueuse Ligue 1 a plié bagage. Une nouvelle assez mal accueillie par bon nombre de Gones, visiblement très remontés vis-à-vis de la direction Lyonnaise qui vient de céder en l’espace de quelques jours, deux de leurs meilleurs défenseurs centraux. Un choix qui peut paraître surprenant, quand on connaît la grande fragilité défensive que l’OL a pu rencontrer lors des précédents exercices. En effet, après avoir vu l’Argentin Emmanuel Mammana s’engager en faveur du Zenith, Nicolas Nkoulou vient d’être prêté au Torino, avec une option d’achat dérisoire, 3.5 millions. Un choix très difficile à analyser pour l’ensemble des observateurs, qui ne représente pas franchement un réel gain financier et sportif.

Pour un joyau porté disparu depuis plus de deux saisons, ce départ parait anecdotique. Les mauvaises langues, et ses plus grands détracteurs nous expliqueront que ses 4 années non déclarées sur sa CNI se font inévitablement ressentir depuis 2 ans. D’autres, plus mesurés, feront référence à cette fameuse blessure lors de la Can 2015, comme élément déclencheur d’une longue et silencieuse décadence.

Fut un temps, où cet artiste, de par son aisance technique sublimait et en subjuguait plus d’un. Il n’en restait pas là, sa solidité défensive mis à mal de nombreux attaquants. Dans une galaxie lointaine, très lointaine, ce dernier, était alors comparé -justement ou injustement- au « meilleur défenseur du monde » lors de l’arrivée dans l’Hexagone de Thiago Silva. Ce joueur qui techniquement n’avait rien à envier à la grande majorité des numéro Diez de France et de Navarre. Ce défenseur, qui enthousiasmait le public, illuminait son secteur de jeu, s’affirmait comme l’un des plus beaux porte-paroles du défenseur moderne.

Nicolas Nkoulou symbolisait donc l’archétype même du défenseur central moderne. En effet, il avait de nombreuses cordes à son arc, à savoir, vitesse, puissance, qualité technique et relances bien au-dessus de la moyenne. Sans oublier pour autant des qualités de placement et de tacle hautement appréciable pour n’importe quelle équipe ainsi qu’un un jeu aérien très acceptable.

Couplé à cela, un calme et une sérénité à toute épreuve balle au pied lui permettant de réaliser, des gestes aussi fantasques qu’insensés mais d’une efficacité chirurgicale, et tout cela, proche des cages de son équipe, en si bon artiste qu’il fut.

Cependant, il avait aussi quelques défauts, qui le pénalisèrent assez lourdement par moment. Sa sérénité, ainsi que sa trop grande confiance en lui, lui firent parfois défaut. En effet, il eut à de nombreuses reprises des sautes de concentration, ce qui coûta des buts à ses équipes respectives, une caractéristique inacceptable dans sa quête de devenir un grand défenseur central. Ajouté à cela, une irrégularité de plus en plus présente au fil du temps, qui lui fit défaut pour aspirer à mieux.

Un homme, toujours grandement apprécié de ses coéquipiers et hautement considéré par ses entraîneurs, à l’image de Marcelo Bielsa et Didier Deschamps, pour ne citer qu’eux. Garçon loyal, il se chargeait de leur rendre la pareille, sur le terrain mais aussi dans les coulisses en leur affichant un soutien indéfectible.

Les débuts Monégasques

Arrivé en 2007, en provenance Kadji Sport Academies, le talent de Yaoundé arriva dans la Principauté afin de parfaire ses gammes de footballeur au centre de formation de Monaco, centre grandement estimé sur le vieux continent, et réputé pour faire éclore de nombreuses pépites (comme un petit jeune de 18 ans évoluant sur le front de l’attaque Monégasque). Il n’eut aucun mal à s’adapter aux exigences d’un centre de formation européen. Il remporta notamment le championnat de France des réserves.
Dans la suite logique des choses, il signa très rapidement un contrat professionnel à l’âge de 18 ans, et connu sa première apparition en Ligue 1 en 2008. Il poursuivit sur sa bonne lancée, en revêtant pour la première fois la tunique des Lions Indomptables lors de cette même année. Etant très polyvalent, il rendit de fiers services à l’équipe si cher aux yeux du Prince, lorsqu’il évoluait au poste de défenseur central, et était plus qu’une solution de rechange lorsqu’il fut amené à jouer un cran plus haut, en numéro 6.

