[Allemagne] Ode au grand Hambourg SV

À l’ombre des mastodontes que sont le Bayern Munich et le Borussia Dortmund mais aussi des bons clubs tels que Mönchengladbach et Schalke 04, le Hambourg SV est une légende devenu anonyme. À travers passion et frissons, retour sur l’histoire méconnue de ce grand monsieur du football allemand.

Si le football se résumait à un flot continu de cercles, parfois vertueux, parfois vicieux, force est de constater que certains dureraient plus longtemps que d’autres. Après le requiem enflammé pour le géant endormi Liverpool, place à l’ode passionnée à Hambourg.

Point de dîner romantique sans présentations au préalable. Fondé à la fin du XIXème siècle, le Hamburger SV (aucune blague sur les sandwich du même nom ne sera tolérée) est 6 fois champion d’Allemagne, triple vainqueur de la Coupe d’Allemagne, double lauréat de la Coupe de la Ligue et possède, il convient de le noter, une Ligue des Champions soulevée en 1983. Enfin, c’est le seul club à évoluer en Bundesliga depuis sa création en 1963, sans jamais avoir connu la relégation donc.

Hambourg est, à l’image des authentiques grands clubs de l’histoire, une institution. Celle-ci se forge, évidemment, par un vécu glorieux. Dans un premier temps donc, narrons l’histoire de ceux qui ont écrit la légende du club en lettres d’or. L’entrée de ce repas aux chandelles s’annonce délicieuse. La jeune femme en question, en tout cas, a un charme inouï.

 

(Crédit photo: WITTERS)

 

En premier lieu, les acteurs premiers du succès du club : les joueurs. La fin des années 70 et le début des années 80 sont tous deux dictés par le tempo d’un duo doré composé de  Manfred Kaltz et Horst Hrubesch. Le premier, défenseur central, a créé un geste atypique qui a été reconnu par les plus grandes instances du football , à savoir le centre banane à l’égard du second nommé, attaquant de pointe de type pivot qui ne se priait évidemment pas de conclure l’action devant les buts. Ce tandem a écrit les plus belles heures du club, soit 3 championnats remportés et 3 finales de Coupe d’Europe, une équivalente à l’actuelle Europa League et deux assimilables à l’actuelle Ligue des Champions – dont une gagnée, donc – entre 1978 et 1983.

Pas de grands joueurs sans grand entraîneur. C’est Ernst Happel qui guide le club au sommet, établissant notamment un record de 36 matchs sans défaites en entre janvier 1982 et janvier 1983. Ce record qui perdurera jusqu’en 2013 et l’inévitable domination écrasante du Bayern Munich. C’est aussi Happel qui guidera Die Rothosen vers le doublé championnat – Ligue des champions cette saison là. Un curriculum vitae de choix à n’en pas douter.

Ce portrait doré s’est pourtant étiolé avec les années. Plus de lutte pour le titre, plus non plus, même, de lutte pour les plus hautes marches et place à la médiocrité ambiante. Malgré des coups d’éclats par-ci par-là, le club n’a plus remporté de championnat depuis 1983. Le plat principal est trop amer. La bien aimée ne manque pas de se comporter comme un vrai goujat.

 

La chute après les années dorées

 

Si le présent portrait se résumait à dire d’Hambourg qu’il lui serait temps de redevenir ambitieux, il pourrait être sur le même ton que celui de Liverpool, empli d’espoir pour l’avenir. Ce n’est malheureusement pas le cas. La menace qui plane sur le club est terrible.

Elle plane sur le club depuis de nombreuses années déjà. Si la saison 2012/2013 (7emes) a fait office de trompe-l’oeil, le bilan hambourgeois est terrible : deux barrages permettant au club de se sauver in extremis en 2013/2014 et 2014/2015, une fausse correcte 10eme place à seulement 3 points du barragiste en 2015/2016 et, enfin, une 14eme place (sur 18) en 2016-2017. La pourtant séduisante jeune femme manque de mourrir d’étouffement après avoir avalé d’une traite sa bouchée de pain.

