Prêté par Chelsea, l’attaquant espagnol est de retour à Madrid, sa ville natale. Mais cette fois, c’est pour porter les couleurs de l’Atlético ! Après une aventure londonienne difficile, il parie sur un retour aux sources pour repartir de l’avant. Un véritable défi : Alvaro Morata n’arrive pas en terrain conquis, loin de là.

Jeudi 28 janvier, dans l’après-midi. L’auditorium du Wanda Metropolitano, antre de l’Atlético de Madrid, est plongé dans le noir. Dans la salle, journalistes et photographes sont venus en nombre. Seuls les écrans de leurs appareils viennent briser l’obscurité ambiante. Puis, une silhouette juvénile est projetée sur le devant de la scène. L’enfant a les cheveux brun mi-longs, les traits du visage fins et surtout un maillot Rojiblanco sur le dos. Les flashs se mettent alors à crépiter : sous la projection, Alvaro Morata fait son apparition. L’attaquant espagnol de 26 ans est de retour dans le club qui l’a vu chausser ses premiers crampons. Quelques minutes plus tard, il pose, large sourire aux lèvres aux côtés d’Enrique Cerezo, président du club, et d’Andrea Berta, directeur sportif. « Je suis super heureux et super fier. Cela veut dire beaucoup pour moi d’être ici » déclare-t-il.

Cauchemar londonien

L’attaquant espagnol quitte donc Chelsea et rejoint l’Atlético de Madrid pour une durée de 18 mois. L’opération a pris la forme d’un prêt assorti d’une option d’achat fixée autour de 50 millions d’euros. Un retour aux sources pour mieux se relancer et redevenir le joueur qui contribuait il y a quelques années aux succès du Real Madrid et de la Juventus de Turin. Son transfert chez les Colchoneros semble déjà lui avoir redonné le sourire. Il faut dire que le rêve de succès sur les pelouses anglaises a fini par tourner au cauchemar. Acheté 66 millions d’euros en 2017, le buteur ne s’est jamais réellement acclimaté à la vie londonienne. Lui-même faisait part de ses difficultés d’adaptions lors de son arrivée en Angleterre à l’occasion d’une interview donnée au quotidien espagnol El Correo en novembre dernier : « J’avais des problèmes avec moi-même, avec tout le monde : arbitre, rivaux, supporters ». Le joueur avouait avoir consulté un psychologue. Une démarche loin d’être évidente, même pour un footballeur professionnel.

Maurizio Sarri n’a d’ailleurs pas manqué de signaler les difficultés psychologiques de son attaquant. Après la victoire des Blues 3-1 face à Cardiff, le technicien italien indiquait en conférence de presse que Morata était « encore un peu fragile mentalement ». L’espagnol avait pourtant marqué un doublé ce jour-là. Sur le plan sportif, Alvaro Morata n’a jamais convaincu du côté de Stamford Bridge. Souvent embêté par des pépins physiques, il n’a pas su retrouver la confiance qui lui avait permis d’inscrire 18 buts en 35 matchs avec le Real Madrid lors de la saison 2016-2017. Cette année-là, la Casa Blanca était couronnée championne d’Espagne et d’Europe. À Chelsea, les statistiques du joueur demeurent faiblardes. Le madrilène de naissance n’a pas à rougir de ses 24 buts en 72 matchs sous le maillot des Blues, mais depuis l’arrivée de Maurizio Sarri, l’espagnol n’a marqué qu’à cinq reprises en Premier League.

Accueil mitigé

Loin de se rendre indispensable à l’animation offensive de son équipe, Alvaro Morata n’a débuté que onze rencontres en tant que titulaire cette saison. Aux yeux de son coach, il est même passé troisième dans la hiérarchie des attaquants derrière Eden Hazard et Olivier Giroud. En témoigne les choix du technicien italien lors de la très belle victoire de son équipe face à Manchester City le 8 décembre. La star belge était alors alignée en pointe et Olivier Giroud débutait sur le banc. L’attaquant espagnol n’était même pas inscrit sur la feuille de match. Après la rencontre, Maurizio Sarri justifiait ses choix en conférence presse : « Nous avons joué avec Hazard comme attaquant et donc si nous devions changer quelque chose, il y avait Giroud. Je pense qu’il était inutile d’avoir deux attaquants sur le banc. » Un désaveu terrible pour l’espagnol.

