[Coupe du monde] La victoire d’une nouvelle génération

Il y a 20 ans, la France tremblait déjà. Une génération, celle de nos parents, de nos grands-parents, connaissait l’ivresse du succès. Elle pouvait crier son bonheur après avoir connu ou non la peine des années 80. Elle pouvait exulter parce qu’en 1998, sur le sol français, le Coq pouvait enfin lever les yeux et apercevoir une étoile au-dessus de lui. Une France tout entière chantait son bonheur après que Zidane ait offert le graal à son pays. Sans plus penser au passé, ni au futur, mais rien qu’à l’instant présent au moment où une France triomphait.

De là, un mythe est né. Des enfants qui n’avaient pas encore conscience de ce qu’il se passait sont tombés encore un peu plus amoureux du football. Ils ont voulu faire comme Zidane et les autres, ils ont voulu suivre les traces de ceux qu’ils considèrent comme de vrais héros, sans cape mais avec une étoile. Des inconnus ont grandi avec cette image-là dans la tête. Parmi ces enfants il y avait Antoine Griezmann, Olivier Giroud, Paul Pogba ou encore Raphaël Varane. Une génération qui a vécu ou appris de cette épopée au travers des VHS, des récits et de troubles souvenirs pourtant si déterminants pour l’avenir.

Cette génération, elle était à Moscou. Mais certains sont aussi arrivés après le sacre. Et eux, ils n’ont vécu ce titre qu’au travers de reportages, de lectures, de vidéos dénichées sur YouTube, avec les Yeux dans les Bleus qui tourne en boucle. Ils n’ont pas connu ce sentiment de plénitude, de joie extrême, comme s’ils étaient, pendant un instant, invincibles. En chef de file, il y a Kylian Mbappé. Lui qui incarne Bondy mais aussi cette génération qui a vu le jour au moment où son pays était sur le toit du monde. Une génération qui a seulement vécu par procuration ce qu’il s’est produit cette année-là.

 

 

Et puis elle a dû attendre, souffrir aussi. Comme si les aînés étaient les seuls à pouvoir connaître le bonheur. En 2006, au moment où la France se hisse une nouvelle fois en finale, à Berlin, ils frôlent la seconde étoile. Cette génération main dans la main avec l’ancienne effleure le graal une seconde fois. « Pas ça, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait » est la seule chose qui reste de cette soirée, entre les larmes et la douleur d’une jeune génération qui comprend seulement qu’elle a perdu. Et puis il y a eu 2010, comme une maison qui devait être détruite pour être mieux reconstruite. Cette année-là, tout a volé en éclats, laissant ceux rêveurs de connaître leur propre heure de gloire dans l’embarras.

Sous la houlette de Didier Deschamps, 2014 a été le commencement d’une belle page de l’histoire. Lentement mais sûrement, il a monté les murs à partir des fondations encore visibles. Avec son bleu de chauffe, il a bâti son groupe comme il l’entendait. En 2014, on a commencé à espérer un peu, tout en sachant que c’était encore trop tôt. Quand le train a fait un arrêt pour l’Euro 2016 à la maison, tous y ont cru. Mais encore une fois les larmes ont coulé et la France s’est inclinée, comme si cette génération n’avait pas le droit au bonheur puisque dans le même temps, le pays était meurtri, touché dans sa chair. La tristesse et la douleur ont gagné du terrain, sans savoir que le succès était pourtant au bout du chemin.

Quand ce groupe français, jeune, insouciant et attachant se lance dans l’aventure en mai, beaucoup n’ont pas l’espoir qu’il aille jusqu’au bout. Pour les uns, les joueurs sont inconnus, n’ont pas l’expérience des grandes compétitions, et pour d’autres le sélectionneur est trop frileux, lui qui s’est fait la promesse de ne pas prendre les 23 meilleurs mais surtout ceux qui pourraient se supporter pendant de longues semaines. Et pourtant, sous les yeux d’une jeunesse rêveuse, sous les yeux d’une génération ne voulant rien d’autre qu’une seconde étoile, le chemin s’est tracé. Match après match, surtout après ce tournant qu’aura été l’Argentine, l’espoir a grandi, prenant de plus en plus de place. Beaucoup ont commencé à se dire que peut-être 20 ans après ils pourraient connaître l’ivresse que leurs paternels ont connu ce 12 juillet. Chaque obstacle a été franchi, Mbappé du haut de ses 19 ans a montré la voie. Il est venu, il a vu et il a vaincu. Comme pour montrer que lui aussi il voulait avoir son nom affiché sur l’Arc de Triomphe. Lui qui n’a pas envie de prendre son temps pour entrer dans l’histoire a d’ores et déjà son nom gravé dans le panthéon du football français, avant d’aller encore plus haut.

Au moment où le tout jeune garçon qui n’a pas connu l’ivresse de 1998 marque, la France vacille, celle d’avant mais surtout celle d’aujourd’hui qui peut enfin exulter. Elle qui a essuyé bon nombre de revers avant de goûter au titre suprême. Les anciens ont connu leur moment de gloire, et 20 ans après leurs enfants aussi. Sous l’orage moscovite, la foudre s’est abattue, frappant de plein fouet une génération qui rêvait de cette seconde étoile si fort qu’elle a fini par être entendue.

Des larmes, des cris, des chants, des drapeaux mais surtout de l’amour a submergé un peuple, une jeunesse, une nouvelle génération incarnée par ces 23 hommes qui ont rejoint les 23 précédents. Eux aussi, dans 20 ans, pourront dire aux enfants qu’ils ont été champions du monde. Eux aussi pourront se pavaner comme d’autres l’ont fait avant eux. Avec ce groupe qui symbolise cette génération connectée, cette jeunesse aussi insouciante qu’attachante qui a tant besoin de bonheur a vibré. Et ce n’est peut-être que du sport, que du football mais intimement tous sont bien au fait que cela signifie beaucoup plus. Cela dépasse l’entendement. Après une courte nuit, tout semble plus beau. Tout est plus agréable, et ce sentiment restera gravé. Pour l’éternité. Ces souvernirs-là, créés le temps d’un été, le temps d’une soirée, ne s’évanouiront jamais. D’ici quelques temps peut-être, les enfants d’aujourd’hui seront à l’image des enfants de 1998. Et dans les rues, sur les terrains dans les villages et banlieues ils vondront faire comme Mbappé ou Griezmann.

Plus besoin d’évoquer uniquement 1998, on pourra maintenant parler de 2018 et montrer les photos, les Unes de journaux et toutes ces vidéos au monde entier. Car pendant les quatre prochaines années, la France sera sur le toit du monde, si haut perchée, si belle avec ses deux étoiles brodées au-dessus d’un Coq plus majestueux que jamais. Et tous s’en souviendront, les 23 et cette génération qui a enfin pu connaître la victoire après l’amertume de la défaite comme le disait Paul Pogba. Cette génération qui peut se targuer, elle aussi, d’être championne du monde. Et ça, ça n’a pas de prix.

Cette nuit d’ivresse collective, cette légèreté partagée en famille, entre potes ou avec des inconnus restera, là, gravée, enracinée et personne ne pourra nous la prendre. Comme personne n’a pu prendre la joie incandescente connue 20 ans plus tôt. Finalement, ce nouveau titre c’est la victoire d’un pays mais aussi d’une jeunesse qui mourrait d’impatience et qui a enfin connu la délivrance. Ils ont leur étoile, nous avons maintenant la notre. Alors merci.

Crédit photo: ERIC FEFERBERG / AFP

Parle d'Allemagne et de Bundesliga, et c'est à peu près tout.