La saison 2010-2011 sonna comme un déclic pour le jeune prodige qui s’imposa au fur et à mesure comme un titulaire indiscutable, et fut nommé par Guy Lacombe comme vice capitaine. Malheureusement, en dépit de ses performances très remarquées, Nicolas ne put éviter la relégation des siens.

L’aventure Monégasque, touchait, dès lors à sa fin, il était temps pour le joyau Camerounais de s’envoler de ses propres ailes vers de nouveaux horizons, où il pourrait mettre à profit son immense potentiel.
Le 29 Juin 2011, l’Olympique de Marseille d’un certain Didier Deschamps, engageait pour 4 saisons la pépite Monégasque pour un montant avoisinant les 3.5 millions d’euros. Une valeur qui peut paraitre ridicule pour un défenseur de ce calibre, vu les prix démentiels observés lors de ces derniers mercatos.

L’aventure Marseillaise

Nicolas arriva sur la pointe des pieds dans la cité phocéenne. Une évidence, pour un joueur alors méconnu du grand public, malgré une saison pleine de promesses sous les couleurs rouges et blanches. Le transfert de Nicolas Nkoulou avait tout d’un pari tenté par le board Olympien. D’autant plus que la défense de l’époque, composée de Souleymane Diawara et de son compère Stephane Mbia, avaient pris l’habitude de livrer des prestations assez abouties. Un pari, qui avec le temps, se révélera être très judicieux, compte tenu des prestations plus que convenables que proposera le compatriote de Stephane Mbia. Après de multiples échecs sur le marché des transferts, l’équipe dirigeante avait enfin flairé le bon filon en la personne de Nicolas Nkoulou, un coup grandement mené pour une direction inlassablement remise en question.

Une nouvelle fois, tout se passa comme sur des roulettes, et il n’eut aucun mal à trouver sa place dans cet effectif Olympien. Il marqua très vite les esprits, notamment durant la phase de préparation. Il s’imposa sans trop de difficultés comme un élément incontournable du 11 Marseillais. Ses prouesses, furent bien évidemment scrutées et remarquées. Une première saison, plus que prometteuse, qui lui attirèrent de nombreuses louanges et distinctions, en atteste sa logique nomination dans le 11 type de la Liguain. Il fut aussi élu meilleur joueur Olympien par les afficionados Marseillais, et pour conclure, se positionna à une très belle seconde place au classement des meilleurs Africains de Ligue 1.

Il prit part à l’épopée Marseillaise qui vit les Phocéens se hisser jusqu’en quart de finale de la coupe aux grandes oreilles, et glana la coupe de la Ligue 2011, le dernier trophée conquis sous l’ère Deschamps à Marseille.
Naturellement considéré comme un des joueurs en vogue, il fut très logiquement suivi par des mastodontes européens comme Barcelone ou encore Naples. Mais l’OM tenait à son joyau, et exclut tout départ de leur défenseur Camerounais.

Les saisons se suivaient et se ressemblaient, à ce moment-là, pour Nkoulou qui livra une nouvelle saison de grande facture avec un nouvel entraîneur en la personne de « l’homme à la casquette » Elie Baup. En revanche, difficile de ne pas évoquer, le rendez-vous tant attendu manqué avec Zlatan, qui mettait aux prises, le meilleur attaquant et l’un des meilleurs défenseurs de l’élite Française. Sans oublier, qu’avec l’arrivée récente d’un dénommé Thiago Silva, la concurrence se faisait de nouveau ressentir pour Nicolas, alors considéré comme deuxième meilleur défenseur de Ligue 1. Malgré cette légère ombre au tableau, le « jeune » Camerounais attirait toujours autant la convoitise. Collectivement, la saison fut plutôt satisfaisante avec une qualification pour la Ligue des Champions à la clé.

La saison suivante fut ostensiblement plus compliquée pour le Lion du Cameroun. En effet, il éprouva les pires difficultés au monde à réitérer les performances des saisons précédentes, et les critiques commencèrent à s’abattre sur ses épaules. Après cette saison bien plus compliquée, il ne manquait toujours pas de courtisans, et un départ lors du mercato estival n’était pas à exclure. Mais les qualités humaines du Camerounais, précédemment expliquées, sont bel et bien à prendre en compte. Il souhaita rester une saison de plus à l’Olympique de Marseille pour rectifier le tir, et rendre la confiance que lui avait accordé le club depuis son arrivée.

