[Serie A] Petit à petit, l’Inter Milan fait son nid

L’Inter Milan a connu une sombre période consécutive à son historique triplé en 2010. Mais les Nerazzuri sont sur la voie de la renaissance, avec un club et une équipe qui (re)prend forme. Lentement, mais sûrement.

Qu’elle est loin, la glorieuse épopée intériste en Ligue des champions. Cette époque où José Mourinho menait ses hommes au sacre ultime et où il se réjouissait de «ne pas avoir garé le bus, mais avoir garé l’avion» devant les buts. Huit ans après, l’Inter a retrouvé la Champions League… qu’il n’avait plus vue depuis le mythique but de Brandão avec Marseille en 2012, éliminant les Italiens dès les huitièmes de finale. Cette saison, l’Inter n’a pas survécu à un tirage difficile (Barcelone, Tottenham, PSV Eindhoven). La déception d’être reversée en Ligue Europa est réelle. Cependant, elle ne doit pas prendre le pas sur un projet ambitieux qui semble sur les bons rails. Décryptage.

Miranda ou de Vrij ? La défense se cherche

La 9e place en Serie A en 2013 semble bien loin. Le renouveau est acté : Luciano Spalletti, qui vit actuellement sa deuxième saison aux commandes de l’équipe, commence à sérieusement poser ses pions après que le recrutement soit monté en gamme l’été dernier. Il y a d’abord l’attraction principale du mercato estival : la venue de Radja Nainggolan en provenance de l’AS Roma pour près de 35 millions d’euros. Oui mais voilà, certains supporters se demandent déjà si on peut parler de flop.

L’arrivée de Radja Nainggolan n’a pas encore l’effet escompté au sein de l’Inter Milan. Crédit : Twitter @Inter

Handicapé par les blessures, l’ancien international belge ne parvient pas à impacter l’équipe sur la durée et justifier le prix de son transfert. La signature du Ninja paraissait judicieuse à un poste de n°10 que l’Inter devait renforcer, sauf que ses absences soulignent le manque de profondeur de l’effectif car elles poussent João Mario à un poste de titulaire. Le Portugais affirmait pourtant, au terme d’un prêt à West Ham la saison passée, qu’il n’avait aucune envie de retourner à Milan… La profondeur d’effectif, voilà un problème que les Nerazzuri devront s’atteler à résoudre à l’avenir.

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Une autre arrivée qui a obnubilé l’Italie est celle de Stefan de Vrij, libre de tout contrat après quatre ans chez la Lazio. Si on peut critiquer le manque d’épaisseur du banc sur certains postes à l’Inter, on ne peut pas le faire concernant celui de défenseur central. Ou… peut-on ? En effet, de Vrij et Miranda n’ont de cesse d’alterner aux côtés de Milan Škriniar, indiscutable au sein de la charnière. On est en droit de s’interroger sur le choix de Spalletti de ne pas installer définitivement l’un des deux, ou même d’aligner les trois simultanément (arrivé une seule fois contre Tottenham avec Škriniar latéral droit, victoire 2-1). Au final, la base défensive de l’Inter manque cruellement de repères et peine à garder ses cages inviolées en dépit de l’excellent Samir Handanovic (7 clean sheets en 21 matches, 0 en Ligue des champions). Le progrès existe dans le recrutement, mais il ne se traduit pas (encore) sur le terrain.

Brozovic rassure, Icardi inquiète

S’il y a un joueur qui a, en revanche, franchi un cap sur la pelouse cette saison, c’est Marcelo Brozovic. Le Croate, généralement cantonné au poste de n°10 en 2017-2018, a été repositionné devant la défense, dans un rôle de meneur de jeu en retrait qui lui permet d’exprimer toute sa vista et sa qualité technique. Brozovic est la plaque tournante de l’entrejeu, se rendant constamment disponible pour ses coéquipiers et permettant de fluidifier le jeu des Nerazzuri. Il fait oublier l’insipide Roberto Gagliardini de l’an dernier et trouve en Vecino un partenaire idéal. Malgré tout, ce secteur reste à améliorer pour l’Inter Milan, qui ressort le vieillissant Borja Valero (34 ans en janvier) afin de suppléer les milieux.

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Enfin, le secteur offensif comporte un gros point d’interrogation, et il s’appelle Mauro Icardi. Le capitaine de l’Inter, meilleur buteur de Serie A la saison passée (29 réalisations), poursuit sur les mêmes bases depuis août. Mais l’Argentin s’inscrira-t-il dans la durée chez les Bleus et Noirs ? Au début du mois, le Corriere dello Sport révélait que les deux parties peinaient à trouver un accord dans l’optique d’une prolongation du contrat, celui d’Icardi expirant en juin 2021. On sait que l’avant-centre est grandement pisté par le Real Madrid, ce qui propulse la question de savoir s’il ne va pas devenir trop grand pour l’Inter.

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Est-ce qu’un attaquant comme lui, dans la force de l’âge (25 ans), peut se satisfaire de jouer les seconds rôles en championnat et de jouer à peine le rôle d’outsider en Ligue des champions ? L’Inter doit grandir plus vite qu’Icardi, ou bien il s’exposera à un départ qui mettrait l’ensemble du projet en péril, tant l’Argentin s’avère indispensable depuis deux ans. En attendant de voir si le pari Lautaro Martinez paye, l’Inter a saisi des opportunités judicieuses avec Matteo Politano et Keita Baldé, tout en conservant Ivan Perisic. Tout n’est pas totalement rôdé, mais le club aux 18 Scuddetti avance.

Néanmoins, il serait bon pour Luciano Spalletti d’accélérer le pas. Relégué à 6 points de Naples et à 14 points de la Juventus, l’Inter Milan se traîne en championnat. Les traces de l’élimination en Ligue des champions pourront être effacées par un bon parcours (voire un titre) en Ligue Europa, bien que les dirigeants et le jeune président Steven Zhang aient du mal à digérer la déception de la C1, selon la Gazzetta dello Sport. Le mercato estival s’était révélé excitant chez les Intéristes, avec de grosses dépenses et la conservation de joueurs-clés. Malgré tout, sans des résultats qui suivent, il sera compliqué de poursuivre le projet.

L’Inter progresse et Spalletti aussi, mais la patience des dirigeants et des supporters finira par atteindre sa limite si on ne passe pas à la vitesse supérieure. La vitrine à trophées, qui prend la poussière depuis la Coupe d’Italie en 2011, possède un besoin urgent de se remplir, ou au moins d’avoir un os à ronger (une vraie lutte pour le titre ou un gros parcours sur la scène européenne). Jusqu’ici, tout va bien…

Crédit photo : Marco BERTORELLO / AFP

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