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Anti-fascistes, profondément communistes ou simplement de gauche, il existe des clubs de foot qui, bien qu’intégrés à la mondialisation du sport, rêvent toujours d’un idéal où l’ouvrier serait au centre des préoccupations économiques et sociales. A l’occasion du centenaire de la révolution d’octobre, voici une liste surement non-exhaustive des clubs dont Philippe Poutou doit être fan.

Le Red Star

Peut être n’étiez vous pas au courant, mais l’étoile rouge qui orne l’écusson du club de Saint-Ouen n’est en aucun cas une référence à la fameuse marque de bière (dégueulasse, par ailleurs). Plus sérieusement, depuis une trentaine d’années maintenant, une sorte de campagne interne a lieu pour nier toute trace historique du communisme dans l’ADN du club. Mais les fait sont là. Le réputé Stade Bauer, par exemple, est un hommage au Docteur Bauer, résistant communiste fusillé en 1942. Après la chute de l’URSS, de nombreux joueurs soviétiques utilisent le club comme un tremplin européen à l’image d’Aleksandr Bubnov qui a aussi été l’entraîneur adjoint du club dans les années 90. Autre élément, Jean-Baptiste Doumeng, un milliardaire communiste (dafuq), a largement investi dans le club tout au long des années 1960. Enfin, le Red Star de Saint-Ouen était en concurrence avec les deux autres Red Star d’Île-de-France :  ceux de Montreuil et de Champigny, se revendiquant, eux, profondément marxistes.

Le 1.FC Union Berlin

Fondé en 1965 comme la majorité des clubs d’ex-Allemagne de l’Est (RDA), est-ce la peine de continuer ? Oui, allez, pour le plaisir. Dans une opposition fraternelle avec le Dynamo Berlin, il représentait les club des ouvriers, tandis que le Dynamo (financé par le Parti Communiste) faisait figure de l’élite du régime. Petits comiques, lors des derbys, quand l’Union obtient un coup-franc et que les joueurs du Dynamo forment logiquement un mur, les supporters scandent « Virez le mur ! Virez le mur! » en référence au mur de Berlin, situé à l’arrière du kop Nord du stade du Dynamo. Quand, en 2008, il fallut rénover le stade, pas d’appel d’offre ou autre démarche capitaliste du genre, non. Ce sont les supporters qui ont mis la main à la pâte pour rebâtir une enceinte de 23 000 places.

Les Orthodox Brothers (Étoile Rouge Belgrade, Olympiakos, Spartak Moscou)

« Les Frères orthodoxes », voilà le nom de l’alliance des ultras de ce trois équipes revendiquant une culture commune. Une sorte d’axe Belgrade-Pirée-Moscou de gauchos.

Club le plus titré de Serbie, le Crvena Zvezda. Originellement, anti-fasciste (fondé en 1945, après la Seconde Guerre mondiale), l’étoile rouge sur l’écusson ne laisse sous-entendre aucun doute. La ville de Belgrade étant la capitale de l’ex-Yougoslavie de Tito, le club était la vitrine du communisme et de l’efficacité de la politique menée par Tito jusqu’à la dissolution de ce méga-État.

Du côté de l’Olympiakos, très peu d’information à ce sujet mais un acte semble éloquent. En 2013, Giorgios Katidis de l’AEK Athènes a célébré son but en faisant un salut nazi. Réaction de l’Olympiakos : attendre la réception du club de la capitale pour taper sur tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un xénophobe ayant une tenue de l’AEK.

Le Spartak Moscou. Le nom du club en premier lieu est une allusion aux spartakistes, courant socialiste du début du 20ème siècle qui s’est surtout développé en Allemagne. De plus, le club était détenu par les kolkhozes et les sovkhozes (fermes collectives d’État) durant l’ère soviétique. En somme, c’était le club des syndicats et des prolétaires en opposition au CSKA Moscou, club de la police moscovite.

Le FC Sankt Pauli

On repart en Allemagne et cette fois du côté d’Hambourg dans le quartier de Sankt Pauli. Quand on lit la charte du club, deux mots apparaissent plus que lisiblement : anti-racisme et anti-fascisme. Le décor est posé. Comme pour l’Union Berlin, le club fit face à de rudes problèmes financiers au début des années 2000. Pour remédier à cela, supporters, presse locale, simple riverains, etc se son unis pour vendre des chemises à l’effigie du club et ainsi redresser leur équipe. C’est donc dans cette atmosphère de tolérance et d’entraide que le club prospère actuellement en deuxième division allemande.

L’AS Livorno Calcio

A Livourne, en Toscane, plus que le club, ce sont les ultras qui ont une véritable conscience de classe. Étant classés parmi les tifosi les plus actifs du pays, leur voix est essentielle dans l’ultra-game rital. Ainsi, un des membres fondateurs de la Brigate Autonome affirme, dans une interview au Cahier des Ultras, qu’à Livourne : « nous sommes tous de gauche ».

L’Hapöel Tel-Aviv FC

Oui, tout le monde n’est pas Marteau et faucille sur le blason, maillot domicile rouge pétant ; bienvenue chez les cocos ! Deux surnoms  : « the Red Demons » (les démons/diables rouges) et « the Workers » (les travailleurs). En trifouillant un peu sur le net, on peut voir que les ultras du club notamment sont de très actifs partisans de la cause ouvrière. Malheureusement, trop peu de documents circulent en raison de la censure mise en place par le régime. Pour ceux qui ont du temps et de l’envie, rechercher sur les forums peut être une bonne initiative pour entrevoir les actions du club et des supporters. Comme celui-ci par exemple :http://www.soviet-empire.com/ussr/viewtopic.php?t=34032&highlight=telaviv.

Le Beşiktaş JK

Pas le plus connu, ce club stambouliote est le plus ancien de la capitale économique turque. Contrairement à Galatasaray et Fenerbahce, dont les supporters étaient originellement les classes moyennes voire les élites européennes pour le Gala, Beşiktaş est le club des classes populaires. Le Carşi, un des principaux groupes de supporters arbore fièrement son papier d’anarchiste opposé au gouvernement et donc à l’Istanbul Basaksehir, mais c’est un autre sujet. Son rôle dans l’opposition est devenu tellement important qu’il est capable de réunir d’importantes manifestations comme celle de l’Istanbul United en 2013. Enfin, la majorité des ultras de Beşiktaş sont adhérents du CHP, parti de gauche et deuxième parti en Turquie après le parti d’Erdogan, l’AKP. La CGT n’a qu’à bien se tenir.

Crédits photos :  AFP PHOTO / JEAN-PIERRE CLATOT