La crise aux Girondins : Dialogue désaccordé

Nouveau concept sur UltimoDiez, cette interview n’en est pas une réelle. En effet, c’est un dialogue entre deux supporters, l’un de l’OM (Walid), l’autre des Girondins de Bordeaux (Nils), qui vous est ici proposé. La crise du club au scapulaire fait l’objet du présent dialogue désaccordé.

W : Comment est vécu tout le mélodrame autour des Girondins cette saison? Mis à part de rares ultras qui réclamaient la tête du fusible le plus apparent, Gourvennec, on a l’impression que cette situation laisse de marbre la ville. Que se passe-t-il avec les Girondins? Quelque chose s’est-il cassé entre le club et ses fans?

N : Je vais commencer par relever un terme important dans ta question, la “ville ». Oui, la situation laisse de marbre la ville. À Bordeaux et ses alentours, la grosse majorité de la population urbaine n’en a pas grand chose à faire des Girondins. Evidemment, si Bordeaux se met à gagner, les gens seront contents, ça renvoie une image positive de la ville et ça fait toujours des moments de fête à partager. Mais si on perd… Il n’y aura que ceux qui sont amoureux du foot et des Girondins, soit au meilleur des cas 20.000 spectateurs. Contre Caen mardi (16/01/18), on est un peu moins de 15.000 au stade. Certes, le match était un mardi à 19h, le Virage Sud fermé, mais l’affluence est gonflée par le décompte des abonnés (ndlr : si un seul abonné est présent, les 10.000 abonnés sont comptabilisés).

W : A contrario d’autres clubs historiques du championnat de France, comme l’AS Saint-Etienne, le FC Nantes ou l’OM, il manquerait donc un engouement populaire aux Girondins?

N : Bordeaux n’a jamais vraiment été une ville de foot, on est très peu de Bordelais à s’investir dans le club et le soutenir contre vents et marées en allant au stade. Ce n’est même pas une ville de rugby, à l’image de la région, bien que l’UBB ait la meilleure affluence européenne, à Chaban-Delmas, puisque c’est majoritairement dû à leurs très bons résultats. Les Bordelais sont très versatiles, ils vont majoritairement là où on leur propose du spectacle.

W : Retour à la saison des Bordelais. Elle a commencé par une grosse désillusion en Europa League puis s’est poursuivie avec une incroyable série noire.

N : La désillusion en Europa League est passée très facilement auprès des supporters. On prenait à l’époque ça comme une erreur de parcours, surtout que ça allait relativement bien en championnat et qu’on sortait d’une bonne seconde partie de saison, avec un mercato assez enthousiasmant sur le papier. C’était du moins le ressenti global, pas le mien puisque j’ai toujours été sceptique vis-à-vis de Gourvennec.
Les Ultras en général ont, historiquement, toujours été très patients avec le club, quand ça allait mal. La demande de démission de Gourvennec est intervenue à l’occasion du 0-3 contre Strasbourg où, je crois, l’on a atteint le summum du ridicule. À la rigueur, s’il devait y avoir une cassure « officielle » avec les fans (les Ultras, surtout), je dirais que ce serait après ce match puisqu’avant, Gourvennec bénéficiait du crédit qui lui avait été accordé après ses bons résultats de l’an dernier.

W : Cette situation est relativement similaire à celle qu’a connu l’OM il y a maintenant deux saisons. On retrouve un faible effectif, un divorce consommé avec la direction, des rumeurs de vente du club de plus en plus pressantes, un organigramme très contesté et une situation sportive très préoccupante. Selon toi, qui sont les responsables de la situation des Girondins et que faudrait-il faire pour y remédier?

N : Je ne suis pas vraiment d’accord en ce qui concerne le « faible effectif ». Sur le papier, on a sûrement la meilleure équipe qu’ait connu le club depuis les années 2010. En 2013, on gagne la Coupe de France et notre effectif est bien plus mauvais que l’actuel. Sous Gillot en trois ans, on a du investir 10 millions d’euros sur le marché des transferts contre une quarantaine en 18 mois pour Gourvennec. Les dirigeants se foutaient régulièrement ouvertement de la gueule des supporters à coup de grandes phrases du type « la recrue c’est (insérer ici le nom d’un joueur qui revient de blessure durant le mercato)” dans le passé mais ils ont investi de nouveau depuis.
Gourvennec est le principal responsable de son propre échec. Il suffit de comparer l’effectif à son arrivée puis à son départ où, sur 31 joueurs, il reste Prior, Bernardoni (prêté cette saison), Gajic et Contento (en fin de contrat), Poundjé (mis au placard ces six derniers mois après une prolongation et de retour seulement aujourd’hui), Plasil (proche de la retraite), Vada et Malcom.