Intersaison 2014, une personnalité de classe mondiale et hautement estimée dans le monde du football, Marcelo Bielsa, débarqua à l’OM. La greffe entre le joueur et l’entraineur prit directement, et Nkoulou excella dans tous les domaines jusqu’à la trêve hivernale. Vint alors, la CAN 2015. On peut clairement dire, qu’il y eut un avant et un après CAN 2015 dans la carrière du Camerounais. Il se blessa durant celle-ci et fut indisponible jusqu’en Avril. Il eut un mal fou à revenir à la compétition, et sa fin de saison fut complètement gâchée. Une blessure au genou qu’il a traîné, et visiblement très mal soigné (En dépit de cette blessure contractée, selon toute vraisemblance, il força et aggrava sa blessure lors de la CAN.)

On connait les intersaisons mouvementées du côté de la Commanderie. Et celle de 2015-2016 n’échappa pas à la règle, bien au contraire. Elle fut plus que spéciale, avec le départ contre toute attente d’El Loco. Un départ qui a dû de toute évidence, attrister et décevoir Nkoulou qui à l’instar de Mandanda, souhaitait que le magicien Argentin reste chez les Phocéens.

L’OM livra une saison calamiteuse, ponctuée d’une piteuse et peu reluisante 13 ème place, et ce malgré une finale de Coupe de France et quelques matchs sympas en Ligue Europa.

Sur un plan purement individuel, l’homme de confiance d’El Loco éprouva d’immenses difficultés, fit d’innombrables erreurs, et fournit très certainement sa plus mauvaise saison sous la tunique bleue et blanche. Dès lors son aventure Olympienne, touchait inéluctablement à sa fin. Il devait se relancer, et repartir de l’avant sous peine de régresser continuellement et devenir un vulgaire défenseur banal de notre championnat.

Arrivé au terme de son contrat en Juin 2016, il s’engagea libre en faveur de l’Olympique Lyonnais, ce qui fit couler beaucoup d’encre du côté de la Canebière. Rien de surprenant, quand on connait la ferveur et la passion que portent les supporters Marseillais à l’égard de leur club. Une colère justifiée notamment vis-à-vis de la fameuse direction qui était retombée dans ses travers,  le joueur étant parti sans indemnité de transfert de par son statut d’agent libre et ce, chez le rival Lyonnais, qui voyait ce transfert comme une aubaine.

Une saison en demi-teinte chez les Gones

Nkoulou débarque à Lyon, comme le remplaçant idéal de Samuel Umtiti alors fraîchement transféré au FC Barcelone contre 25 millions d’euros. Jean-Michel Aulas avait pris la fâcheuse habitude, de piquer des joueurs Marseillais, une stratégie peu payante (dans tous les sens du terme). Il arriva, avec un statut de titulaire en puissance. S’il retrouvait son niveau d’antan, son association avec Emmanuel Mammana en faisait saliver plus d’un. Leurs qualités techniques et de relance devaient alors illuminer le Parc OL, et faire frissonner la concurrence, surtout quand on connait le manque criant de bons défenseurs centraux relanceurs de nos jours.

Il n’en fut rien et les performances de l’ancien Marseillais laissèrent fortement à désirer, il dut s’acclimater au sublime banc réchauffé de l’incroyable outil Parc OL. Au fil des semaines, aucune amélioration notable dans le jeu ne fut constatée et il fut à de très nombreuses reprises écarté du groupe, un comble pour un défenseur de cette trempe, promis à jouer dans les plus grands clubs européens. Mammana et Diakhaby lui étaient souvent préférés par Pep Genesio. Vint une nouvelle fois, la Coupe d’Afrique des Nations. Après deux saisons plus que compliquées, Nicolas arriva à juste titre dans la peau d’un remplaçant. Sa sélection se hissa jusqu’en finale face à l’Egypte. L’ancienne pépite du Rocher entra à l’heure de jeu et parvint à égaliser pour son équipe, qui remportera par la suite, lors de la séance au tir aux buts, la compétition africaine tant convoitée. Un but qui ne le relancera pas plus que cela. A son retour dans l’Hexagone, son temps de jeu resta très restreint.

