[Ligue 1] Les dix commandements de Rudi Garcia

Tout le monde peut souffler, le mercato français a enfin fermé ses portes hier soir. Alors que les supporters n’en pouvaient plus des rumeurs incessantes, que les cheveux du président Eyraud devenaient de plus en plus grisonnants, le #MercatOM estival version 2018 est bouclé. Il faudra sans doute plusieurs mois avant de tirer un bilan complet de ce dernier. Mais les choses sérieuses ont déja commencé… Neuvième avec 4 points (et déjà 5 de retard sur le leader parisien), l’OM mangera son premier choc demain soir, avec le déplacement chez un Monaco pas franchement bandant depuis le début de saison. Rudi Garcia le sait, la saison est déja lancée et le club phocéen doit enfin débuter la sienne. Lui qui n’a plus qu’un an de contrat (officiellement, car la prolongation arrive) devra faire passer un nouveau cap à l’OM cette saison. Zoom sur les principaux chantiers qui attendent le coach olympien. 

1 / Contre les gros tu gagneras

C’est l’un des chantiers prioritaires et la malédiction pourrait enfin prendre fin ce dimanche. Cela fait maintenant de trop nombreuses saisons que l’OM ne s’est pas imposé en championnat contre un des autres membres du Top 4 revendiqué : Paris, Lyon et Monaco. Contre le club de la capitale, la dernière victoire remonte à novembre 2011. Bilan depuis : 3 nuls et 14 défaites TTC. Contre l’autre olympique, la dernière victoire en championnat (car l’OM a brisé la strike en Coupe de la Ligue grâce à Doria) remonte à mai 2014. Et enfin contre le voisin du Rocher, rien depuis mai 2015. L’an passé, les supporters y ont cru. Tout d’abord contre le PSG, où le coup-franc de Cavani n’était pas prévu au scénario. Ensuite contre l’OL, où Depay, encore dans les arrêts de jeu, est venu relancer une course à la LDC qui semblait bouclée une heure plus tôt. L’OM aborde-t-il ces adversaires avec crainte et peur de vaincre ? L’OM a t-il désormais un complexe d’infériorité face au top 3 de l’an passé ? Qu’importent les raisons de cette folle série, elle doit prendre fin cette saison si l’équipe de Garcia souhaite monter sur l’une des marches du podium.

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2 / Bouba Kamara tu installeras

Il est l’une des attractions du début de saison. À raison, car il est également sans doute la plus belle promesse du centre de formation olympien depuis Samir Nasri. Boubacar Kamara, 18 ans, est l’une des nouvelles coqueluches du peuple olympien. 14 matchs l’an passé, des prestations remarquées (notamment dans le bouillant OM-Leipzig) et voilà que le minot toque de plus en plus pressement à la porte du onze. Si à ce jour Rami, Ćaleta-Car (et éventuellement Rolando quand il reviendra), sont logiquement devant lui dans la hiérarchie (quand Gustavo ne redescend pas), le gamin aspire à mieux. Et ses prestations encourageantes vont dans le sens d’une hausse de son temps de jeu. D’autant que des bruits de couloir prêtent que le garçon aurait tapé dans l’œil des plus grands clubs. On dit même que des « super agents » préparent tranquillement son départ dans les années à venir… Quoi qu’il arrive, avec quatre compétitions à disputer sérieusement, Bouba jouera. Pour le plus grand plaisir des supporters, heureux de voir l’un des leurs représenter le club.

