L’Etoile rouge, le retour d’un grand de l’Est

  1. L’Étoile Rouge de Belgrade est un club dont on avait un peu perdu la trace. Pour beaucoup de personnes seul subsistait le souvenir de la finale de Champions League remportée aux tirs au but face à l’OM en 1991. Cette victoire au sommet du football européen à Bari, lors de laquelle Belodedici, Mihajlovic, Jugovic, Prosinecki, Savicevic et Pancev ont foulé la pelouse avec le maillot rouge et blanc, a forgé le mythe européen du club. En effet, l’Étoile Rouge et le Steaua Bucarest sont les seuls clubs de l’Est à avoir gagné la prestigieuse compétition européenne.

Cette saison 2017/2018 marque le retour du club serbe au premier plan européen, puisqu’il n’avait pas réussi à se qualifier pour une phase de groupes depuis la saison 2007/2008 ! Les Serbes étaient pourtant proches de la qualification en Europa League en 2012 : ils avaient décroché le nul 0-0 chez eux et tenaient un 2-2 à Bordeaux jusqu’à la 91e minute. Dans le temps additionnel Obraniak obtient un penalty transformé par Gouffran, 3-2 pour Bordeaux, les joueurs serbes quittent la pelouse avec les larmes aux yeux, un choc pour les supporters qui n’ont toujours pas digéré ce moment.

La qualification en Europa League obtenue en août dernier face à Krasnodar sonne comme un réveil, même si l’Étoile Rouge ne brillera probablement plus aussi haut dans le ciel qu’en 1991.

Genèse

 

Le chemin du retour était sinueux, le club était en plein doute la saison dernière : non-qualification en coupe européenne, perte du titre en championnat et défaite en coupe au profit du rival le Partizan. De plus, un flou régnait sur l’avenir des joueurs étrangers qui sont des cadres de l’équipe comme Le Tallec, Donald, Kanga et Boakye. En juin 2017, un ancien du club, Vladan Milojevic, est choisi pour être le nouvel entraîneur et Mitar Mrkela, un ancien de la fédération serbe, est nommé directeur sportif. Les débuts de Milojevic ne sont pas rassurants, avec notamment un match nul contre un petit club lors des préparations et des résultats un peu poussifs lors des deux premiers tours de qualif en Europa League (face au club maltais Floriana puis face aux kazakhs de Pavlodar).

Le troisième tour s’annonce plus compliqué contre le Sparta Prague, mais entre temps le club se renforce avec de nouvelles recrues. Il s’agit là d’un élément important, un excellent mercato a été réalisé avec l’arrivée de Borjan, Rodic, Savic, Stojkovic, Gobeljic, Babic, Jovicic, Krsticic, Radonjic, Pesic, Ricardinho (seule recrue décevante) et le maintien au club des joueurs étrangers cités précédemment. Dans l’autre sens, Ristic, Plavsic, Ruiz, Manoljovic, Petkovic, Lukovic et Proletanovic font leur valise. Finalement la sauce prend bien, les recrues (connaissant déjà le club ou la Serbie) s’intègrent rapidement et l’équipe arrive à déjouer les pronostics en gagnant les deux matchs face aux tchèques. L’exploit est réitéré au dernier tour de qualification lorsqu’au match retour (défaite 3-2 au match aller) Kanga décroche une énorme frappe de loin pour le 2-0 qui fait exulter environ 50 000 supporters dans les tribunes (victoire 2-1 au final). L’Étoile Rouge est de retour.

Retour

 

Les boules sont tirées: Arsenal, Cologne, Bate Borisov sont les adversaires dans ce groupe H. Voir Arsenal jouer au stade Rajko Mitic est un événement marquant, même si les anglais alignent leur équipe réserve.