W : Effectivement, il a modifié en profondeur un groupe qui, de toute façon, était très moyen. Tu prétends que l’effectif actuel est le meilleur de Bordeaux depuis l’ère Blanc. Quels sont alors les problèmes?

N : Aujourd’hui, seul Malcom est titulaire. Gourvennec a remodelé l’effectif à sa façon, quitte à virer des éléments qui me semblaient essentiels, comme Pallois, pour pouvoir installer Toulalan en défense, sans succès et alors qu’il est toujours bon au milieu de terrain. On paye pour recruter Baysse, libre il y a six mois, après que JG l’ait refusé pour reculer Toulalan.
Pour de Préville, idem, bon joueur mais non adapté au jeu de Bordeaux. On a toujours eu tendance à jouer sur les centres, pourquoi alors privilégier un de Préville à de Jong, très bon de la tête et prêt à venir ? Les 10 millions de De Préville sont énormes pour un club comme Bordeaux.
Matheus Pereira, recruté l’été dernier, n’a toujours pas joué. Il aurait pu avoir sa chance en match de coupe par exemple. Gourvennec avait déjà agi ainsi avec Kamano un an plus tôt, si ce n’est qu’il a eu sa chance plus tôt et qu’il a su la saisir, sous peine de vivre la saison au frigo.
Notre jeu se résumait souvent à des exploits individuels (essentiellement Malcom) voire de la chance, mais il n’y avait rien de construit à Bordeaux sous le passage de Gourvennec et c’est ce que je déplore le plus.

W : Je ne partage pas tes propos quant aux torts de Gourvennec. À mon sens, tu lui attribues une responsabilité démesurée dans une crise qui ne se limite pas au terrain. Que penses-tu de l’action de tes dirigeants qui sont, il faut quand même le rappeler, les principaux décisionnaires?

N : La grosse erreur récente des dirigeants, c’est d’avoir agi dans la précipitation en prolongeant Gourvennec jusqu’en 2020 alors que son contrat courait jusqu’en 2018. Il n’a, à mes yeux, jamais donné d’identité de jeu aux Girondins, et ça, un dirigeant doit le voir et ne pas se focaliser sur quatre bons mois. Si les employés du club s’accordent à me dire que c’est humainement une très bonne personne, au niveau sportif, c’était vraiment délicat, surtout encore une fois quand tu vois quels moyens ont été déployés pour le satisfaire. Avec le million d’euro de Baysse (après l’avoir refusé libre) et les 5 millions de prolongation prématurée de Gourvennec, il y avait matière à les investir autrement et intelligemment.
Évidemment le mal est plus profond aux Girondins. Sagnol a dézingué le club après son départ et, si son discours est évidemment guidé par l’amertume post-licenciement, il a connu le management et la rigueur d’un grand club et a été surpris de ne pas le retrouver aux Girondins.
Certains penseront que c’est bien normal, les Girondins n’étant pas un grand club européen, mais je pense que structurellement, la progression passe par là. De manière globale, ça caractérise bien le premier problème de ce club : le manque d’ambition. Il y a encore peu, Stéphane Martin déclarait qu’il souhaitait « finir premier du championnat des moins riches ». Quel messages envoies-tu à tes supporters avec des propos pareils?

W : On a aussi connu ça à l’OM avec le coaching d’Anigo post Baup ou celui de Passi en leurs temps. Avec le bricolage d’alors, le discours était du type “on vise le haut du tableau”, qu’il fallait alors comprendre par “ 8 premières places “.