3 / Avec Zubi et Valentin tu travailleras

L’été dernier, on l’avait déjà pressenti. Ce mercato n’a été qu’une confirmation. Le boss du sportif à l’OM, c’est Rudi. C’est lui qui donne le tempo, notamment en matière de profils et de joueurs à recruter. Pas une hérésie pour un coach ancré dans le long terme à l’OM (bien qu’une place de coach soit toujours l’équivalent d’un fusible). La recrue phare de l’été (la plus belle de l’ère McCourt ?) c’est lui, et quasi uniquement lui. Il y a fort à parier que pour Ćaleta-Car, il en soit de même. Se pose alors la question : quid de la cellule de recrutement ? Le boulot de Zubi n’est pas de scouter les joueurs du monde entier. Celui de son bras droit, Albert Valentin, si. Le manque d’imagination dans les différents mercatos incombe-t-il à la cellule de recrutement ou au coach ? La question demeure. Toujours est-il que dans une logique de « mercato d’opportunités », les paris comme Radonjić doivent sans doute être plus monnaie courante à l’OM. Les dossiers du gardien de but et de l’arrière gauche n’étant pas fixés, il s’agira là de voir si le board dans son ensemble a retenu les leçons des mercatos passés dans les mois à venir.

4 / Un trophée sur la Canebière tu amèneras

Encore plus qu’une victoire contre un gros, ce qui manque à tout le peuple olympien, c’est un trophée. Rares sont les occasions où les supporters ont pu se rassembler sur le Vieux Port et sur le parvis de l’hôtel de ville. Depuis 2012 et une Coupe de la Ligue, pour être précis. Cette saison, l’OM est présent sur 4 tableaux. La Ligue 1 promise au PSG est à oublier. Restent alors les trois coupes, dont deux nationales. Alors que le PSG truste toutes les récompenses hexagonales (ou presque) depuis plusieurs années, côté OM, c’est la traversée du désert. Alors oui, il faudrait que les tirages n’offrent pas un duel contre l’ogre parisien avant la finale. Oui, il faudrait que le tirage européen laisse (comme l’an passé) une nouvelle porte ouverte à l’OM. Mais quoi qu’il arrive, Marseille devra tout jouer à fond, ne serait-ce que par respect pour son glorieux passé.

5 / Leur fierté aux supporters tu rendras

Ce point-ci est en passe d’être réglé, notamment grâce au beau parcours européen de l’année passée. Dommages collatéraux des remous qui ont frappé leur club ces dernières années, les supporters olympiens ont récemment vécu de longues saisons, faites de clims, de défaites contre les rivaux et d’ambitions sportives au niveau de la Méditerrannée. Quoi qu’on en dise, depuis l’arrivée de McCourt, le soleil revient peu à peu. L’an passé, malgré une saison qui a vu le PSG, l’OL et Monaco humilier l’OM, l’Europa League a joué son rôle de défibrilateur. Qui n’a pas vu les images de liesse dans les rues de la cité phocéenne après les victoires face à Leipzig ou à Salzburg ? Qui n’a pas vu la vague populaire s’emparer de Lyon à l’aube du duel face à l’Atletico ? Oui, l’OM peut toujours compter sur ses supporters, dans les bons comme les mauvais moments. Mais les mauvais moments, les supporters en ont marre, et on les comprend.

6 / Critiquer l’arbitrage tu cesseras

L’arbitrage et l’OM, ce n’est pas une grande histoire d’amour. A tort parfois, à raison souvent, le peuple marseillais se sent lésé par les hommes en jaune. Il est vrai que depuis quelques années, quelques grosses incohérences sont apparues. Soit, la VAR devrait régler ce problème (si l’oreillette fonctionne mieux que contre Nîmes). Si Jacques-Henri Eyraud s’est fendu de quelques rares sorties médiatiques pour critiquer ce qui semblait, aux yeux des joueurs et des supporters, un mauvais traitement, Rudi Garcia, lui, se cache souvent derrière les fils de Laurent Duhamel pour masquer certaines erreurs. Certains diront que c’est une stratégie pour ne pas pointer ses loupés ou ceux de ses joueurs, d’autres diront qu’il défend les intérêts du club. Toujours est-il que c’est (beaucoup) trop souvent et que ce n’est sans doute pas digne de l’équipe qu’il dirige.

