[Coupe du monde] Argentine: Sampaoli, le rêve de gosse

« L’opportunité d’une vie » : des mots forts qui reflètent parfaitement l’idée qu’a Jorge Sampaoli concernant le poste de sélectionneur. Son arrivée au haut niveau a certes été tardive, mais l’ancien entraîneur du FC Séville commence à se faire vieux. A 57 ans, El hombrecito s’apprête à disputer la compétition la plus importante de sa carrière professionnelle mais aussi de sa vie. D’autres facteurs sont à prendre en considération. Un désir personnel hante l’esprit de Sampaoli, celui de faire de Lionel Messi le meilleur joueur de l’Histoire de façon incontestée.

La mission d’une vie

«Messi a un revolver qui s’appelle la Coupe du monde sur la tempe et s’il ne la gagne pas, il se fait tirer dessus et meurt ». Par ces mots, Jorge Sampaoli résume une situation qui tient en haleine le monde du foot depuis des années. Un manque dans la carrière de Lionel Messi, une tâche qui semble ne pas disparaître. Le lutin argentin a beau être considéré comme le meilleur joueur de l’histoire, le le fait de n’avoir jamais remporté la Coupe du monde semble être quelque chose qui tracasse son quotidien. Et ça, Sampaoli en a pris conscience. Face au malaise perpétuel qui hante le quintuple ballon d’or, El Hombrecito veut relever le défi d’une vie.

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Mais pour y arriver, Sampaoli doit faire face à des réalités, cette génération de joueurs n’a rien à voir avec celle des années précédentes. Il s’agit certainement de la pire génération de l’histoire. Derrière le choix pléthorique d’attaquants se cache un vide abyssal dans les autres postes. Aucun top mondial que ce soit en défense ou au milieu, aucun Argentin titulaire dans un top club et des joueurs en total manque de confiance. Sampaoli s’attaque au plus grand chantier de sa vie.

Lorsqu’il arrive à la tête de la sélection chilienne, c’est une génération qui arrive à maturité qui se présente face à lui. L’ancien entraineur de l’Universidad de Chile n’a qu’une mission, faire passer un cap à son groupe, que ce soit mentalement et tactiquement. Une situation similaire se présente à lui en Andalousie. Après trois saisons couronnées de succès sous Unai Emery, le FC Séville veut enfin exister en Ligue des Champions. Sous Sampa, certains joueurs vont évoluer à un niveau extraordinaire. Que ce soit Nasri ou N’Zonzi, les deux Français vont développer leur meilleur football. Le milieu récupérateur ne doit plus penser « destruction » mais « construction ». Un changement de rôle qui va permettre à toute l’Europe de découvrir un joueur longiligne capable de prouesses techniques insoupçonnées.

Sauf que l’Argentine n’a pas de joueurs du calibre de N’Zonzi ou Vidal et encore moins un 10 avec la personnalité de Samir Nasri ou Jorge Valdivia pour illuminer le jeu. L’Albiceleste ressemble à un champ de blé qui se détériore année après année. La Coupe du monde 2014 est la seule exception, Sabella a rempli sa mission de pompier de service mais le contenu était maigre. Car derrière les critiques et moqueries sur Messi se cache une vérité, cette sélection n’a que très peu de talents, leaders et références. Le peuple argentin veut voir la génération de Léo triompher et a même développé une grande sympathie autour d’elle. Mais les lacunes finissent toujours par exploser sur la scène internationale. Lorsque tu dois compter sur Rojo, Biglia, Fazio et autres Banega, il est difficile de s’imaginer plus loin qu’un quart de finale miraculeux. Le chantier de Sampaoli est colossal, le manque de temps lui a valu de faire des choix forts, quitte à défrayer la chronique.

Une mission impossible

La pression des résultats a provoqué des choix contestables de la part du sélectionneur argentin. Outre le choix des joueurs, c’est le pragmatisme de Sampaoli qui a choqué. Le disciple de Bielsa n’est pas aussi fou que son mentor, et il l’a encore prouvé. Ses trois premiers matchs avec l’Albiceleste se sont terminés par des matchs nuls. Sampa cherche juste à être efficace et assurer la qualification quitte à se faire chier pendant 90 minutes.

Se rajoute donc un autre problème, le choix des joueurs. Le côté laboratoire qu’a donné l’ancien sélectionneur du Chili à sa sélection a longtemps été décrié. Sampaoli n’a aucune similitude avec Patrick Stewart, alias Professeur Xavier dans X-Men, hormis le crâne luisant. Et pourtant cela ne l’a pas empêché de sélectionner un nombre incalculable de joueurs pour expérimenter son nouveau joujou. Pablo et Enzo Pérez, Dario Benedetto, Agustin Marchesin, Willy Caballero, German Pezzella ou Fernando Gago ont eu l’honneur d’être convoqués à la surprise générale. Le nombre de joueurs locaux convoqués explose. El Hombrecito veut donner sa chance à tout le monde mais semble ne pas savoir dans quelle direction aller.

Le cas Dybala est celui qui fait le plus parler. L’attaquant de la Juventus ne fait pas l’unanimité auprès du staff de Sampaoli. Le talent de la Joya n’est pas remis en cause, mais sa capacité à cohabiter avec Lionel Messi semble être un véritable casse tête. Le numéro 10 bianconero est gaucher, se balade un peu partout sur le front de l’attaque mais penche plutôt côté droit, tout comme la Pulga. Sampaoli a beau essayé de les aligner ensemble, les deux se marchent dessus et Dybala semble perdu sur le terrain. La question qui s’est légitimement posée est de savoir si l’Argentine peut se permettre de se passer d’un joueur de la qualité de Dybala. Car les phénomènes ne courent pas les rues du côté de l’Albiceleste et la Joya reste un des rares « game changer » de cette sélection qui manque clairement de tel talent. S’il était clairement question de le laisser à Turin pour la Coupe du monde, Sampaoli semble avoir changer d’avis. Dybala ne partira sûrement pas titulaire, faute de complémentarité mais aussi de temps pour faire cohabiter lui et Messi mais posséder une telle arme sur le banc est un gage de qualité. La donne est différente pour Mauro Icardi qui va rester à quai malgré le fait qu’il soit l’Argentin qui a le plus marqué avec le numéro 10 du FC Barcelone.

Les derniers résultats durant les matchs amicaux n’aident pas dans la préparation à la Coupe du monde. Les défaites face au Nigéria 4-2 en ayant mené 2-0 et face à l’Espagne 6-1 ont semé le doute chez les supporters de l’Argentine. Défense à 3 ou à 4, utilisation de milieux excentrés comme latéraux ou en tant que piston, qui pour le poste de 9? Aucune réponse n’a été donnée durant ces matchs amicaux. Les seules certitudes sont dans la volonté de ressortir proprement et de pouvoir faire mal sur les transitions. Le romantisme pourrait l’emporter avec un Sampaoli qui trouve la solution au soir d’un Argentine – Islande gagné 4-0 grâce à un quadruplé de Lionel Messi. Mais l’histoire du football et surtout de l’Albiceleste est que la fin soit tragique, que le rêve de mômes deviendra un cauchemar et qu’il faudra beaucoup de mouchoirs pour essuyer les larmes de Lionel Messi.

Crédit photo: MARTIN BERNETTI / AFP

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois.»