[International] Oranje is the new black

Quatre ans sans compétition internationale, une éternité pour une sélection du calibre des Pays-Bas. Quatre années pendant lesquelles la sélection néerlandaise va enchaîner désillusions sur désillusions. Entre une génération qui décline, une autre qui met du temps à exploser et une tendance à faire les mauvais choix du côté de la fédération, les enfants de Cruyff voient le temps défiler. 1520 jours après son dernier match dans un tournoi international, la bande à Kevin Strootman repart pour un cycle avec un statut nouveau, celui de l’équipe dont on n’attend plus rien.

La prison c’est dur mais la sortie c’est pas sûr

En 2018, les Pays-Bas ne figurent plus dans le paysage du football international. Une période trouble qui dure depuis quatre ans. Alors que la sélection néerlandaise sortait d’un titre de vice champion du monde en 2010 puis d’une belle troisième place au mondial brésilien, tout va radicalement changer. Pour la première fois depuis 32 ans, le peuple orange ne va pas se déplacer pour suivre sa sélection. Les Néerlandais ne verront la France que pour les vacances et ne disputeront pas l’Euro 2016. Une grosse claque pour les joueurs de Danny Blind qui vont disputer une phase qualificative médiocre.

Derrière la République Tchèque, l’Islande et la Turquie, les Pays-Bas ne vont remporter que quatre matchs. Islandais et Tchèques l’emporteront à la Johan Cruyff Arena pendant que les coéquipiers d’Arda Turan les corrigeront 3-0 à Konya. Une cruelle désillusion pour le sélectionneur et père de Daley, Danny Blind qui voit son rêve de sélectionneur virer au cauchemar. La campagne pour la coupe du monde 2018 ne sera guère mieux. Les Pays-Bas termineront à la troisième place derrière la France, future championne du monde et la Suède, surprenante quart de finaliste. Deux défaites face à l’EdF et surtout une contre-performance en Bulgarie auront raison de Danny Blind.

L’ancien défenseur de l’Ajax sera licencié après la déconvenue de Sofia. Un match qui laissera des traces auprès des observateurs mais surtout des joueurs. Matthijs de Ligt représente le grand échec du mandat de Blind à la tête des Pays-Bas. Le jeune défenseur de l’Ajax honore sa première cape lors de ce fameux match en Bulgarie. Une grande fierté pour celui qui est considéré comme le futur meilleur défenseur central du monde. Bien que plein de personnalité, le jeune De Ligt réalise le pire match de sa carrière. Noyé par la pression, il offre deux buts à Spas Delev et sera sorti par son sélectionneur à la mi-temps. Pointé du doigt après avoir titulariser un jeune joueur de 17 ans dans un match aussi complexe, Danny Blind ne se relèvera jamais de cet échec et sera viré. Un mandat de deux ans qui n’aura abouti que sur deux échecs.

Mais le problème est ailleurs pour la sélection néerlandaise. Comment s’est-elle retrouvée à titulariser un jeune défenseur de 17 ans, professionnel depuis seulement quelques mois ? Blind défendait son choix en conférence de presse : « les circonstances expliquent sa sélection. Virgil van Dijk et Jeffrey Bruma sont blessés et De Vrij n’est pas sûr de jouer ».  Le problème est ici pour les Pays-Bas, le peu de joueurs de qualités à disponibilité du sélectionneur. Matthijs de Ligt est passé des U19 de l’Ajax à la sélection en seulement six mois sans que personne ne soit interloqué.

La raison est que le pays ne forme plus d’excellents joueurs comme il y a une dizaine d’années. Un creux générationnel inexplicable. Karim Rekik, Wesley Hoedt, Nick Viergever, Bruno Martins Indi étaient les potentiels substituant de la charnière centrale. Lors de ce fameux rassemblement en Bulgarie, seulement deux joueurs sont titulaires dans un club disputant la Ligue des Champions : Kevin Strootman et le vieillissant Arjen Robben. L’ailier du Bayern Munich est en fin de carrière, enchaîner les matchs devient de plus en plus difficile pour lui. Mais aucun joueur ne semble pouvoir lui succéder sur l’aile droite de la sélection. Comme avec Wesley Sneijder, Robin van Persie ou Mark van Bommel, la succession a du mal à se faire, la faute à des jeunes néerlandais tous plus moyens et surcotés les uns que les autres. Mais la donne est au changement depuis quelques mois avec l’intronisation de Ronald Koeman en tant que sélectionneur.

Koeman le sauveur

Dans le marasme néerlandais, l’arrivée de l’ancien entraîneur d’Everton a été perçu comme une superbe nouvelle. Icône d’une génération, technicien d’expérience, vrai travail avec les jeunes, un panel de qualité qui plaît à la KNVB (l’équivalent de la FFF). Malgré une pige chez les Toffees qui a mal finie, l’ancien coach de Southampton conserve une grande cote sur le marche des entraîneurs. Pour son intronisation, il va frapper fort.