N : Ce problème de mentalité, exacerbé à Bordeaux, enferme les joueurs dans un certain confort. On le voit récemment aussi avec les selfies souriants de Malcom, Otavio et Cafu après avoir pris un 0-2 ridicule à domicile contre Caen. Dans un autre club, ils auraient compris que ça ne se fait pas. Rien de grave sous le soleil de Bordeaux, la preuve en est avec la présence des deux premiers sur la feuille de match immédiatement après l’incident. Cette gestion  » à la cool  » se perçoit aussi dans l’organigramme du club où le simple fait d’avoir été un ancien joueur prime sur les compétences.
Ulrich Ramé par exemple, a maintenant la fonction de directeur sportif sans jamais intervenir dans la crise, se vengeant même de Carrasso en le forçant au départ dans des conditions dégueulasses alors qu’il était performant. Il était pourtant, avec Cheick, Laborde et sûrement Plasil, l’un des seuls de l’effectif à aimer le maillot.

W : En attente d’une très hypothétique vente du club, puisque M6 ne semble pas particulièrement pressé de vendre et les investisseurs ne pas se ruer pour acheter, le salut bordelais passera-t-il par sa formation?

N : On a totalement délaissé le Sud-Ouest alors qu’il y a un vivier assez impressionnant. On voit beaucoup de joueurs venir de région parisienne, là où il y a déjà une énorme concurrence, en récupérant surtout ceux qui ne sont pas assez bons pour jouer plus haut…
Récemment, un agent de joueurs a déclaré qu’il n’avait aucun contact avec la cellule de recrutement, puisqu’elle n’existait simplement pas. Tant que Nicolas de Tavernost sera là, ça ne changera pas. Personne ne souhaite sortir de son petit confort aux Girondins et se contente de peu. Si l’actuel actionnaire est remplacé, j’ose espérer que le nouveau changera ce qui doit être changé, à commencer par le sommet du club.

W : Les Girondins risquent de vivre une fin de saison difficile. Que penses tu du nouvel entraîneur? Est-il présent sur le long terme selon toi?

N : L’entraîneur est là pour faire une mission commando, et doit sa présence à des considérations financières. Son bilan est ridicule. Il n’a rien gagné, s’est fait virer partout où il est passé, a un pourcentage de victoires dans ses clubs plus faible que celui de Gourvennec à Bordeaux malgré ses derniers mois. Vicente Rodriguez l’a qualifié de pire manager avec lequel il n’ait jamais travaillé! En 2016 tu espères Puel, tu as Gourvennec.
En 2018, tu espères Preud’homme, et tu te retrouves avec Gustavo Poyet. C’est encore une fois l’argent qui semble avoir dicté ce choix. Qui sait, Poyet me surprendra peut-être et j’espère avoir la possibilité de l’aduler après sa prise de fonction et ses matches au moment de faire le bilan, mais je ne suis vraiment pas optimiste.

W : Qu’attends-tu du mercato d’hiver et, même s’il est forcément incertain à l’heure actuelle, du mercato d’été?

N : Le mercato d’hiver s’achève et je n’attends rien de plus qu’un attaquant, car je sais que l’on n’aura que ça (si tant est qu’on ai quelque chose!). Quant au mercato d’été… Acheter un bon latéral gauche me semble vital depuis 4 ans mais un défenseur central ne serait pas non plus de refus.
Meïté va repartir à Monaco, ce qui fera deux départs au milieu non compensés avec Toulalan. Malcom va partir, c’est acquis. On aura 40 millions à réinvestir, ce qui est en deçà ce qu’on pourrait en tirer. Il va falloir le réinvestir sur des joueurs qui rentrent bien dans le moule girondin, et qui seront au niveau. Cette transaction a le potentiel de faire basculer les Girondins dans une bien meilleure ère, elle pourrait permettre de racheter des joueurs avec un vrai gros potentiel et refaire une Malcom.
Ça nécessiterait de la compétence dans l’organigramme, ce qui n’est pas le cas. Après, en fonction du recrutement de cet hiver au niveau de l’attaque, on aura aussi un attaquant de pointe à recruter ainsi qu’un ailier voire deux en cas de départ. On aura aussi de l’argent grâce à la probable vente de Rolan, et le jeune Boupendza de retour de prêt aura sûrement sa carte à jouer. Tout ceci est hypothétique et dépendra des différentes ventes. Mais la vraie priorité, et ce depuis quatre ans, c’est pour moi un vrai bon défenseur gauche.

Crédit photo : MEHDI FEDOUACH / AFP

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