Fulham, l’ambitieux projet du maintien

Club historique du football anglais, le Fulham FC a retrouvé la Premier League cette année après quatre ans de purgatoire. Le vétéran des clubs londoniens, propriété du businessman américain Shahid Khan, est ambitieux et s’en donne les moyens, avec 109 millions d’euros investis sur le marché des transferts cet été. Mais à la mi-saison, Fulham est relégable, avec la pire défense du championnat.

L’animation de la fin du mercato anglais

La dernière journée du mercato anglais est toujours animée, la plupart du temps par les clubs du Big 6. Mais cette année, pas de Manchester City, Liverpool ou Chelsea pour flirter avec la deadline, mais plutôt Fulham, l’un des tout juste promus. Le club londonien n’a pas hésité à investir avec pas moins de cinq recrues (Timothy Fosu-Mensah, Luciano Vietto, Sergio RicoJoe Bryan et André-Franck Zambo Aguissa). Ce dernier, acheté pour 33 millions d’euros, est devenu le transfert record du club. Au total, douze recrues ont rejoint les Cottagers cet été, pour un total de 109 millions d’euros, avec l’objectif d’accrocher le maintien en Premier League

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Parmi ces arrivées, des grands noms ont débarqué sur le club historique des bords de la Tamise, le plus vieux de Londres. André Schurrle, ex-enfant prodige du football allemand, ou Jean-Michael Seri, longtemps convoité par le Barça, Chelsea ou la Roma, sont les principaux symboles de cette ambitieuse révolution, pourtant très critiquée. « Nous n’investissons pas de l’argent pour le plaisir, tout est réfléchi », explique le fils du propriétaire, Tony Khan. Fulham avait-il besoin de toutes ces recrues pour sa mission maintien ? A priori, tout a été étudié. En 2015, une cellule de recrutement très particulière a été lancée, inspirée par les méthodes de travail des Jaguars de Jacksonville, une franchise de football américain achetée par le père Shahid.

Malgré les doutes du coach de l’époque, Slaviša Jokanovic, Tony Khan a ainsi créé un complément aux méthodes traditionnelles de scouting, avec des analyses statistiques très poussées. Après consultation avec le coach, les recruteurs utilisent quasiment exclusivement un logiciel, basé sur un algorithme incluant performances, âge, nombre d’années de contrat restant et autres informations des joueurs ciblés. Un scout anglais comparait les méthodes des Cottagers au sabermetric popularisé par Billy Beane dans le baseball et illustré dans le film Moneyball en 2011. Le Français Aboubakar Kamara – surnommé « AK-47 » par son président, 47 pour le numéro de son maillot – en est le meilleur exemple. Fulham l’a recruté 6 millions d’euros à l’été 2017 alors qu’il jouait en Ligue 2. Malgré une réputation moindre et un accueil mitigé des fans, l’ancien Amiénois a joué 48 matchs avec les Cottagers pour 11 buts.

Ryan Sessegnon, symbole de la formation des Cottagers

Cette manière de recruter s’inscrit dans le projet de développement de Shahid Khan, propriétaire plein d’ambitions. Le milliardaire, parmi les 200 plus grandes fortunes mondiales selon Forbes, a également mis l’accent sur la formation, donnant plus de pouvoir à l’ancien directeur de l’academy de Southampton, Huw Jennings, qui a révélé Gareth Bale, Theo Walcott et Adam Lallana. Et les efforts portent leurs fruits, avec la pépite Ryan Sessegnon, 18 ans et déjà 100 matchs sous les couleurs de Fulham. Très impliqué dans le club, ne manquant jamais de louer le soutien des fans, Khan veut également rénover l’historique Craven Cottage, qui s’est remis à vibrer grâce au coach Slaviša Jokanović.

