[Portrait] Dries Mertens, trop petit pour jouer dans la cour des grands ?

S’il y a un attaquant qui ne fait pas de bruit mais qui démontre tout l’étendue de ses gammes et de sa classe en Série A, c’est bien lui. Pourtant, quand on pense aux joueurs du Napoli, ce n’est pas forcément le premier qui nous vient à l’esprit. Lorenzo Insigne ou Marek Hamšík reviennent peut-être plus souvent. Du haut de ses 1m69 et ses 61 kg, Dries Mertens n’est pas affuté comme peuvent l’être un Higuaín, un Icardi ou un Džeko. Cependant, il compense par son intelligence de jeu, sa vivacité, sa vitesse et ses appels en profondeurs tranchés qui lui permettent d’être le meilleur buteur belge à l’étranger de l’histoire avec ses 129 buts au compteur. Comment le plus frêle des Diables rouges a-t-il gravi les échelons sur le tard ? Retour sur le parcours d’un joueur qu’on disait trop petit pour parvenir au haut niveau mais qui s’est finalement érigé comme l’un des attaquants européens les plus complets.

L’éclosion d’un diablotin rouge

Lui n’aurait sans doute jamais imaginé devenir le joueur qu’il est aujourd’hui à 31 ans. Encore moins les entraîneurs de ses débuts. Tout commence à l’âge de 9 ans au Stade Louvain, en Belgique, dans le club de sa ville natale. Très vite, il rejoint la capitale, Bruxelles, pour le prestigieux club du RSC Anderlecht. On repère alors facilement la technique et la vista fantastique du garçon mais en raison de son mince gabarit, son ascension est très vite freinée. À 17 ans et pour un joueur prometteur comme lui, on lui ferme les portes de l’équipe première. Dries trouve alors refuge dans un club moins huppé, le KAA La Gantoise, entraîné par Georges Leekens. Encore une fois, c’est avec la réserve qu’il est contraint de faire ses classes, toujours à cause de la même rengaine « trop petit pour le haut niveau ».

Lors de sa première saison chez les pros, il ne dispute aucun match avec l’équipe première car il est prêté à l’Eendracht Alost, en troisième division belge. Il retrouve comme entraîneur le seul qui croit en lui, Etienne de Wispelaere, celui qui l’avait fait venir à Gand, quand il était formateur. « Même la plus petite taille des maillots était trop grande pour lui. Je savais que son père était gymnaste. Pas très grand non plus, mais costaud. Il fallait juste attendre que Dries grandisse un peu », confiera le coach. Le championnat est peu suivi et réputé physique, pourtant la taille du Louvaniste ne l’handicapera pas trop et il s’impose comme un joueur phare. Alost descendra à cause d’un but à la 90e minute de la dernière journée mais Mertens est élu meilleur joueur du club par les supporters grâce à ses 4 buts en 14 matchs.

À son retour, La Gantoise ne veut toujours pas de lui. On ne lui donnera finalement jamais sa chance au plus haut niveau en Belgique. L’explication est à chercher dans la frilosité légendaire des clubs belges en matière de politique de jeunes. Dries aurait dû naître en Catalogne, voire en Argentine. Histoire de se faire repérer par les recruteurs de la Masia comme ses idoles qui se nomment Xavi, Iniesta ou Messi. Des gnomes magiques, à la technique exquise.

En pleine croissance aux Pays-Bas

À 19 ans, dégoûté, il choisit l’exil. Il rejoint les Pays-Bas et le petit club d’AGOVV Apeldoorn, en D2, afin de prendre un nouveau départ. Il y reste trois saisons. Assez pour enlever le prix du plus grand talent de D2, s’épanouir sous la direction de John van den Brom, devenir capitaine et finir par intéresser certains clubs de l’élite néerlandaise. Dries prend donc la direction d’Utrecht en 2009, outsider d’Eredivisie (D1). Sa première saison est étincelante, si bien qu’il est nommé deuxième meilleur joueur du championnat, talonnant Luis Suarez, alors à l’Ajax d’Amsterdam. La saison suivante, il confirme ses bonnes performances en inscrivant 10 buts et termine même deuxième meilleur passeur d’Europe derrière Messi en délivrant 17 assists.