Avril 2017, quart de finale retour pour l’OL qui se déplace à Besiktas avec une courte avance, après avoir triomphé 2-1 lors de la première manche. Une rencontre terriblement importante pour le club, dont l’objectif est de gagner cette compétition. Coup de théâtre, Nicolas est titularisé par Bruno Genesio. Une titularisation pour le moins inattendue. Dès lors, on put observer un grand élan de pessimisme chez certains supporters Lyonnais, en effet, Nicolas ne présentait que très peu de garanties en raison d’un temps de jeu pour le moins famélique, et des performances en dents de scies sous le maillot des Gones. Un match d’une rare importance, avec un enjeu immense, une ambiance à couper le souffle, un suspense à tout épreuve. Contre toute attente, le Camerounais rendit une très bonne copie, et les Gones se qualifièrent pour les demi-finales au terme d’une rencontre haletante, ponctuée par une séance intenable de tirs aux buts. L’espoir de revoir ce talent renaître de ses cendres, redevint alors d’actualité. Seulement, ce fut éphémère, et il retomba vite dans ses travers. Il conclut cette saison avec seulement 12 rencontres de Ligue 1 disputées, une statistique inimaginable, ne serait-ce qu’en début de saison.

Une saison de piètre qualité, pour un joueur capable du pire comme du meilleur, et qui fut impliqué dans de nombreux buts. L’ancien virtuose du Velodrome fut méconnaissable, et dans la lignée de la saison précédente, avec un nombre incalculable d’erreurs.
A la sortie d’une telle saison, son avenir ne pouvait qu’être incertain. Quelques jours avant le début du championnat, le président Jean Michel Aulas venait cependant mettre un terme aux nombreuses rumeurs concernant un éventuel départ du Lion.

De la communication pure et dure, puisque quelques jours après seulement, Nicolas Nkoulou rejoignait le Torino sous forme de prêt avec option d’achat. Une sortie de très mauvais gout, qui agaça de nombreux supporters Lyonnais. Ces derniers s’indignèrent et exprimèrent leurs mécontentements d’avoir vendu coup sur coup Mammana et Nkoulou pour des sommes « insignifiantes ».

Avec les Lions Indomptables du Cameroun

Avec 74 sélections à son actif pour le Cameroun, Nicolas possède une solide expérience internationale. Il disputa notamment les coupes du monde 2010 et 2014, et prit part aux Jeux Olympiques de 2008 (sans oublier les nombreuses participations à la CAN.) Exemplaire et leader défensif de sa sélection, il fut nommé vice capitaine, derrière le légendaire Samuel Eto’o. Par la suite, il fut nommé capitaine du Cameroun, suite au refus de l’ancien Blaugrana de revenir en sélection. En 2017, il souleva la coupe d’Afrique des Nations, malgré un temps de jeu très limité.

Il traversa donc un bon nombre d’épreuves avec les Lions, à savoir, des désillusions lors de ces deux coupes du monde disputées, mais aussi des moments de joies, comme lors de la dernière CAN.

Un départ, pour mieux se relancer ?

Nkoulou rejoint donc le Calcio. Un championnat caractérisé par sa maîtrise tactique et rigueur défensive, sans négliger le fait que la Série A a connu une flagrante évolution depuis quelques saisons, avec notamment un jeu plus attractif et tourné vers l’attaque (l’AS Roma et le Napoli symbolisent ce renouveau dans le jeu). On pourrait se dire que c’est peut-être un mal pour un bien, pour ce défenseur qui voit ici une occasion de se relancer, dans un nouveau pays. C’est tout ce qu’on lui souhaite en tout cas (Paga voice), lui qui était le symbole de l’élégance et de l’efficacité dans l’art de défendre. Ce défenseur qui donnait l’envie d’aller au stade pour voir ses exploits techniques et défensifs.

Bien qu’extrêmement critiqué et suscitant un débat permanent le concernant, après 2015, il aura marqué de son empreinte la Ligue 1 et l’Olympique de Marseille quoi qu’on en dise. Mais, l’histoire d’amour si bien entamé, entre la Ligue 1 et le Camerounais aura fini en queue de poisson, au grand dam des sympathisants de Nicolas. Un artiste reste un artiste, et nul doute qu’un jour, ce bon vieux Nkoulou, réitérera des performances de haute volée, parfumés de sombreros et de petits ponts dans la surface, pour le plus grand bonheur des amateurs du ballon rond.

@Lorenzo

Crédits photos : AFP PHOTO / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

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Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?