7 / Valère Germain seul en pointe tu n’aligneras pas

Le mercato estival est terminé, pour les quatre prochains mois minimum, l’OM devra trouver la solution entre trois hommes : Clinton Njié, Kostas Mitroglou et Valère Germain. Le premier n’est pas un pur 9, le deuxième n’est que l’ombre du joueur qui a fait le bonheur de Benfica et le troisième part donc par défaut comme l’attaquant titulaire de l’OM. Sauf que Valère et l’OM, ça ne marche pas. Ou ça marche peu. Question de profil, question d’animation et surtout question d’adversité. Dans une Ligue 1 où les défenseurs centraux sont généralement des brutes physiques, l’imposante musculature de Valère Germain peine à faire la différence. Pas bien grand, pas bien costaud, pas bien rapide… Dans un système à une seule pointe, voir Germain marquer 15 buts en Ligue 1 relève de l’espoir. Le profil des joueurs dont dispose Garcia lui permet t-il de changer de système ? D’insérer un deuxième offensif avec lequel Germain pourrait plus facilement combiner ? Peut être, réponse dans les prochaines semaines. Toujours est-il que Germain seul en pointe, HELL NO !

8 / Le meilleur de l’effectif encore tu tireras

Vraie volonté ou conclusion par défaut, l’effectif de l’OM n’a quasi pas bougé entre l’exercice précédent et celui-ci. Avec quelques retouches qualitatives, Marseille repart donc avec une certitude : cet effectif est assez bon pour jouer le podium et refaire un parcours identique en Europa League. C’est pas dit. Certains ont pris de l’âge, d’autres étaient peut être en sur-performance… Dans tous les cas, c’est aussi grâce au mental et aux qualités de coeur de ses joueurs que l’OM a fait une si belle saison durant le dernier exercice. Les joueurs auront-ils les armes physiques et psychologiques pour réaffirmer leur force de caractère ? Pas sûr non plus. L’ajout de Kevin Strootman pourrait à ce titre faire du bien. Incombe alors à Rudi Garcia de conserver son groupe impliqué encore cette saison. Une saison qui sera longue et peut être périlleuse. Attention aux sorties de route en cas de mauvaise série…

9 / Les gardiens vieillissants en confiance tu remettras

On en parle peu, mais c’est sans doute l’un des points faibles de l’OM cette saison. Peut être même le plus inquiétant. Après un mercato qui a vu Pelé, courtisé, être prolongé, et Mandanda revenir auréolé d’un titre de champion du monde, les trois premières journées ont mis à jour de grosses lacunes chez les deux portiers. Pour Mandanda, le physique défaille. Quid de son hygiène de vie ? Devait-il respecter son statut de légende et ne pas se pointer mi août avec 5kg de trop ? Les questions peuvent se poser. Toujours est-il que le retour de Mandanda, s’il ne tourne pas au drame, est loin d’avoir stabilisé le poste de gardien. De l’autre côté, Pelé, après une saison 2016-2017 de bonne facture, s’est vu confier le rôle de joker médical de luxe. Avec pas mal de réussite l’an dernier, notamment en Europa League. Mais des boulettes, le grand Yoyo en fait toujours une de temps en temps. Qui n’en fait pas ? Certes. Mais en rapatriant une légende vieillissante et en prolongeant sa doublure pas toujours inspirée, l’OM s’est tiré deux balles dans deux mercatos différents. Et toute la science de Stéphane Cassard n’y pourra rien changer.

10 / La Ligue des Champions au Vélodrome tu ramèneras

Sans doute la tâche la plus complexe… 6 ans. 6 longues années que la petite musique de la Ligue des Champions n’a pas fait rugir le Stade Vélodrome. C’est trop pour un club comme l’OM. Passé proche d’y retourner plusieurs fois, notamment l’an dernier, c’est l’objectif annoncé de la saison. Pour le réussir, l’OM va-t-il devoir sacrifier une compétition ? Le groupe d’Europa League n’est pas injouable, loin de là, mais Marseille devrait perdre des forces sur certains matchs. Et on en revient aux points 4/ et 8/. Qu’importe, tout le monde le sait au club, en cas de nouvelle non-qualification pour la plus prestigieuse des compétitions, le projet dans son ensemble serait fragilisé, tant sportivement que financièrement.

Monsieur Garcia, à vous de jouer.

 

Photo credits : Boris HORVAT / AFP

Je mène un combat vain contre le corporatisme et les magouilles dans le football français

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