[Coupe du Monde] L’Arabie Saoudite, le petit poucet de la compétition

L’évènement le plus attendu, le plus médiatisé de l’année débutera par la rencontre la moins sexy. Le pays hôte, la Russie va affronter la 63ème nation au classement FIFA : l’Arabie Saoudite. Durant sa phase de qualifications, elle n’a terminé qu’à la deuxième place, derrière le Japon mais devant l’Australie qui se retrouve dans le groupe de l’équipe de France.

Pour sa 5ème participation à une Coupe du Monde, la première depuis 2006, l’Arabie Saoudite va tenter de faire bonne figure dans son groupe, de limiter au maximum les défaites écrasantes comme lors de ses dernières participations et pourquoi pas tenter d’arracher une qualification pour le tour suivant.

Les forces en présence

Napoléon Bonaparte a dit : « Un chef est un marchand d’espoir », celui de l’Arabie Saoudite est tout trouvé en la personne du sélectionneur Juan Antonio Pizzi. Le coach espagnol est intronisé à la tête de la sélection saoudienne en novembre 2017 et remplace Edgardo Bauza dont le mandat n’aura duré que 3 mois.

Avec lui, l’Arabie Saoudite espère faire au moins aussi bien que lors de la Coupe du Monde 94 aux États-Unis, à savoir atteindre les huitièmes de finale. Bien évidemment, on ne vous conseille pas de miser votre salaire sur une qualification des « Faucons », mais dans un groupe où seul l’Uruguay fait office de favori, un exploit n’est pas à exclure.

Les raisons d’y croire ? Juan Antonio Pizzi est un sélectionneur qui peut se vanter d’avoir deux lignes à son palmarès, dont une Copa America remportée en 2016 avec le Chili. A noter qu’il ira jusqu’en final de la Coupe des Confédérations l’année suivante. En revanche, son CV est entaché d’une non-qualification du Chili pour la Coupe du Monde, l’un des grands absents de la compétition.

L’ex coach de Valence pourra s’appuyer sur ses cadres pour atteindre ses objectifs. Il pourra notamment compter sur Mohammad al-Sahlawi, l’attaquant d’al-Nasr Riyad. Le buteur de 31 ans va participer à son premier Mondial. Si l’Arabie Saoudite est aujourd’hui en lice, c’est en grande partie grâce à lui. Al-Sahlawi a réalisé une extraordinaire phase de qualification dans laquelle il a inscrit pas moins de 16 buts. Il se retrouve donc sur la première marche du classement des buteurs avec un certain Robert Lewandowski. Rien que ça !

La célébration d’al-Sahlawi après avoir marqué lors des éliminatoires, via FIFA.com

Que serait une sélection sans ses tauliers ? Ces mecs sélectionnés à chaque rassemblement depuis d’innombrables années et qui ont vu défiler des dizaines de joueurs sous les couleurs de leur pays ? En Arabie Saoudite, ces joueurs sont Taisir al-Jassim et Osama Hawsawi qui culminent respectivement à 108 et 115 sélections. Le premier est un milieu de terrain relayeur polyvalent de 33 ans jouant à al-Ahli, capable d’évoluer en sentinelle ou un cran plus haut, au poste de milieu offensif. Le second, lui, est solidement installé en défense centrale depuis maintenant plus de 10 ans avec les « Green Falcons ». Il a la particularité d’être l’un des (très) rares joueurs saoudiens à avoir évolué dans un championnat européen. En 2012, Osama Hawsawi signe un contrat de 2 ans avec le RSC Anderlecht pour un montant d’1,5 millions d’euros. Son passage ne sera finalement que de courte durée. Il ne portera le maillot des Mauves que pendant 76 minutes puis retournera au pays du côté d’al-Ahli puis al-Hilal depuis 2016.

Effectivement, les joueurs saoudiens ne sont pas réputés pour leur niveau de jeu et c’est sans doute la raison pour laquelle on n’en voit que très, voire jamais dans nos championnats, enfin… Jamais est un bien grand mot !

Un mariage est-il envisageable pour joueurs Saoudiens et clubs européens ?

Dans la zone Asie, que ce soit au Japon ou en Corée du Sud, les joueurs s’exportent bien et de mieux en mieux en Europe. Que ce soit Shinji Kagawa, Keisuke Honda ou Shunsuke Nakamura et Hidetoshi Nakata avant eux, les Japonais ont, depuis une dizaine d’années, la cote en Europe. Pour les Coréens, le processus est plus récent même si Park Ji-sung est l’un des premiers à avoir brillé en Europe au début des années 2000, on assiste depuis peu à l’éclosion de plusieurs talents : Son Heung-min, Kwon Chang-hoon pour ne citer qu’eux.

