Quelques jours après la divulgation de la liste des 23 joueurs pour la Coupe du Monde, un joueur a décidé de faire parler de lui. Alors que la France s’attendait au sarcasme habituel de Karim Benzema et Franck Ribéry, c’est finalement un autre qui va créer la discorde dans le paysage du football français. Adrien Rabiot a décidé de faire front face à la pseudo injustice dont il est victime. Le milieu de terrain du Paris Saint-Germain a choisi de refuser son statut de suppléant et mettre en péril son avenir en équipe nationale. Une situation extraordinaire pour un joueur de 23 ans.

Première grande désillusion

Au soir du mardi 23 Mai, la nouvelle fait grand bruit. On croit à une blague de mauvais goût et pourtant, les nombreuses sources confirment, Adrien Rabiot a bel et bien refusé d’être suppléant en équipe de France. Une décision incroyable venant d’un joueur qui cumule 6 sélections et qui a fêté ses 23 ans il y a quelques semaines. Le milieu de terrain du PSG a préféré refuser ce statut de suppléant et disparaître totalement de la réflexion de Didier Deschamps en cas de blessure d’un milieu de terrain.

Ce rôle de suppléant est différent de celui de réserviste. Lors des deux dernières compétitions internationales, le sélectionneur français convoquait 23 joueurs plus 7 réservistes qui faisaient toute la préparation avec le groupe. La donne a changé pour la Coupe du Monde : cette fois-ci, DD peut compter sur 11 suppléants mais qui ne sont pas à Clairfontaine avec le reste du groupe. Le désaccord entre l’ancien entraîneur de l’Olympique de Marseille et le milieu de terrain parisien viendrait de ce statut. Chaque suppléant se doit de suivre un programme physique individuel pour entretenir son état physique et être prêt en cas de blessure d’un des 23 joueurs appelés. Pas de vacances pour eux et surtout le sentiment d’être le dindon de la farce. Adrien Rabiot a décliné ce rôle, prétextant « qu’il n’a pas à suivre un travail athlétique au cas où, ni à se rendre immédiatement disponible si Didier Deschamps devait faire appel à lui ». Une situation rocambolesque qui ne surprend pas quand on retrace les antécédents du joueur et sa personnalité.

Adrien Rabiot n’est pas un joueur comme les autres. Au delà d’un talent certain, le numéro 25 du PSG semble complètement déconnecté de la réalité. Son attitude concernant son positionnement a fait débat, que ce soit dans au sein du club mais aussi chez les supporters. Son refus de jouer au poste de milieu défensif malgré la conviction d’Unai Emery a rendu fou le staff. Ce refus a contraint logiquement Didier Deschamps à solliciter un joueur capable d’accomplir cette tâche comme Steven N’Zonzi plutôt que de s’appuyer sur le Parisien. Car le Duc se voit seulement comme un relayeur et rien d’autre, sauf que la concurrence la plus féroce a bien lieu dans cette position en sélection.

Un autre point a influencé la réflexion du sélectionneur, les performances du joueur. A ce poste de relayeur, Rabiot n’a jamais été au dessus du lot en équipe de France. A la différence d’un Corentin Tolisso qui a su saisir sa chance au point de devenir le remplaçant naturel de Paul Pogba, le Parisien n’a jamais fait l’unanimité en équipe nationale. Seulement 2 titularisations en 6 sélections, le tout en 18 mois mais surtout une apparition qui a marqué les esprits. Alors qu’il remplace un N’Golo Kanté blessé en Bulgarie, Rabiot sort une performance insipide. Le milieu de terrain prétexte « le froid », « la peur de se blesser » et « un terrain compliqué ». Des déclarations invraisemblables pour un joueur qui fête sa quatrième sélection. A partir de ce moment, quelque chose se casse avec Didier Deschamps. Le sélectionneur accorde énormément d’importance au coté « soldat » des joueurs, et Rabiot ne semble pas prêt à mourir pour le maillot français. Sa non convocation a prouvé le caractère très individualiste du joueur et le fait qu’il n’apporte aucune garantie si la situation ne tourne pas à son avantage. `

La casserole de trop

La situation de Rabiot est exceptionnelle dans la mesure où rares sont les exemples qui ressemblent à celui là. Nicolas Anelka avait refusé de venir à un rassemblement, c’est autre chose. Pareil pour Stéphane Ruffier qui a préféré se mettre en retrait, n’acceptant pas son rôle de numéro 3. Là c’est différent : le milieu relayeur (et pas défensif, il faut préciser) a envoyé un mail au sélectionneur lui expliquant que son nouveau rôle n’était pas fait pour lui et qu’il préférait refuser. Le joueur n’a même pas pris le temps d’appeler celui qui lui a donné ses premières minutes sous le maillot français et a même poussé le vice encore plus loin, ne répondant pas aux messages de ce dernier. Pour dire à quel point la situation est dramatique pour le joueur, Didier Deschamps a même pensé à un canular.

On peut faire passer la réaction du Parisien pour une erreur de jeunesse, mais on parle d’un joueur qui compte déjà 200 matchs en professionnel et qui côtoie au quotidien un joueur comme Kylian Mbappé qui n’a même pas 20 ans et semble plus mûr.

La décision de Rabiot est mûrement réfléchie malgré tout et ne vient que de sa propre réflexion. Son entourage n’aurait pas interféré dans la gamberge du titi parisien, et certains auraient même essayé de le dissuader d’agir de la sorte. Rien à faire, le Duc est tenace et veut accroître sa réputation de joueur « caractériel ».

Sa carrière vient de prendre un sacré tournant. Si les derniers écarts du joueur pouvaient laisser croire à de la maladresse ou à des enfantillages, celui là est de trop et laisse montre une attitude très déplorable. Refuser la sélection, c’est une manière de manquer de respect à tous les joueurs qui ont sué pour ce maillot et à tous ceux qui auraient rêvé d’être à sa place. L’équipe de France se mérite, et seule l’élite a le droit de porter ce formidable maillot. Voir un joueur la décliner sans raison et de cette manière est encore plus déplorable.

A 23 ans, Adrien Rabiot va réussir l’exploit de se faire détester par tout le paysage du football français. Anciens, jeunes, Parisiens, Stéphanois, Marseillais, Bretons, tous voient en ce refus un affront, un caprice et un gros manque de respect. Est-ce possible de voir un Saul Niguez, un Leon Goretzka ou Leandro Paredes dire non à sa sélection nationale ? Evidemment que non, et il a fallu que la France soit le pays ou une telle situation arrive. L’avenir d’Adrien Rabiot s’assombrit logiquement. La fédération a décidé de ne pas le suspendre pour l’instant, espérant surement des excuses publiques du joueur mais surtout pour ne pas rajouter de l’huile sur le feu. Le Parisien devrait logiquement disparaître du paysage de l’EdF à court terme, tant que Didier Deschamps reste le sélectionneur. Si la sélection ne semble pas l’intéresser plus que ça, c’est surtout son avenir au PSG qui risque d’être encore plus sombre. Alors qu’il attendait la Coupe du Monde pour reprendre les négociations avec son club, cet épisode ne va pas l’aider à négocier à la hausse son contrat, au contraire. S’il possède encore la clémence de Nasser Al-Khelaifi, à voir ce que pense Thomas Tuchel de la situation du Français. Très à cheval sur la discipline, le néo technicien du PSG pourrait être tenté de vendre Rabiot dès le mercato estival. Dans ce cas, le Duc perdrait bien plus que son noble statut.

Photo credits : John MACDOUGALL / AFP

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois.»