[Ligue 1 ] Pierre Lees-Melou, amateur d’ascension forte

Quel bonheur d’apprendre que le gentil petit David est venu à bout du méchant géant Goliath. Le football regorge de belles histoires, de ces joueurs ou équipes, à priori faibles, qui renversent des montagnes. Joueur amateur à l’âge de 22 ans, Pierre Lees-Melou n’envisageait absolument pas de faire carrière dans le football. Encore moins de devenir un pilier du 6ème de Ligue 1. Mais le destin s’en est mêlé.

Pierre, à l’appel du loup, brise enfin ses chaînes. A l’été 2015, Dijon, alors en Ligue 2, exprime son désir de recruter Lees-Melou. Titulaire en CFA 2 (National 3 aujourd’hui) avec l’US Lège-Cap-Ferret, ce dernier n’en croit pas ses oreilles. Lui, footballeur professionnel ? Impossible. Les Girondins de Bordeaux l’ont recalé quand il avait 16 ans car trop petit (1m60).

Revenons quelques années en arrière, quand Pierrot travaillait dans une école primaire. Lees-Melou a 19 ans. Il vient de débarquer dans le club de DH (6ème div) de l’US Lège-Cap-Ferret. Parallèlement au foot, il officie comme éducateur dans une école primaire. « J’accueillais les gamins le matin, révèle-t-il au Parisien. Et, entre midi et deux, j’organisais parfois de petits tournois de foot. » A ce moment, Lees-Melou ne croit plus au foot. Il n’y a jamais vraiment cru, de toute façon.

Pierre Lees-Melou avec l’US Lège-Cap-Ferret.

 

Formé à Bordeaux entre 10 et 16 ans, il exprime une incroyable humilité au moment de revenir sur son départ pour So Foot : « Pour être honnête, même quand j’étais chez les Girondins, je n’espérais pas du tout passer professionnel un jour. Je prenais les choses au sérieux, mais je trouvais qu’il y avait trop de joueurs meilleurs que moi. » Aucune rancœur, beaucoup de gentillesse. Néanmoins, le natif de Langon en Gironde ne range pas les crampons au fond de l’armoire. Son amour pour le foot transpire la sincérité. Amateur, ça lui va très bien.

Cependant, tout s’accélère en décembre 2014, quand le DFCO fait passer un essai à Lees-Melou. Les contacts se poursuivent au cours de la saison, à l’issue de laquelle le meneur de jeu est nommé meilleur joueur de son groupe de CFA 2 (19 buts, 6 passes décisives). Finalement, Pierre signe chez le 4ème de Ligue 2 et transforme le football en métier. Pas étonnant.

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Nous parlons ici d’un milieu de terrain polyvalent, pouvant jouer dans l’axe ou sur un côté. Très endurant et disposant d’un gros volume de jeu, il possède une bonne vision du jeu et lève toujours la tête. Son comportement exemplaire et sa combativité à la récupération lui valent les louanges de ses coéquipiers. Droitier adroit, capable de jouer long (cf sa passe décisive pour Ganago face à Monaco), Lees-Melou est un excellent joueur de complément. Le genre que n’importe quel entraîneur souhaite posséder dans son effectif. Tellement utile. La preuve : il est le joueur le plus utilisé par Lucien Favre à l’issue de la première partie de saison de l’OGC Nice.

 

 

Avec Dijon, il monte en Ligue 1 et connaît une sensation forte dès la 3ème journée. Menés 2-1 sur leur pelouse par Lyon, les Dijonnais renversent la vapeur et l’emportent 4-2. Notamment grâce à une superbe frappe enroulée de Lees-Melou à la 88ème minute pour plier le match. En 2016-2017, le Langonnais dispute 32 rencontres de Ligue 1 pour 7 buts et 3 passes décisives. Encensé par la critique, il signe logiquement à Nice, barragiste pour la Ligue des Champions, pour « seulement » 4M€. Tout s’accélère pour cet amateur dans l’attitude et maestro sur la pelouse. On peut parler de rêve éveillé. A peine arrivé sur la Côte d’Azur que Lucien Favre l’admire déjà : « On sent qu’il a du vécu, avec sa drôle d’histoire. C’est un truc absolument incroyable, il a joué en 6eme division ! Un truc pareil, ça doit être unique au monde. Et il a de grosses qualités : il a les deux pieds, l’intelligence de jeu, etc… Il a encore beaucoup de potentiel. »

 

 

Relégable en début de saison, l’OGC Nice doit une fière chandelle à Lees-Melou. Lucien Favre a multiplié les variations de schémas en composant avec les absences sporadiques de joueurs-clés comme Seri, Sneijder, Balotelli ou Saint-Maximin. Heureusement, Lees-Melou peut tout faire. Certains l’accuseront d’être irrégulier. Peut-on parler de régularité à Nice cette saison ? Favre a longtemps tâtonné avant de trouver une forme de stabilité. Lees-Melou est passé d’un poste à l’autre, d’ailier gauche à ailier droit à relayeur à numéro 10. Ce pur col bleu ne s’en est jamais plaint. Avec 3 buts et 5 passes décisives, il est le troisième joueur le plus décisif des Aiglons (derrière Balotelli et Pléa).

Beaucoup de décontraction, une pincée de talent et un sens du devoir implacable : telle est la recette de la réussite selon Pierre Lees-Melou. Le genre de joueur qui fait du bien à notre belle Ligue 1. Lees-Melou, une vie faite de foot et d’eau fraîche.

 

Crédit photo: BRUNO FAHY / BELGA MAG / BELGA

J'aime beaucoup le foot. Et Marco Verratti. Surtout Marco Verratti.

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