Après la retraite internationale d’Arjen Robben, les Pays-Bas cherchent un nouveau capitaine. Alors que ce rôle aurait dû revenir légitimement à Daley Blind, Ronald Koeman va introniser Virgil Van Dijk. Auréolé du statut du défenseur le plus cher de l’histoire, le joueur de Liverpool voit sa carrière prendre un nouveau tournant avec ce rôle. Bien que proche de Koeman (les deux ont travaillé ensemble à Southampton), leur passif n’a pas joué dans la nomination du défenseur Scouser. Son leadership, son expérience et sa régularité font de lui un capitaine légitime. Van Dijk représente beaucoup de choses pour le football néerlandais. Au delà d’être un formidable joueur, il fait parti des rares joueurs à ne pas sortir d’un des trois grands clubs. Bien que le FC Groningen ait formé Arjen Robben et les frères Koeman, en plus d’avoir flairer le bon coup avec Luis Suárez, il n’est rien à côté de l’Ajax Amsterdam, le PSV Eindhoven ou le Feyenoord Rotterdam. Le solide défenseur central va progresser étape par étape, d’abord le Celtic, puis Southampton avant le couronnement en signant à Liverpool.

D’autres joueurs présents dans cette nouvelle sélection ont un parcours similaire. De Marten de Roon (formé au Sparta Rotterdam et maintenant à l’Atlanta), en passant par Bas Dost, Kenny Tete et Stefan de Vrij, tous sont passés par des clubs intermédiaires pour ne pas se griller. Le groupe néerlandais possède des joueurs beaucoup moins connus et célèbres mais a gagné en homogénéité. Loin du groupe de la fin des années 2000. Si Virgil van Dijk et Kevin Strootman font office de stars, d’autres joueurs sont capables d’exploit individuel et sauver la patrie lorsqu’elle en aura besoin. Memphis Depay, Ryan Babel ou Quincy Promes peuvent endosser le costume de sauveur et occasionnellement celui de leader offensifs de la sélection.

La particularité des trois est qu’ils ont connu une grosse médiatisation au début de leurs carrières avant de se casser les dents. Manchester United, Liverpool et Twente ont eu raison d’eux. Bien qu’orgueilleux et pleins de confiance, ils ne vont pas hésiter à reculer pour mieux sauter. L’Olympique Lyonnais, Besiktas et le Spartak  Moscou seront leurs points de chute et vont faire d’eux des joueurs décisifs. Memphis et Babel partagent le front de l’attaque depuis l’intronisation de Koeman. Dans le 3-5-2 modulable de l’ancien technicien d’Everton, l’un est positionné dans un rôle de faux neuf et l’autre dans celui d’avaleur d’espace, les grands gagnants du changement de sélectionneur sont bel et bien eux (déjà). Quincy Promes s’est installé logiquement en tant que doublure du nouveau duo (déjà trois buts pour le trio sur les cinq marqués par les Pays-Bas en 2018). Les revanchards ont pris le pouvoir sur le front de l’attaque.

Le plus gros chantier pour Ronald Koeman est ailleurs. L’intronisation d’un schéma unique est une idée qui plaît bien au groupe qui a adhéré à ce système à trois défenseurs. Reste la question des hommes. Une colonne vertébrale Cillessen, Van Dijk, De Ligt, Strootmann, Memphis, Babel s’est dégagée. Le plus important est de savoir qui les accompagnera. Un petit noyau de jeunes joueurs risquent de postuler très rapidement pour des places de titulaires. Donny Van de Beek, Frenkie de Jong, Justin Kluivert, tous les trois formés à l’Ajax représentent l’avenir de la sélection.

Si les deux premiers défendent encore le maillot Ajacide, le dernier a déjà pris son envol. Direction l’AS Roma pour le fils de Patrick, qui rejoint Rick Karsdorp et Kevin Strootman du coté de Trigoria. Bien qu’extrêmement talentueux et convoité par Manchester United, l’ailier de 19 ans préfère s’aguerrir à Rome plutôt que rejoindre José Mourinho (qui l’a longtemps voulu) à Manchester ou le FC Barcelone (son club de rêve). Le Barça qui espérait mettre le grappin sur Frenkie de Jong cet été jusqu’aux dernières heures du mercato, le milieu relayeur (capable aussi d’évoluer en défense centrale) est la nouvelle attraction du côté d’Amsterdam. Joueur hybride, il est considéré à juste titre comme l’un des meilleurs milieux de terrain formé sur les dernières décennies. L’objectif pour Koeman est d’introniser ces trois joueurs à moyen terme.

Avec l’Euro 2020 en ligne de mire, les Pays-Bas espèrent retrouver une compétition internationale le plus rapidement possible, et cela passera par un premier gros test face à la France.

Crédit photo : Olaf KRAAK / ANP / AFP

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois.»

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