Cardiff, la vie sans Sala

Difficile d’imaginer ce qu’ont pu ressentir les supporters de Cardiff à l’annonce de la disparition d’Emiliano Sala au-dessus de la Manche, le 21 janvier dernier. Tout juste recruté, le buteur argentin n’aura jamais joué sous les couleurs des Bluebirds et laisse un étrange vide autour de l’équipe galloise.

Ce samedi, le Cardiff City Stadium s’est tu. Plus un son pendant une minute. Quelques larmes silencieuses coulent dans les yeux des supporters. Seules les mouettes jappent au-dessus du stade. Pour le premier match à domicile des Gallois depuis le tragique accident, trente mille supporters se sont recueillis pour la mémoire de Dave Ibbotson et d’Emiliano Sala. Tous étaient meurtris par la disparition de cet homme qu’ils ne connaissaient guère. Et pourtant, ils l’aimaient déjà. Au pied de la statue de la légende locale Fred Keenor, les supporters ont déposé fleurs, bougies et écharpes en l’honneur de « leur » Emiliano Sala. L’attaquant argentin aurait dû jouer, ce samedi, contre Bournemouth. Peut-être aurait-il déjà ouvert son compteur buts avec les Bluebirds.

Mais voilà, Sala n’est pas là, et c’est toute une ville meurtrie qui s’est réunie ce samedi, pour se réconforter. Le visage du disparu figurait sur le programme de match et sur tous les maillots d’entraînement des joueurs des Bluebirds. Le nom de Sala s’est écrit dans les tribunes, grâce aux neuf mille feuilles blanches installées dans le stade. Chaque supporter avait sa jonquille, emblème de Nantes comme du Pays de Galles. Après une minute de silence émouvante pendant laquelle le coach de Cardiff Neil Warnock n’a pu retenir ses larmes, les hommages n’étaient pas finis. Le stade n’a cessé de chanter à la gloire d’Emiliano. Lorsque Bobby Reid a ouvert le score sur penalty, le buteur s’est rué vers les tribunes. Il a brandi un tee-shirt floqué au visage de celui qui aurait dû être son coéquipier. « Emiliano aurait été fier de nous », résumait un Neil Warnock touché.

Nantes et Cardiff unis dans la douleur

Trois supporters nantais ont assisté à ces hommages et à la victoire finale du club de leur ancien protégé (2-0) contre Bournemouth. « C’est dingue, on a pris contact ce matin avec les supporters gallois et nous voilà, expliquait Vincent à Ouest-France. C’était important pour nous d’être là. » Quelques jours plus tôt, pour Nantes – Saint-Etienne, des supporters de Cardiff avaient déployé à la Beaujoire une émouvante bannière : « On ne t’a jamais vu jouer, on ne t’a jamais vu marquer, mais Emiliano notre beau Bluebird, on t’aimera pour toujours. » Dans la tristesse, Nantais et Cardiffois se serrent les coudes. Et cette nouvelle amitié, forcée par le destin, pourrait perdurer. Les supporters rêvent d’un match amical entre les deux équipes et pourraient traverser la Manche pour découvrir la Beaujoire ou le Cardiff City Stadium.

La tragique disparition d’Emiliano Sala restera le moment le plus fort de la saison des Nantais comme des Gallois. Pourtant, les deux clubs doivent rester concentrés sur leur objectif commun : le maintien. Côté gallois, Emiliano Sala devait être l’homme providentiel pour aider un club en mauvaise posture en championnat – Cardiff étant actuellement relégable. L’attaquant argentin était devenu le transfert record des Bluebirds, pour plus de 17 millions d’euros. Preuve de l’importance qu’il devait prendre au Pays de Galles, Neil Warnock avait fait le déplacement en France pour convaincre Sala de rejoindre son équipe. Sa disparition a été un véritable coup de massue pour le coach anglais. « Vous vous demandez 24 heures sur 24 s’il faut continuer ou non », confiait-il en conférence de presse, il y a quelques jours. « C’est impossible de dormir. Je suis dans le football depuis 40 ans et cela a été de loin la semaine la plus difficile de ma carrière, et de très loin. (…) Je n’arrive pas à me faire à la situation. »

Sala laisse un vide

Les joueurs aussi ont été marqués. Un psychologue a ainsi été engagé par le club pour soulager ceux qui devaient vider leur sac. « Je devais le faire, expliquait Warnock. Qui va motiver celui qui doit motiver les joueurs ? Ça va quand je suis en public ou avec les joueurs, mais c’est quand je suis seul ou à la maison que j’y pense. » L’émotion est telle, que selon le coach des Bluebirds, des attaquants ont refusé de signer après la disparition de Sala. « Un ou deux des buteurs avec lesquels nous étions en discussions n’avaient pas vraiment envie de venir dans ces circonstances. Ils ne voulaient pas venir après ce qu’il s’est produit. C’était donc un moment très difficile. » Le drame a choqué et endeuillé la communauté football du monde entier, les plus grandes stars planétaires ayant publié une pensée pour l’Argentin. Mais forcément, pour Cardiff, le coup est encore plus rude. Sala portait les espoirs du maintien. Sans leur nouvelle star, Cardiff pourrait vivre une fin de saison compliquée…

Mais là n’est pas le plus important. Les recherches pour retrouver Emiliano Sala et son pilote Dave Ibbotson continuent. L’avion des deux hommes a été retrouvé dimanche matin au fond de la Manche. Sans corps dans la carcasse, les familles Sala et Ibbotson s’accrochent encore à un espoir presque fou. Cardiff aussi a espéré. La page sera longue à tourner pour les Bluebirds. Car pour toujours, les supporters gallois se remémoreront de ce joueur qui n’a jamais joué et marqué pour eux, mais qui restera comme leur « magnifique oiseau bleu ». « Sing a song for Sala, we will never let you go. You will always be At City with me… »

Crédits photos :Geoff CADDICK / AFP