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Dimanche après-midi, jusqu’au dernier moment l’incertitude de voir jouer le Barça face à Las Palmas régnait, la direction catalane refusant de jouer le match en raison des heurts liés au vote illégal pour l’indépendance de la région. Finalement le match s’est joué à huis clos et a vu la victoire 3-0 du Barça. Plus tôt dans la journée, Gérard Piqué s’est rendu aux urnes, probablement pour voter en faveur de l’indépendance. Résultat : les Catalans qui sont allés voter l’ont fait à 90% en faveur de cette indépendance. Mais qu’advient-il alors du FC Barcelone et même de l’Espanyol, de Gerona et d’autres clubs plus mineurs ? Certes, constitutionnellement, ce plébiscite n’a pas de valeur, mais avec un tel score, il semble difficile pour Madrid de lutter sans que cela ne se termine en conflit violent…

De lourdes conséquences

Forcément, le cas échéant, la Catalogne ne serait plus rattachée à l’Espagne et les clubs de la région se verraient dans l’obligation de quitter la Liga de Futból Profesional (LFP). D’autant plus que Javier Tebas (président de la LFP) prendrait un malin plaisir à s’occuper de cela. Revendiqué d’extrême droite, celui qui s’est toujours prononcé pour une Espagne unie aurait sans doute pu faire partie des bras guerriers qui se sont heurtés aux catalans ce week-end.

Lien de cause à effet, plus de compétition européenne avant belle lurette puisque pour avoir une place en Europa ou en Champions League, l’État Catalan devrait être reconnu comme tel par l’UEFA. Faisons ici fi des indéniables premiers tours préliminaires de Ligue des Champions que les clubs catalans seraient alors obligés de disputer, leur indice UEFA étant au début infime.

Mais se pose alors un problème majeur : plus de Champions League signifie plus de revenus générés par cette compétition. Autant cela n’aura pas d’influence sur des clubs comme l’Espanyol qui n’y participent déjà pas, autant le Barça devrait avoir beaucoup plus de difficultés. Ainsi, le FCB a remporté 61 millions d’euros grâce à la Ligue des Champions la saison dernière. On imagine difficilement le FC Messi tenir viablement sans cette rentrée d’argent des plus importantes.

Du côté de la Liga maintenant. Les droits télé du FC Barcelone représentent approximativement 140 millions d’euros. Pas besoin d’en dire plus, le chiffre est éloquent. Mais dans ce cas-ci le Barça ne serait pas le seul impacté. Par exemple, ceux de l’Espanyol Barcelone s’élèvent à 21 millions d’euros, inutile de préciser que ce chiffre et largement supérieur à la masse salariale annuelle du club et qu’il en va de la pérennité du club de conserver ce pécule.

On en arrive à la question des sponsors. Prenons toujours l’exemple du FC Barcelone car il est le plus marquant et fait l’actualité. En 2015, c’est 225 millions d’euros, soit 33% du chiffre d’affaire que le sponsoring a rapporté. On ne va pas refaire les Avicène mais cela représente plusieurs années de salaire des Messi, Suarez, Busquets et Iniesta… La perte financière entraînerait donc une perte sportive sèche sans précédent en raison d’une énorme perte de visibilité sur le plan mondial.

En somme, le manque d’exposition que pourraient subir les equipes catalanes suite a un détachement de la région à l’État central causerait des lourdes pertes d’un point de vue financier, et l’argent étant le nerf de la guerre, certaines équipes pourraient ne plus se relever…

Et après ?

L’indépendance pourrait voir la création d’un championnat de Catalogne entre clubs locaux, compétition qui avait déjà pris place de 1904 à 1940 alors que la Liga a été créée en 1929. Et c’est bien évidemment le Barça qui survolait ce tournoi tous les ans. La différence majeure repose dans le fait que le club disposait de quelques revenus provenant de la Liga à une époque où le football était beaucoup moins financiarisé.

L’autre solution pour les clubs catalans serait de conserver leur place en Liga en négociant un statut spécial auprès de la Ligue. Cette solution semble pourtant difficile au vu de l’équipe dirigeante de la LFP qui apparaît comme n’étant pas ouverte à ce type de négociations. Mais partons néanmoins de cette idée là.

Cette projection relativement abstraite peut prendre la forme de points de pénalité. Prenons par exemple un modèle dans lequel les clubs catalans seraient autorisés à jouer Liga, Liga Adelante … et un championnat catalan en parallèle ?

Cependant, la faille resterait la même : les équipes de Catalogne n’auraient aucune légitimité à y jouer. Ce serait comme si le SC Charleroi voulait jouer en Ligue 1. Un argument semble alors faire les affaires des clubs catalans : le Barça est l’une des sources principales de l’attractivité du championnat. Question qui dépendra de l’arbitrage entre politique et football : dans quelle mesure la politique peut entraver le sport et vice-versa.

Mais encore une fois, on tourne en rond, cela dépendra de deux facteurs : le bon-vouloir de la direction de la LFP et surtout le statut accordé à la Catalogne à la suite de ce référendum qui a fait parler de lui.

La question devient donc celle-ci : comment les clubs catalans peuvent-ils intervenir dans la négociation du nouveau statut de la région en essayant de ne pas être pénalisés ? Et là, on dépasse le simple cadre du foot.

Au delà de la vision club, l’équipe nationale pose aussi question. Si la Masia sort moins de pépites ces dernières années, elle reste une source stable de talent pour une Roja qui n’en manque pas. Quid des Piqué, Sergi Roberto, Busquets, Iniesta (même vieillissants) ? Qu’on se le dise, la Roja a des ressources, mais la perte de ces hommes pourrait quand même être un problème à court terme. Côté catalan, à l’image du Kosovo, une équipe pourrait voir le jour. A quelle échéance et pour quelle compétitivité ? Telles sont les grandes questions …

La piste d’une Ligue méditerranéenne ?

Et si l’indépendance de la Catalogne posait la première pierre d’une révolution dans le monde du foot ? Début septembre, la ligue portugaise a relancé l’idée d’une « Liga Ibérica », qui pourrait être mise en place d’ici 2019. Attention, il ne s’agit pas d’une fusion, mais d’un rapprochement. En somme, des matchs entre équipes phares des deux championnats dans des périodes de trêve. Mais nul doute que ce rapprochement est un premier pas vers quelque chose de plus grand. Réunies à Madrid le mois dernier, les deux ligues ont parlé visibilité (et donc rentabilité) et ont mis en place un processus permettant à la Liga Nos d’exploser son plafond de verre. Un premier acte qui en appelle d’autres et pourrait à terme conduire à une unification des deux ligues, unification qui permettrait à certains clubs de Liga Nos de grandir et à la Ligue espagnole de combler la perte de l’un de ses deux piliers. A por le bordel !

Crédits photo : BRUNO DE CARVALHO/BRAZIL PHOTO PRESS