[Liga Nos] En pleine crise, Benfica cherche son remède

Si fringant il y a encore deux ans, Benfica a laissé place à une équipe essoufflée et un club à court d’inspiration. Malgré des résultats passables, les Aigles sont embourbés dans une crise inquiétante.

L’histoire est récente. Souvent perçu comme un club au poids historique important en dehors de ses frontières, Benfica a pourtant connu l’une de ses plus belles périodes entre 2013 et 2017. Quatre titres de champion consécutifs, c’est… du jamais vu en plus de 100 ans d’existence chez les Aigles. Néanmoins, cette époque semble lointaine. Cette saison, le premier responsable est tout trouvé : Rui Vitória. L’entraîneur lisboète (48 ans) a récupéré une équipe double championne pour en faire une équipe… double championne à son tour. Des débuts réussis, mais 2018 ne lui sourit pas. Les joueurs ont même failli le lâcher.

Le capitaine quitte le navire

Le premier élément qui frustre les observateurs est l’incapacité générale de Rui Vitória à réinventer le jeu de l’équipe. Ce que propose Benfica tactiquement cette saison se révèle d’une grande faiblesse. Coincée dans un 4-3-3, l’équipe n’a que très rarement évolué vers un autre système ou type d’animation. Et lorsque c’est arrivé, comme à Belenenses où Benfica était mené 2-0, les changements opérés ont donné suite à une absence d’occasion de but lors des 30 dernières minutes. Le fond de jeu terne de Benfica s’est illustré face au FC Porto, où le club de Lisbonne s’est malheureusement imposé 1-0. Oui, malheureusement. Car cette victoire n’a fait que conforter le SLB dans sa médiocrité. Derrière, Benfica a inscrit 2 buts en 4 matches pour 3 défaites et un match nul.

Rui Vitória ne cesse d’avoir mal à la tête depuis plusieurs mois.

Le pire survient lors de la réception de Moreirense. Les titularisations de Jonas (dont on reparlera) et du jeune João Felix (19 ans depuis le 10 novembre) présentaient des motifs d’espoir. D’ailleurs, le second sert le premier pour l’ouverture du score après 2 minutes. Mais, inexplicablement, les Lisboètes vont s’effondrer et se retrouvent menés 3-1 après 36 minutes, avec un espace béant entre Grimaldo et le capitaine Jardel. Ce dernier s’impose comme le symbole de la rupture entre les joueurs et l’entraîneur. A la 77e minute, Jardel craque et lâche un coup de coude sur un adversaire qui se tenait trop proche de lui avant un coup franc. Un geste à froid de la part d’un leader du vestiaire.

Du plomb et de l’or

Le manque de leadership, justement, s’ajoute aux motifs d’inquiétude. Étonnant de maturité, Rúben Dias n’est que l’ombre du phénomène qui émergeait la saison dernière et peine à confirmer son nouveau statut. Le serial buteur Jonas (34 buts en 30 matches de championnat la saison passée) voit ses premiers mois tronqués par des soucis au dos, et Haris Seferovic n’a aucunement les épaules pour reprendre son rôle, en dépit d’efforts encourageants. Seul l’ailier Eduardo Salvio parvient quelque peu à surnager mais reste irrégulier. Quant au maître à jouer de Benfica, Pizzi, il n’a rien d’un leader en dépit de son gros début de saison. C’est également là que ressort l’absence flagrante de charisme chez Rui Vitória, à des années-lumière de la fougue d’un Jorge Jesus. Le coach lisboète n’insuffle plus rien à l’équipe. Lors de la défaite à l’Estadio da Luz contre Moreirense, les supporters ont sorti les mouchoirs blancs synonymes d’adieux. Il apparaît presque miraculeux que Vitória n’ait pas été démis de ses fonctions suite à ce triste 2 novembre.

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Tout n’est pourtant pas à jeter à Benfica. Le déplacement à Tondela, juste avant la trêve internationale, prenait la direction d’une tragédie avec l’ouverture du score des locaux après… 42 secondes. Mais les Rouges et Blancs ont montré, à défaut d’un jeu flamboyant, une pugnacité et une envie de mouiller le maillot, déjà trempé par les trombes de pluie qui s’abattaient. Benfica l’a emporté 3-1, grâce à un deuxième but de Jonas (voir tweet ci-dessous) en deux titularisations. S’il vieillit (34 ans), le Brésilien n’en reste pas moins indispensable en ces temps difficiles. Son retour dans le 11 peut faire basculer la saison du club. D’autant plus que l’équipe peut compter sur un gardien d’exception : le Grec Odisseas Vlachodimos, qui s’inscrit dans la lignée des Oblak et Ederson. Il n’est pas le seul nouveau à s’imposer ainsi : le milieu Gedson Fernandes (19 ans) a démontré un volume de jeu monstrueux, en plus de prendre soin du ballon comme de la prunelle de ses yeux. Des joueurs en or qui contrastent avec Álex Grimaldo notamment, qui a du plomb dans l’aile. Le tranchant latéral gauche espagnol dévoile des largesses défensives qui tirent le SLB vers le bas.

La lumière au bout du tunnel ?

Des manques individuels qui découlent d’une faiblesse mentale à laquelle Rui Vitória ne trouve aucun remède. Il faudra plus qu’une victoire juste correcte à Tondela pour effacer tous les maux. Mais dans cette victoire, on pouvait noter deux éléments de réjouissance. Le premier est l’impact de Jonas sur l’équipe. « Pistolas » a connu ses deux premières titularisations contre Moreirense et Tondela, face à qui il n’a eu besoin que de 2 puis 9 minutes pour marquer. Par-dessus tout, Jonas offre l’opportunité à Rui Vitória de retrouver le 4-4-2 si létal au sein duquel s’épanouissait le Brésilien (aux côtés de Mitroglou notamment). Sur le deuxième but de Benfica dimanche dernier, c’est lui qui fait la différence en servant André Almeida à une touche de balle. Ce but est le deuxième élément de réjouissance : on avait rarement vu une passe-clé comme celle de Jonas depuis le début de la saison, avec cette vitesse et spontanéité qui a caractérisé l’équipe ces dernières années. La capacité de Jonas à assumer ce rôle de neuf et demi créateur ouvre une multitude d’options au coach du SLB.

La situation deBenfica sur la pelouse n’est pas des plus reluisantes. Elle reste moins troublante que dans les bureaux, le club ayant été mis en examen pour corruption l’été dernier. Quoi qu’il en soit, les Aigles ont raté leur début de saison en se retrouvant classés 4eme, à 4 points d’un Porto qu’ils ont pourtant battu, et en ayant déjà vu son destin lui glisser entre les mains en Ligue des champions. Mais ils ont quitté leurs supporters sur une bonne note avant la trêve internationale. L’heure est venue de réécrire la partition.

Crédit photo : PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

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