Car c’est une vraie épée de Damoclès qui gravite au dessus du club. Le mercato d’été a déjà donné la couleur à venir, le club récoltant plus d’argent qu’il n’en a investi. Ce n’est pas comme si, en 2010 le cabinet Deloitte Place avait placé le club comme 11eme plus riche au monde en termes de revenus, évidemment!

Le board, incompétent au possible, a pourtant tenté de parier sur de jeunes talents à polir comme Van Drongelen, 18 ans, Jann-Fiete Arp, 18 ans, produit de la maison, et le gardien Pollersbeck, 22 ans, venu remplacer le grand René Adler parti reprendre du plaisir ailleurs. Ces joueurs, encadrés par des éléments d’expérience comme le Bosniaque Salihović, l’Allemand Thoelke et l’espoir rongé par les blessures Papadopoulos, n’ont pu compenser les nombreux départs.

 

« Merci pour rien, mercenaires », voilà ce que l’on pouvait lire dans les tribunes du Volksprkstadion à Hambourg début mars. (Crédit photo: ndr.de)

 

En effet, sous le feu incessant des critiques pour le bilan absolument médiocre de ces dernières années, les dirigeants ont eu la brillante idée de changer radicalement la colonne vertébrale du club. René Adler, donc, est parti libre à Mainz. L’ex gunner Djourou a rejoint Antalyaspor et, surtout, Lasogga, le chouchou Pierre Michel Lasogga, s’en est allé comme un malpropre après avoir échoué à devenir un attaquant de très haut niveau.

Bilan de ces changements? Hambourg est 17eme. À 7 points du barragiste et tout autant du premier non relégable. Le club n’a plus remporté le moindre match du championnat depuis le 26 novembre et n’a enchaîné deux victoires d’affilée qu’à la 1ere et la seconde journée. 18 buts seulement ont été inscrits en 25 journées de championnat. Le parallèle avec Liverpool laisse place au parallèle avec l’Olympique de Marseille de Michel et de l’ère Vincent Labrune. Les similitudes sont, en effet, nombreuses.

Le couperet serait-il tombé? Est-ce là la chute de l’ex-plus légendaire club allemand, devant le vétéran Munich 1860, le Bayern Munich ou encore le Borussia Dortmund? La poisse semble en tout cas poursuivre les dinosaures, surnom des joueurs et du club. Lors du dernier match face à Mayence, le 16ème, les occasions manquées se sont succédées à mesure qu’un penalty était manqué et un but refusé. Nicolaï Muller, seul joueur offensif décent de cet équipe, se blesse gravement dès le mois d’août en célébrant son but. Il n’est toujours pas revenu et son contrat prend fin cet été.

Une mince lueur persiste pourtant. En dépit de ce bilan absolument désastreux, une éclaircie dans la pénombre maintient en vie les maigres espoirs hambourgeois. Le Volksparkstadion, antre de légende depuis 1923 du club, fait toujours le plein. Le club bénéficie ainsi d’une affluence digne d’un club de Ligue des Champions avec 52 353 spectateurs de moyenne la saison dernière, soit la 14eme meilleure affluence moyenne d’Europe en 2016-2017. À titre de comparaison, c’est la 4eme meilleure affluence d’Allemagne et le club n’est, semble-t-il, devancé par le Borussia Dortmund, le Bayern Munich et Schalke 04 que parce que la capacité du stade est inférieure aux leurs.

Les ambitions parties, la ferveur populaire demeure. Peu importe l’éventualité d’une chute ou non, l’heure du ménage est venue pour l’un des derniers larrons du football authentiquement populaire d’antan. La jeune femme conclut cette soirée par un baiser à destination de la joue qui ne manque pas de faire oublier les couacs qui ont rythmé cette étonnante épopée. À Hambourg, les dirigeants s’en iront, les joueurs aussi. La fureur Rothosen, elle, demeurera à jamais.

 

Crédit photo:  AFP PHOTO / John MACDOUGALL

Pour l'amour et la soif de revanche de l'Algérie.