Dans l’histoire du football, les saoudiens à avoir porté les couleurs de clubs européens se comptent sur les doigts d’une main (deux s’il vous manque des doigts). Il y a bien sûr l’exemple d’Osama Hawsawi cité précédemment, mais également Saomar dit Sami al-Jaber qui le temps d’une saison est venu se confronter à la troisième division anglaise avec l’équipe de Wolverhampton entre 2000 et 2001.

A quelques mois du Mondial, le manque de saoudiens dans les grands championnats est perçu comme un gros problème. Le même Sami al-Jaber déclarait : « La ligue saoudienne n’est pas assez intense pour préparer les joueurs pour une compétition comme la Coupe du Monde, nos joueurs ont besoin d’aller à l’étranger. » C’est pourquoi la préparation pour cette compétition ne se limite pas à organiser des matchs amicaux face à de grandes nations, ou encore à choisir des sélectionneurs réputés côté Arabie Saoudite. En janvier dernier, la General Sports Autorithy – branche du gouvernement saoudien en charge du sport – a signé un partenariat un peu particulier avec La Liga. Cet accord a pour but de prêter des joueurs du championnat professionnel saoudien en Espagne et de leur fournir une petite expérience du haut niveau européen. Ainsi, neuf joueurs ont été envoyés en Espagne, mais seulement trois d’entre eux font partie de l’équipe qui disputera la Coupe du Monde.

Parmi ces trois joueurs, on trouve Fahad al-Muwallad, un vif et rapide ailier droit arrivé à Levante.  Egalement capable de jouer en pointe, il devrait composer le duo d’attaque saoudien aux côtés d’al-Sahlawi. A 23 ans, il est le joueur le plus prometteurs du lot, et l’un des plus grands talents du continent asiatique en général. Il y a également Yahya al-Shehri, qui lui a posé ses valises du côté de Leganés. Transféré d’al-Ettifaq à al-Nasr pour près de 10 millions d’euro en 2013, al-Shehri est le joueur saoudien le plus cher de l’histoire. Enfin, Salem al-Dawsari a, quant à lui, été envoyé à Villarreal.

Salem al-Dawsari sous ses nouvelles couleurs, via Marca.com

Pour Mike Newell, ex-attaquant passé par Everton et Blackburn dans les années 90 et aujourd’hui membre du staff d’al-Shabab : « Il y a quelques bons joueurs ici (en Arabie Saoudite) et ce sera une expérience géniale pour eux. En revanche, ce sera un gros choc pour eux sur bien des aspects, car les saoudiens ne vont généralement pas à l’étranger. » Mais comme dans toute belle histoire, il y a un « hic » !

Les clubs espagnols n’ont pas l’obligation de faire jouer leurs recrues, seulement de les entrainer quotidiennement comme tout autre membre de l’effectif. Vous imaginez donc que les joueurs cités n’ont bénéficié que de très peu de temps de jeu! Seul Fahad al-Muwallad a pu jouer quelques minutes avec son club d’accueil. Il est entré à onze de la fin du match face à Léganes lors de la 37ème journées de Liga. Ce partenariat, c’est un peu comme le PSG avec Hatem Ben Arfa, sauf que dans le cas des clubs hôtes, c’est la fédération saoudienne qui paie les salaires et autres charges. Prends-en de la graine Nasser !

Préparation au Mondial

En plus de ce partenariat avec la Liga, dans lequel les trois « stars » de la sélection se retrouvent dans un nouvel environnement et en manque quasi-total de temps de jeu (du moins en équipe première) à un peu plus d’un mois de la Coupe du Monde, l’Arabie Saoudite a opté pour une préparation ambitieuse.

Lors des matchs amicaux du mois de mars, les Faucons ont arraché un match nul face à l’Ukraine grâce à un but de Fahad al-Muwallad et se sont inclinés 4 à 0 contre la Belgique d’Eden Hazard. En ce qui concerne ses futures échéances, l’Arabie Saoudite n’affrontera que des nations qui lui sont supérieures comme l’Algérie, la Grèce, le Pérou et deux top nations : l’Italie et l’Allemagne.

L’objectif de cette série de matchs est bien évidemment de s’habituer tant bien que mal au haut niveau et d’appréhender au mieux la phase de poules. Pour espérer se qualifier au tour suivant, l’Arabie Saoudite devra battre l’Egypte, la Russie et limiter la casse face à l’Uruguay contre qui l’exploit semble impossible.

Photo credits : Emmanuel DUNAND / AFP / POOL