Girona, promu mention (très) bien

Pour la première campagne de son histoire en Liga, Girona réalise un début de saison on ne peut plus correcte. 10ème au classement, à égalité de points avec le 8 et 9ème (Getafe et la Real Sociedad), le petit club catalan pourrait bien jouer les troubles fêtes en 2018 et confirmer la solidité entrevue depuis le mois d’août.

Racheté l’été dernier par le City Football Group, société mère de Manchester City, Girona possède un effectif équilibré, mené de main de maître par l’entraîneur Pablo Machin.

Une équipe surprenante au premier abord, mais qui possède les ressources nécessaires pour espérer perdurer au plus haut niveau.

Nous sommes le 19 août 2017, il est 20h15 à Gérone. L’Estadio Montilivi, alors fraîchement rénové, affiche complet. 86ans que le club attendait de pouvoir vivre une soirée de Liga. Et quelle soirée !

Opposés au double finaliste en Ligue des Champions et récent 3ème de Liga, l’Atletico Madrid, les géronais passent tout près de l’exploit, en concédant le match nul 2-2 sur leur pelouse.

Un point frustrant au vu du contexte (Girona menait 2-0 au bout de 25 minutes de jeu), mais un point encourageant si l’on compare les budgets, effectifs et ambitions des deux clubs.

Un match qui reflète d’ailleurs parfaitement le début de saison des rouges et blancs : une équipe accrocheuse, un mélange d’expérience et de jeunesse, et quelques « bonnes surprises ».

 Une victoire politi… sportive !

Une première partie de saison réussie donc, et un coup d’éclat : une victoire 2-1 à domicile face au Real Madrid le 29 octobre dernier, dans un climat politique alors tendu en Catalogne.

Mené 1-0 à la pause par les champions d’Espagne en titre, Girona offre un formidable spectacle au retour des vestiaires. Stuani égalise dès la 54ème minute avant que Portu n’enfonce le Real 4 minutes plus tard. 5 minutes de folie qui permettent aux hommes de Pablo Machin d’emballer le match.

S’en suit une gestion du match rythmée par une forme d’insouciance chez le promu : conserver l’avantage au score en jouant bas ou bien profiter des nombreux espaces laissés par les madrilènes ? Un dilemme qui pénètre l’esprit des catalans pendant près de 40 minutes de jeu.

Si les contres offerts par le bloc très (trop) haut du Real ne leur permet pas d’accroître l’avance au tableau d’affichage, la solidité défensive apportée par des joueurs comme Muniesa et Juanpe s’avère très précieuse en fin de match.

Une victoire et un match de gala pour les quelques 13 500 supporters présents dans les tribunes ce jour-là (guichets fermés). Mais aussi une forme de paradoxe au moment de faire le bilan des rencontres de la phase aller du club : Girona grappille ainsi davantage de points à l’extérieur qu’à domicile. Même si le constat est fragile (11 points pris à domicile, 12 à l’extérieur), c’est toutefois notable pour un promu.

Une preuve s’il en fallait des ressources mentales d’une équipe pourtant assez jeune (26ans de moyenne d’âge).

 Machin à tout faire

Cette force mentale, Girona la doit essentiellement à un homme : Pablo Machin.

Arrivé en plein mois de mars 2014, le coach de 42ans a tout connu au club.

D’une mission anti-relégation qu’il assume et qu’il réussit dès son arrivée (il sauve le club de la descente malgré une dernière place au classement lors de sa prise de fonction) à une performance héroïque la saison suivante (Girona manque de peu la montée en Liga en dépit d’avoir l’un des budgets les plus bas de deuxième division), l’ancien joueur de Numancia montre qu’il possède les ressources nécessaires pour adapter son discours selon les situations.

Un discours qui lui aura permis de relever la tête de certains joueurs, presque KO après deux échecs consécutifs en play-offs d’accession à la Liga (défaite face à Saragosse en 2014-2015 et surtout défaite face à Osasuna en finale de barrage en 2015-2016). Dégoûtée des play-offs, la bande à Machin emprunte finalement la voix rapide pour monter en Liga : la deuxième place obtenue le 4 juin 2017 (lors de l’avant-dernière journée de championnat) permet à l’équipe une accession directe vers l’élite.

Cette saison, Machin fait perdurer son système fétiche : le 3-5-2. Un système bien connu par ses joueurs (il l’utilisait déjà la saison dernière), et qui lui procure plusieurs avantages, comme il le reconnaît dans une interview à Marca en octobre dernier « Ce système possède des avantages aussi bien pour attaquer que pour défendre. Après, la différence se fait avec les joueurs que tu mets à certains poste (…) Cela peut permettre à nos joueurs du milieu de briller.»

Fidèle à ses idées, obnubilé par la tactique, Machin transmet au quotidien ses connaissances mais aussi cette hargne qu’il a en lui. « Je ne peux pas faire d’un âne un cheval de course, mais je peux le faire aller plus vite ».

 Stuani, quel retour

Arrivé de Middlesbrough après une première expérience en Premier League très délicate (4 buts en 23 rencontres, relégation du club), c’est avec des velléités de revanche que Christian Stuani pose ses bagages en Catalogne lors du mercato estival.

« J’ai vraiment envie de marquer beaucoup de buts avec Girona, en jouant avant-centre » concède d’ailleurs l’international uruguayen sur le site web du club cet été. Un poste qu’il connaît parfaitement « j’ai toujours été avant-centre, c’est ma position naturelle » mais dont il a été privé la saison dernière en Angleterre.