Suffisant pour convaincre le PSV Eindhoven, place historique du foot batave, de poser 7 millions sur la table pour faire venir le Belge. Ironie du sort, son club formateur, qui plus est entraîné par John van der Brom, n’a pas les reins assez solides pour rapatrier son enfant égaré. Il débarque enfin chez un habitué de la scène européenne à 24 ans, un âge où le footballeur moyen approche du pic de sa carrière. Là-bas, il inscrit la bagatelle de 45 buts toutes compétitions confondues en 88 rencontres en seulement deux saisons. Il termine meilleur buteur et meilleur passeur de son club lors de la première saison puis meilleur passeur du championnat la saison d’après.

La Hollande s’avère être le tremplin idéal pour que Mertens démontre toutes ses qualités. Le football néerlandais est plus basé sur la technique et sur les systèmes de jeu, au contraire du football belge, plus axé sur le physique. En l’espace de trois saisons, le hasard des tirages au sort dresse Utrecht puis le PSV sur la route européenne du SSC Napoli. Le « petit lutin magique », comme on l’appelle affectueusement dans le vestiaire, tape alors dans l’œil du club italien.

Le Napoli : un pas de géant

Voilà comment après des années de galères et sept saisons aux Pays-Bas, il atterrit au Napoli, devenant à 26 ans la première recrue de l’ère Rafael Benítez en 2013. Le public du San Paolo découvre un joueur créatif, constamment dans la percussion sur l’aile gauche, qui n’aime rien de plus que de repiquer dans l’axe afin d’armer sur son pied droit. À l’instar de son étiquette de « supersub » chez les Diables rouges, à Naples, Mertens reste la doublure du chouchou local, Lorenzo Insigne.

La chance du Belge sera la venue du technicien Maurizio Sarri sur le banc napolitain et surtout un coup du destin. À l’automne 2016, Arkadiuz Milik, qui commençait à faire oublier Gonzalo Higuaín à la pointe de l’attaque, se déchire les ligaments croisés du genou. L’entraîneur trouve la solution : décaler Drisinho en faux numéro 9. Le déclic intervient au bout de quelques journées, le 18 décembre. Il inscrit un quadruplé lors d’une victoire 5-3 face au Torino. Un buteur de classe mondiale est né ce jour-là. Avec 34 perles enfilées dont 28 en championnat, il finit deuxième meilleur buteur du Calcio derrière le très efficace buteur de l’AS Roma, Edin Džeko. La saison suivante, il marque 18 buts et délivre 6 assists. Ainsi, après avoir franchi le cap de la trentaine, son nom apparaît pour la première fois dans la liste des nommées au ballon d’or.

Prompte à ériger en idole ceux qui la font vibrer, la cité napolitaine n’a pas tardé à oser la comparaison avec l’idole de la ville, Diego Maradona. Entre leurs initiales « DM », leur petite taille et leur efficacité sous le maillot azzurro, le joueur belge et le dieu argentin partagent en effet quelques points communs. Bien sûr, on serait tenté de croire que la symphonie collective des partenopei est tellement parfaite qu’il serait facile pour n’importe quel avant-centre de s’y exprimer. À ce moment-là, il est vrai que le Napoli de Sarri pratiquait certainement le jeu le plus attrayant du Vieux Continent. Mais ce serait faire injure à l’envie et à la fougue qui animent le Belge, ingrédients clés de sa réussite.

Cette saison, l’attaquant est moins utilisé depuis le début de l’ère Carlo Ancelotti mais n’en reste pas moins une arme infaillible. « Ce n’est pas tellement la quantité de minutes qui compte, mais la qualité », a récemment déclaré le coach. Et il faut dire qu’il le lui rend plutôt bien avec ses 8 buts et 3 assists en 15 matchs (TTC).

Mertens a trouvé sa ville d’adoption. Arrivé sur la pointe des pieds avec un statut de réserviste, il s’est transformé en héros de tout un peuple. « Ciro », comme le surnomment les tifosi, ressemble à Naples. À l’image de la chaleureuse mais si violente capitale de la Campanie, l’attaquant sait se montrer à la fois doux par son perpétuel et angélique sourire, comme intraitable par son froid réalisme devant les cages. Un tueur à la joie communicative en somme. Pour parfaire ce destin onirique, il ne lui reste plus qu’à décrocher ce que tout Naples attend depuis plus de trente ans et qui leur a échappé la saison dernière : le Scudetto.

Crédit photo : Franco Romano / NurPhoto

Supporteur des Girondins de Bordeaux, mais j'aime aussi le foot.