Tottenham, l’heure de sonner à la cour des grands

Les Spurs ont, certes, laissé filer le North London derby, si cher à leurs supporters. Cela n’efface pas un début de saison très prometteur pour les hommes de Pochettino.

« Merci de gagner la Coupe d’Europe avec mes joueurs. » C’est le message qu’envoie le président de Tottenham, Daniel Levy à son homologue du Real, Florentino Pérez, après chaque victoire des Galactiques en Ligue des Champions (en rapport à Modric et Bale, anciens Spurs qui font les beaux jours de la maison merengue). Plus récemment, c’est dans le sens inverse qu’ont dû se diriger les louanges.
Tottenham a disposé du roi de la reine des compétitions à Wembley (3-1) après l’avoir tenu en échec dans son antre du Bernabeu (1-1). Un signal fort envoyé à l’Europe, comme aiment le dire les experts. De là à nourrir l’ambition d’aller au bout en Ligue des Champions ? Sûrement pas. Ce serait même présomptueux pour une équipe qui, ces dernières années, n’a jamais réussi à glaner la petite sœur (C3).

Néanmoins, le millésime 2017-2018 doit être celui de la consécration pour « l’éternel deuxième ». Cela sera très compliqué en championnat, où City avance comme Froome dans la montée du Ventoux et d’ores et déjà impossible en League Cup, où les Lillywhites ont été défaits par leurs voisins londoniens de West Ham. Il ne reste donc pas trente-six solutions pour remporter un trophée… Si la Cup sera assurément plus accessible que la coupe aux grandes oreilles, Dele et Cie n’auront peur de personne cette année. Voici quelques arguments pour vous convaincre, si vous en doutez encore.

Pochettino a trouvé la bonne formule

On parle peu de l’entraîneur argentin mais le travail qu’il réalise avec Tottenham est exceptionnel. Fin tacticien, le 3-4-2-1 (modulable en 3-5-2) qu’il a mis en place avec les Spurs est parfaitement huilé, chaque joueur semblant s’épanouir à son poste. L’équipe aime avoir la possession mais est aussi capable de se projeter très vite vers l’avant à partir de la récupération, ce qui la rend difficile à lire pour les adversaires. Le milieu, très dense, sait parfaitement écarter le jeu sur les flèches des côtés (Davies et Trippier/Aurier). Les deux milieux offensifs (Eriksen et Alli) derrière l’attaquant (Kane) ont une totale liberté de déplacement et de projection, ce qui amène souvent le surnombre dans la surface adverse. Quant à la charnière Vertonghen-Sanchez-Alderweireld, elle apparaît comme l’une des plus imperméables de Premier League (seulement 9 buts encaissés en douze journées). La mayonnaise a bien pris et si l’équipe fait preuve d’efficacité – qualité qui lui a fait défaut dans certains matchs clés cette saison, notamment contre Chelsea et Man U – elle accrochera d’autres noms que celui du Real à son tableau de chasse.

Harry Kane est au sommet de son art

Il porte le numéro 10, qui ne lui va pas si mal au vu de sa capacité à distribuer intelligemment les ballons quand il n’est pas en position de marquer. Cependant, Harry Kane aurait tout à fait sa place dans le cercle des meilleurs neufs du monde. Actuel deuxième meilleur buteur de Premier League et de Ligue des Champions (13 réalisations TCC), le grand blond assure dans tous les domaines : vision du jeu/appels, puissance de frappe, finition. Sans être un foudre de guerre du dribble, il fait régulièrement la différence grâce à une conduite de balle simple, toute en finesse et emprunte de crochets déroutants. Ajoutez à cela un physique qui n’a rien à envier à personne et une vitesse au-dessus de la moyenne, vous obtenez le prototype de l’attaquant idéal dont rêve chaque grande équipe. Ce n’est pas un hasard si le Real Madrid garde un oeil attentif sur le striker des Three Lions qui, faut-il le rappeler, n’a que 24 ans…

La jeune génération anglaise

On ne présente plus Dele Alli, le petit joyau de Milton Keynes. Si l’on peut lui reprocher un soupçon d’arrogance, il illumine de son talent presque chaque rencontre qu’il dispute. Auteur d’un doublé lors du dernier match de Ligue des Champions face au Real, le milieu offensif a montré qu’il savait répondre présent dans les grands rendez-vous, à seulement 21 ans. Mais Dele n’est pas la seule pépite anglaise à briller sous le maillot blanc de Tottenham. Eric Dier, 23 bougies, est aussi une pièce maîtresse du collectif de Pochettino. La sentinelle formée au Sporting CP (original pour un Anglais !) fait régner l’ordre dans l’entrejeu des Spurs grâce à une bonne lecture du jeu et une abnégation de tous les instants. Dans la catégorie jeune british prometteur, on pourrait également citer Harry Winks, sorte de petit Verratti made in UK qui doit encore mûrir mais affiche déjà un sens de la passe aiguisé.

Moussa Sissoko

Non, c’est une blague (même si on l’adore, notre Moussa national).

Tottenham doit profiter d’une génération qui arrive à son zénith et dont il ne pourra peut-être pas jouir une année de plus. Le moment d’effectuer un parcours mémorable dans une grande compétition est arrivé. Pochettino et ses joueurs en sont conscients, ils sont mieux armés que jamais pour bousculer l’Europe.
Tout se jouera sur des détails – le football est ainsi fait – mais ce sont ces détails qui feront la différence entre une bonne saison et une saison historique. Le palmarès des Spurs ne demande qu’à être étoffé. C’est la condition sine qua non pour aller sonner à la cour des grands.

 

Crédits photos : AFP PHOTO / PATRIK STOLLARZ