Ces matchs du groupe H permettent de mettre en lumière un autre facteur important dans la réussite de la saison actuelle : l’entraîneur Vladan Milojevic. Ce dernier a réussi à motiver et faire progresser les joueurs. C’est notamment le cas pour Nemanja Radonjic, une tête brûlée qui devait partir en prêt mais qui est resté dans l’effectif et s’est imposé dans le onze. Milojevic a instauré de la discipline sur le terrain tout comme dans les vestiaires. Ainsi, il a adopté une approche plus défensive en Europa League avec son habituel 4231, où le milieu (Kanga, Krsticic) a pour tâche de lancer en contre Boakye dans la profondeur ou d’utiliser la vitesse balle au pied du talentueux Radonjic (l’autre ailier, Srnic, ayant davantage un profil d’ailier travailleur). Par rapport aux années précédentes, l’équipe se démarque donc par sa solidité basée sur une défense robuste. La charnière Le Tallec – Savic est complémentaire, le premier a le rôle du défenseur technique, le deuxième celui du défenseur viril, tandis que les latéraux donnent également de bonnes garanties défensives. Au final, le club termine deuxième du groupe avec 3 matchs nuls, 2 victoires, une défaite, 2 buts encaissés et 3 buts marqués (meilleure défense et pire attaque du groupe).

L’Étoile Rouge poursuit donc son parcours en Europa League en affrontant le Cska Moscou et peut remercier ses supporters qui lui ont permis d’avoir la meilleure affluence de la phase de groupes (143 975 entrées en 3 matchs, 48 000 spectateurs en moyenne). Les supporters, appelés « Delije » (Dèliyè), sont impossible à dissocier du club. Ces derniers peuvent adhérer au club et obtenir ainsi une carte de membre leur conférant un droit de vote ayant une incidence sur l’organigramme du club. Selon la liste des électeurs publiée par le club l’année dernière, les électeurs sont environ 25 000 et pour moitié de Belgrade. Ces données montrent la popularité du club puisque de nombreux supporters viennent d’autres villes ou d’autres pays comme le Monténégro ou la Bosnie-Herzégovine (sans oublier la diaspora serbe). Leurs chants, banderoles, tifos, et effets pyrotechniques font régulièrement le tour de la toile, ils sont une source de motivation pour les joueurs. Il est alors facile de comprendre la colère et l’incompréhension du club lorsque l’UEFA leur annonce une sanction (amende et huis clos face au Cska Moscou synonyme de manque à gagner pour la billetterie) en réponse au soutien des Delije à Ratko Mladic lors du déplacement à Borisov.

Une colère compréhensible puisqu’il ne s’agit pas d’un appel à la haine ou de racisme de la part des Delije (d’autant plus que le verdict final du jugement de Mladic n’a même pas été rendu), qui dénoncent le premier verdict controversé rendu par le TPI ainsi que son impartialité. On voit ici une facette des Delije qui n’hésitent pas, entre autres, à véhiculer des messages politiques ou patriotiques qui brisent les codes du politiquement correct en rappelant notamment que le Kosovo est serbe. Ils sont en communion avec les joueurs qui ont pour rituel de les remercier en fin de match ou même parfois de chanter avec eux. On retiendra comme image marquante celle du joueur ghanéen Boakye qui fond en larmes devant les Delije après la victoire contre Krasnodar. A l’image des Balkans, l’Étoile Rouge est un mélange d’émotions, de sang et de miel, c’est assurément plus qu’un club de foot.

En fin de compte, l’UEFA a baissé le montant de l’amende et annulé le huis clos. C’est donc avec le soutien du public que l’Étoile a pu jouer face au Cska et décrocher le 0-0, avec peut-être le regret de ne pas avoir marqué un but. Au match retour dans le froid moscovite, l’équipe souffre et encaisse bêtement un but sur une perte de balle de Donald en fin de première mi-temps. Malgré plusieurs occasions le score reste inchangé, défaite 1-0. Sans Kanga qui a été vendu cet hiver et sans Boakye blessé, les serbes n’ont pas démérité face au CSKA et peuvent sortir de l’Europa League avec la tête haute. En attendant de nouvelles aventures européennes …

Nikola

 

Crédits photos : AFP PHOTO / ANDREJ ISAKOVIC

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