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Les millions du PSG et de Monaco ? Superficiel ! Surtout quand on sait qu’on peut faire aussi fringant avec des moyens beaucoup plus modestes. Oui, le Racing Club Strasbourg Alsace est tout aussi séduisant que les plus grosses écuries de notre Ligue 1.

On peut être à la fois un promu composé de nombreux joueurs issus du monde amateur et l’équipe la plus emballante de l’élite. L’hiver n’épargne pas l’Alsace, mais l’Est de la France se réchauffe en se rendant au stade de la Meinau. Un football spectaculaire, des caractères variés et une énorme ambiance à domicile. Voici le Racing Club de Strasbourg.

Un jeu offensif et ambitieux

Thierry Laurey pouvait la jouer comme tout le monde. Commencer par bétonner, établir une bonne assise défensive et travailler l’attaque plus tard. C’eût été logique pour un promu qui doit sauver sa peau, mais l’entraîneur strasbourgeois ne partage pas cette vision des choses. Le 4-4-2 losange était majoritairement utilisé en début de saison. Mais l’important, c’est l’animation qui exprime le désir de jouer de Strasbourg. Un meneur de jeu derrière deux attaquants vifs et techniques, mais surtout deux latéraux, Ernest Seka et Kenny Lala, qui n’hésitent pas à monter. Contre Nice, Seka remonte le ballon. Après un bon renversement de jeu, Lala adresse un magnifique centre pour le but de Da Costa.

Ce jeu offensif prôné par Thierry Laurey ne manque pas de se retourner contre son équipe. 12ème de Ligue 1, Strasbourg possède la 6ème meilleure attaque, mais la 16ème meilleure défense. Le manque d’équilibre a souvent été pointé du doigt en début de saison. Une raison de se renier ? Absolument pas. Cependant, Laurey sait apporter les ajustements nécessaires. Comme contre le PSG où il installe un 4-5-1 pour renforcer la défense des côtés. Il a fallu une harmonie tactique pour vaincre l’ogre parisien, ainsi qu’une variété offensive. Terrier et Da Costa se sont retrouvés excentrés, une aubaine pour ce dernier qui a fait parler sa vitesse et sa technique face à Berchiche. Bahoken, lui, a usé de sa puissance pour embêter la défense parisienne. Mais il a aussi fallu du caractère et du courage. Ça, Strasbourg n’en manque pas.

Des jeunes fougueux et des vieux pugnaces

Si vous aimez le football français, vous n’avez pas pu passer à côté de Martin Terrier. Le 5 septembre, l’attaquant de 20 ans entre en jeu pour son premier match avec l’EDF Espoirs contre le Kazakhstan et inscrit un triplé. Avec 7 buts en 5 matchs, le Bleuet crève déjà l’écran. Et en club ? C’est moins prolifique mais tout aussi soyeux. Le Lillois, prêté cette saison à Strasbourg, est une fusée balle au pied. Mais surtout, il possède une excellente première touche. Autrement dit, il se retourne très vite lorsqu’il est dos au but pour se retrouver face au jeu, et sa vista fluidifie les actions. Contre Nice, il offre un caviar à Da Costa qui s’en va inscrire un doublé.

Bingourou Kamara (21 ans) symbolise également cette jeunesse fougueuse. Si le gardien n’est pas exempt de tout reproche cette saison, il réalise quelques grosses parades dans un style explosif. Déséquilibré mais emballant, à l’image de l’équipe. On peut ajouter Yoann Salmier (25 ans), défenseur central qui a répondu au pied levé après la blessure de Kader Mangane. Nuno Da Costa a déjà 26 ans, mais l’international Cap-verdien est virevoltant en attaque. Mais Salmier et Da Costa ont une particularité qu’ils partagent avec de nombreux autres joueurs du Racing : ils viennent du monde amateur. Tous deux ont évolué en DH, Salmier à Saint-Brice-sous-Forêt, Da Costa à Aubagne. C’est aussi ça, la force de Strasbourg. L’humilité, la combativité, le plaisir de jouer au foot, tout simplement. Salmier a rejoint le club en 2014, alors en National.

Strasbourg en National, ils sont nombreux dans l’effectif actuel à l’avoir connu. Onze pour être exact. Parmi lesquels Dimitri Liénard, 29 ans, près de 150 matchs sous le maillot bleu et blanc. Son pied gauche régale cette saison (3 buts, 4 passes décisives) après avoir fait le bonheur de l’ASM Belfort en CFA 2. Avant de connaître la Ligue 2 avec Strasbourg, ce diplômé d’un BEPA travaux paysagers faisait des petits boulots pour vivre. Une situation qu’ont connue Ernest Seka ou Jérémy Grimm (30 ans). Seka, formé défenseur central et arrière gauche de fortune, surprend par sa qualité balle au pied. On ne la soupçonnait pas. Pour le reste, c’était prévisible. Imprenable dans les duels, il met à mal tous ceux qui passent par son couloir. En voilà un qui ne se cache pas, qui montre la voie à ses partenaires.

L’ambiance incomparable de la Meinau

Strasbourg doit être en Ligue 1. Pour beaucoup, c’est un fait non négociable, régulièrement martelé après sa liquidation judiciaire en 2011. Pourquoi ? Pour la Meinau. Et surtout ceux qui remplissent ce stade. Avec une capacité de 29 000 places, il se situe dans la moyenne de la Ligue 1. Mais son ambiance, elle, est peut-être la meilleure de France. Au classement des abonnés, Strasbourg est 5ème avec 15 650 abonnés, et 3ème au taux de remplissage du stade avec 83%. Seul le PSG et Angers font mieux. Et tout cela n’est pas un effet de mode. Après avoir explosé tous les records d’affluence dans les divisions inférieures, le Racing est à la place que ses supporters méritent : au sein de l’élite.

Les joueurs aiment ça. Ils connaissaient le stade de la Meinau avant même de porter le maillot strasbourgeois. « La Meinau pleine, je l’ai seulement vue à la télé, a déclaré Pablo Martinez, recrue estivale à Sport365 en août 2017. J’ai entendu parler de l’ambiance par Khalid (Boutaïb) et mes nouveaux coéquipiers. Ça va me rappeler le Vélodrome de Marseille où j’allais comme supporter quand j’étais jeune. » Le public alsacien est précédé par sa réputation.

Et une fois qu’on l’a connu, on ne l’oublie pas. C’est le cas pour Kevin Gameiro, qui a évolué à Strasbourg entre 2005 et 2008 : « On ne peut pas oublier le public de la Meinau même si, parfois, il est exigeant, » a-t-il concédé. Pour l’instant, les joueurs peinent à se montrer à la hauteur de leurs supporters avec 3 victoires en 8 matchs disputés à domicile. Certes, c’est là un jugement très sévère à l’encontre d’un promu. Mais Strasbourg donne tant qu’on en veut toujours plus.

Le stade de la Meinau devrait subir des rénovations dans les années à venir, afin d’ajouter jusqu’à 4 000 places. En attendant, les supporters croient dur comme fer au maintien de leur équipe. Comment pourraient-ils ne pas y croire ? Actuellement, Strasbourg est en Ligue 1. Et il est bien.

 

(Photo by Elyxandro Cegarra/NurPhoto)