Alors quand Girona se montre intéressé par lui en juillet dernier, pas de doutes, l’heure du come-back en Liga a sonné pour le natif de Canelones (au sud de l’Uruguay). « Revenir en Liga constituait une réelle volonté, j’ai beaucoup de souvenirs dans ce championnat. » Lui qui a fait les beaux jours de Levante, Santander mais surtout de l’Espanyol Barcelone (entre 2012 et 2015) est cette saison l’arme offensive numéro une de la 11ème attaque du championnat.

Très adroit dans les airs (du haut de son mètre 86) mais aussi dans les combinaisons, l’uruguayen apporte une vraie différence par rapport au reste de l’effectif, composé majoritairement de petits joueurs vifs et techniques.

Une différence qui lui permet de compiler déjà 9 réalisations en 15 matchs de championnat et d’occuper la 5ème place au classement des buteurs.

Merci qui ? Merci City !

Machin en meneur d’hommes, Stuani en buteur, n’oublions pas pour autant que si Girona réalise une belle entame de saison, c’est aussi grâce à Manchester City.

Le leader incontesté de la Premier League, principal acteur au sein du club catalan, propose régulièrement des jeunes joueurs en prêt à son homologue hispanique.

Une solution gagnant-gagnant pour les deux entités : Manchester City envoie ses pépites en Espagne afin de leur donner du temps de jeu et de l’expérience ; Girona récupère des joueurs talentueux et à faible coût.

Cet été, Aleix Garcia, Marlos Moreno ou encore Douglas Luiz ont ainsi posé leurs bagages en Catalogne, en provenance de Manchester. Le prêt de Maffeo a lui été prolongé.

Et même si tous ne jouent pas (on pense notamment à Moreno, seulement une apparition), certains s’avèrent être de véritables pépites.

C’est notamment le cas de Pablo Maffeo, solide arrière latéral droit de la formation catalane.

A tout juste 20ans et après une saison dernière passée avec Girona en Liga 1 2 3 (un pasito pa’lante Maria ? Non, simplement le nom de la seconde division espagnole), il est le meilleur défenseur de l’équipe depuis le début de saison.

Un subtile mélange d’explosivité et de hargne qui permet au natif de Sant Joan Despi de figurer parmi les révélations de ce début de saison en championnat.

Et lorsque l’on voit la concurrence au poste de latéral droit du côté de Manchester City (Danilo mais surtout Walker, recruté à prix d’or), on peut légitimement espérer revoir le visage de Maffeo du côté de l’Estadio Montilivi la saison prochaine.

En plus de Maffeo, d’autres joueurs devraient emprunter la passerelle Girona lors des prochains mercato pour grappiller des minutes.

Manchester-Girona, une alliance qui fonctionne donc, et une alliance non négligeable lorsque l’on vit sa première saison dans l’élite et que l’on ambitionne (comme toute équipe) une certaine pérennité en Liga.

Mais aussi une alliance non négligeable pour un top club comme Manchester City qui peut décider à tout moment de faire progresser un joueur à l’étranger et de le récupérer quand bon lui semble.

Constat positif, mais objectif maintien

L’heure du premier bilan a sonné pour Girona. Alors que le faible vécu du club et de l’effectif au plus haut échelon national pouvait laisser sceptique en début de saison, les rouges et blancs font mieux que résister et peuvent s’appuyer sur une cohésion à toute épreuve.

L’effet « d’équipe surprise » estompé, le club de Girona avance vers une deuxième partie de saison où il ne sera plus attendu comme le « petit promu » sinon comme une bonne équipe du championnat.

Un détail qui pourrait changer beaucoup de choses au moment d’affronter des équipes en besoin de points. Un besoin de points qui, malgré les apparences, se fait aussi ressentir en Catalogne : en dépit d’un bon début de saison, Girona ne possède « que » 8 points d’avance sur le Deportivo La Corogne, premier relégable.

Une chose est sûre, Girona espère avoir bien digéré les fêtes avant de disputer son premier match en 2018. Tapas et autres fromages évacués, c’est un autre club « révélation » qui se dresse aujourd’hui face à eux, mais cette-fois un « incontournable » du championnat : le FC Valence, 3ème de la Liga.

L’occasion pour la bande à Machin de s’approcher encore un peu plus des places européennes (Eibar, 7ème, n’est qu’à un point devant). Mais pour cela, un seul mot d’ordre : réussir le match parfait.

Une mission accessible pour Girona, qui a déjà battu le Real et accroché l’Atletico.

Alors, Valence, une proie idéale pour bien commencer l’année …? Pas vraiment.

Les coéquipiers de Guedes ont besoin de se rassurer après une fin d’année 2017 très inégale, et ne sont qu’à deux points de l’Atletico Madrid, deuxième.

Qui de Zaza ou de Stuani marquera la rencontre de son empreinte ?  Quelle organisation sortira vainqueur de la rencontre? Le 4-4-2 ultra rodé de Marcelino ou bien le 3-5-2 si cher à Machin ?  Tant de questions qui trouveront leurs réponses cette après-midi, 16h15 à l’Estadio Mestalla !

Crédits photos : Urbanandsport/NurPhoto

Journaliste en herbe, et pas prêt de tondre la pelouse!

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