L’ancien international yougoslave a ramené les Cottagers en Premier League avec un jeu ambitieux, offensif et physique. « Avec les joueurs que j’ai, j’ai décidé de jouer de cette manière, expliquait-il au Independant en mars 2018. Nous sommes plus en sécurité avec le ballon que sans le ballon. Nous croyons que nous pouvons dominer notre adversaire avec le ballon. » Le chemin a pourtant été long. Fulham est passé tout près de la correctionnelle, à deux places de la relégation en troisième division en mai 2016, au bout des six premiers mois de Jokanovic. Après un premier échec en play-offs en 2017 contre Reading, les Cottagers ont finalement obtenu leur ticket pour la Premier League en mai dernier, après une incroyable seconde partie de saison (59 points sur 67possibles et invaincu pendant 22 journées) et une série de play-offs remportée au couteau, conclue sur une victoire 1-0 à Wembley contre Aston Villa.

Deuxième meilleure attaque de Championship, Fulham a brillé grâce à l’arrivée en janvier d’Aleksandar Mitrovic (12 buts en 17 matchs) et à Ryan Sessegnon, 15 buts en championnat et convoité par les plus grands clubs anglais. La montée en Premier League a permis aux Cottagers de conserver encore un peu leur perle rare. Le constat est le même pour Jokanovic, convoité cet été par Chelsea pour remplace Antonio Conte, mais qui a finalement continué l’aventure avec Fulham, plus déterminé que jamais.  « La Premier League est très dure, racontait-il à Marca cet été, et nous devons changer quelques petites choses, mais nous n’allons pas bouleverser notre style de jeu. Nous ne venons pas juste pour dégager des longs ballons ou garer le bus, ce ne serait pas une bonne idée. » Craven Cottage était donc en début de saison une place à suivre. Mais tout n’a pas été aussi rose qu’espéré.

Jokanovic à Ranieri, de l’attaque à la défense

Relégable depuis fin octobre, Fulham a dû se séparer du coach Slaviša Jokanović le 14 novembre. Le projet de jeu ambitieux de l’entraîneur serbe n’a pas pris ; les Cottagers n’avaient gagné qu’un seul match en douze rencontres, et avec seulement cinq points au compteur, Fulham pointait à la dernière place du championnat. Pour le remplacer, Arsène Wenger aurait été contacté, mais c’est finalement Claudio Ranieri qui a obtenu la périlleuse mission. La philosophie du coach italien est bien différente de celle de son prédécesseur, et l’homme qui avait mené Leicester au titre en 2016 a directement annoncé la couleur : «C’est important de changer quelque chose, Fulham concède trop de buts. Je suis un entraîneur italien, et pour nous, c’est important de ne pas prendre de buts. Quand j’ai repris Parme (en 2007, n.d.l.r), nous étions dans la même situation et nous avons réussi à nous sauver. »

Avec 31 buts concédés en 12 matchs (et seulement deux rencontres à moins de deux buts concédés), le chantier était de taille pour Ranieri. L’ancien coach de Nantes et de Monaco a fait des tests. Il a par exemple promis « d’emmener ses joueurs à McDonald » s’ils parviennaient à ne pas prendre de but pour le premier match de l’Italien, contre Southampton. Ce fut un échec, mais les Cottagers se sont malgré tout imposés 3-2, sur un doublé de l’indispensable Aleksandar Mitrovic (8 buts en 20 matchs). Claudio Ranieri a mis du temps à trouver la bonne tactique, mais les résultats de cette fin d’année semblent donner raison à sa défense à cinq, avec une charnière Ream-Odoi-Mawson, et l’ancien Gunner Calum Chambers repositionné en 6. En effet, cette semaine, Fulham a pris cinq points sur neuf et a quitté la place de lanterne rouge du championnat. Ce samedi, les Cottagers ont même acquis un succès crucial dans la course au maintien à domicile, contre un autre relégable, Huddersfield (1-0), grâce à l’inévitable Mitrovic. Si la série en cours est satisfaisante, Shahid Khan a déjà promis des renforts au mercato, notamment en défense, pour entretenir l’espoir du maintien.

RAIG DOYLE / Pro Sports Images Ltd / DPPI