Loin des strass et des paillettes, un petit turc de 20 ans est en train d’éclabousser tout Rome de son talent. Cengiz Ünder est l’attraction de la saison du côté de l’AS Roma. Malgré une concurrence rude, le jeune ailier a gagné sa place dans le XI giallorosso, en partie grâce à ses talents de finisseur. Une trajectoire qui a surpris le monde du football, mais pas son entraîneur ni son directeur sportif.

Wonder kid

Dans une Roma troisième du championnat, la présence de ce jeune joueur turc de 20 ans dans le XI titulaire peut étonner. Car Cengiz (à prononcer Djenneguiz) n’en est qu’à sa première expérience loin de sa patrie et reste un jeune adolescent qui a à peine l’âge requis pour pouvoir conduire librement en Italie. Mais au delà de ces nombreuses interrogations, le numéro 17 romain est une formidable raison de regarder son équipe cette saison.

La Roma est troisième de la Serie A à 14 points du Napoli mais surtout devant le rival laziale et l’Inter. Alors que le classement pourrait amener un engouement positif du coté du Stadio Olimpico, c’est tout le contraire qui se passe tant les hommes de Di Francesco sont poussifs dans le jeu. A coté d’un jeu vite devenu stéréotypé, les performances de Cengiz Ünder sont de rares éclaircies pour les tifosi. Car le petit ailier turc apporte un peu de personnalité et de folie dans une équipe qui en manque par moments.

Positionné sur l’aile droite (capable de jouer aussi à gauche), Cengiz est sur une série de 6 buts en 7 matchs dont un but très important face au Shakhtar Donetsk en huitième de finale de Ligue des Champions. Alors qu’on s’attendait à voir Nainggolan, Strootman ou Dzeko durant ce match, c’est finalement l’ailier turc qui portera l’attaque romaine sur ses épaules. Un match costaud et un but pour rentrer encore un peu plus dans l’histoire du club.

La confiance que lui ont accordée Monchi et Eusebio Di Francesco a surpris pour finalement donner gain de cause aux nouveaux hommes fort du club. Le directeur sportif espagnol de la Roma a toujours été clair concernant le néo-international turc.

À son arrivée, l’ancien de Séville lui promet qu’il sera considéré « comme un joueur important, et pas comme un jeune prometteur ». Un discours qui a plu au numéro 17 et remplaçant naturel de Mohammed Salah. Rapidement le parallèle avec l’Egyptien a été fait. Gaucher, rapide, discret, avec un bon comportement sur le terrain : le jeune Turc a conquis les tifosi. Mais une déclaration anodine va proposer une autre comparaison et faire frissonner tout le peuple giallorosso. Et elle est de son entraîneur et figure emblématique du club. Souvent très mesuré dans ces propos, Di Franceso s’en est allé d’une déclaration très osée mais très intéressante.

La comparaison avec Montella est plus que logique. Cengiz est un joueur à la finition clinique. Il lui faut très peu d’occasions pour faire trembler les filets et il dégaine très vite avec son pied gauche ultra-précis. Evidemment, l’aeroplanino était plus axial, et Under plus dribbleur, mais leurs capacités à s’ouvrir des fenêtres de tir aisément les rapprochent. La comparaison reste extrêmement flatteuse, l’international turc (7 sélections et déjà buteur) sait qu’il lui reste énormément de chemin à parcourir avant d’envisager quoi que ce soit.

La seule limite est le ciel

La carrière de Cengiz Ünder à la Roma aurait pu prendre une tournure différente. Durant ses six premiers mois, son temps de jeu était famélique. Alors qu’il n’avait disputé que 200 minutes à son arrivée, il est aujourd’hui à plus de 1000 minutes. S’il avait demandé à être prêté pour emmagasiner du temps de jeu en Série A, son entraîneur a préféré mettre son veto. Alors que l’Italie est souvent réputé pour ne pas faire confiance aux jeunes, Di Francesco ne fait pas parti de ce caste-là. Après avoir donné leur chance à Berardi, Vrsjalko ou Pellegrini à Sassuolo, le mister de la Roma a « demandé du temps pour Cengiz« . « C’est un joueur de 20 ans qui arrive dans un nouveau pays,  il faut qu’il s’adapte tranquillement ». Finalement, le chouchou de Di Francesco s’est adapté plus vite que prévu et commence même à parler italien.

Des propos appuyés par son sélectionneur et ancien grand coach en Italie, Mircea Lucescu, qui « n’est pas surpris » par les performances de la nouvelle star du football turc. « Son explosion ne m’a pas surpris, c’était juste une question de temps » avance l’ancien boss du Shakhtar. Du temps, c’est peut être ça qui a manqué aux autres Turcs qui sont venus en Italie. Car Cengiz n’est pas le premier à signer en Serie A. La Roma a accueilli il y a peu Salih Uçan, autre grand espoir du football turc. C’est durant le mandat de Rudi Garcia que l’ancienne coqueluche du Fenerbahce va porter le maillot romain. Quelques apparitions durant 2 ans mais aucun souvenir marquant pour le désormais milieu du FC Sion.

Cengiz le sait, les joueurs turcs ont du mal à s’exporter à l’étranger, notamment en Italie. Hakan Sükür, Okan Buruk et Emre Belözoglu pour les plus connus ont floppé en Italie. Ce dernier détient un record qu’il partage maintenant avec l’ailier romain

Avec Çalhanoglu et Cenk Tosun, ils sont les porte-drapeaux de l’équipe nationale turque à l’étranger mais représentent aussi le futur. Mircea Lucescu compte énormément sur ces trois joueurs pour reconstruire une équipe nationale qui a vu Nuri Sahin et Arda Turan prendre leur retraite internationale. Le Roumain suit avec attention la progression de ces expatriés, notamment celle du Giallorosso car l’attente est énorme autour de lui. Au delà de ses dernières très bonnes performances avec la Roma, Cengiz est un joueur qui  fascine en Turquie depuis son plus jeune âge. Ayant débuté en deuxième division juste juste après ses 17 ans, ayant été sélectionné à 19 ans, il possède une statistique qui lui a donné encore plus de crédit et de visibilité auprès des recruteurs.

Signer un joueur aussi talentueux pour 14 millions parait être une anomalie énorme, mais c’est tout le travail de Monchi qui est à souligner.  C’est le premier gros coup de l’Espagnol avec son nouveau club. Cengiz a tout pour devenir une star comme l’annonce Mircea Lucescu, et tout pour remplacer définitivement Mohammed Salah dans le cœur des Romains.

Cengiz Ünder n’oublie pas son équipe nationale. La Turquie est en quête de parcours référence après les échecs durant l’Euro 2016 et les éliminatoires pour la  Coupe du Monde 2018. La nouvelle génération du football turc veut marquer l’histoire de son football, Cengiz Under a tout pour en être sa tête de gondole.

Crédit photo: Vincenzo PINTO / AFP

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois.»