De retour à la maison pour se relancer, Alvaro Morata ne cesse de clamer son éternel attachement au club. En 2004, le jeune Alvaro a 12 ans quand il intègre « l’Atleti ». « J’étais ramasseur de balles pendant les matchs de l’Atlético. Et quand je ne ramassais pas les ballons, j’étais dans les gradins. Je rêvais d’être sur le terrain » se remémore-t-il lors de sa présentation. Pourtant, l’attaquant espagnol n’arrive pas en terrain conquis du côté du Wanda Metropolitano, loin de là. Certains supporters n’ont pas oublié son passage au Real Madrid, voisin honni qu’il rejoint à l’âge de 16 ans, et encore moins ses déclarations d’amour régulières à l’intention de la Casa Blanca. Aussitôt arrivé, aussitôt critiqué : l’attaquant de 26 ans en a pris pour son grade lors de la victoire de son équipe face à Getafe le week-end dernier. Des « Moins de Morata et plus de Borja Garces », entonnés par la Frente Atlético descendaient des tribunes. Le groupe de supporters fait alors référence à un jeune attaquant formé au club et dont le temps de jeu ne va pas s’améliorer avec l’arrivée de l’ancien joueur du Real.

Seconde chance et échec interdit

Pas facile donc de rebondir dans un climat plus hostile qu’il n’y parait. Alvaro Morata lui, ne souhaite pas s’attarder sur ses détracteurs et a tenu à mettre les choses au clair dès le départ : « Je crois qu’aujourd’hui, je n’ai pas à m’expliquer sur mes sentiments. Si je suis ici, c’est parce que j’ai voulu être ici. J’avais donné ma parole que dès que cela pourrait se faire, je viendrais ici. Je n’ai pas à parler avec des mots, je dois parler sur le terrain, c’est le plus important » a-t-il déclaré lors de sa présentation. S’imposer sur le terrain n’aura pourtant rien d’un jeu d’enfant. Alvaro Morata n’a jamais affiché de statistiques mirobolantes et n’a que rarement su se rendre indispensable à son équipe. Malgré un palmarès des plus prestigieux (deux Ligues des Champions entre autres, excusez du peu), il peine à s’imposer comme une référence au niveau mondial. L’attaquant espagnol a encore tout à prouver en termes de régularité au plus haut niveau et ses récentes performances n’incitent pas à l’optimisme. Conquérir le terrain du Wanda Metropolitano et le cœur des aficionados par la même occasion représente une sacrée marche à franchir.

Au moins, le joueur peut compter sur le soutien indéfectible de son nouveau coach Diego Simeone. Le technicien argentin déclarait qu’« il faut toujours respecter l’opinion des gens, chacun peut penser ce qu’il souhaite. Moi, je cherche des joueurs qui puissent apporter au club et l’équipe ». Alvaro Morata a en tout cas une jolie carte à jouer au sein du onze Colchoneros. Derrière Antoine Griezmann et ses dix buts en Liga, les buteurs ne sont pas légions. Alors que Kalinic galère (seulement deux buts en douze matchs de Liga) et que Diego Costa revient lentement de blessure, il y a clairement une place à prendre sur le front de l’attaque aux côtés du français. L’ancien joueur de Chelsea serait bien inspiré de profiter de cette concurrence mollassonne. Il pourrait même faire sa première apparition sous le maillot Rojiblanco contre… le Réal Madrid le 9 février. Rien de tel qu’un petit but face au rival pour prouver une bonne fois pour toute son amour pour le club.

Crédits photos : Oscar Barroso / Spain DPPI / DPPI