En mauvaise posture avant d’accueillir Tottenham en huitième de finale retour de Ligue des Champions, le Borussia Dortmund s’est fait rejoindre par le Bayern Munich en tête de la Bundesliga. Si séduisants il y a quelques mois, les Borussen pourraient bien se retrouver bredouilles à la fin de la saison.

Un exploit ou rien. Le Borussia Dortmund reçoit le FC Tottenham à 21h00 ce soir en huitième de finale retour de Ligue des Champions. Sèchement battu 3-0 à Wembley il y a quelques semaines, le club de la Ruhr pourra, sans aucun doute, compter sur une ambiance de feu au Westfalenstadion. Reste que les hommes de Lucien Favre sont bien mal embarqués et qu’atteindre le prochain palier relève du miracle ou presque. Pire, les difficultés ne se font pas sentir qu’au niveau européen. Depuis début février, le Borussia n’avance plus en Bundesliga, au point d’avoir vu le Bayern Munich recoller en tête du classement le week-end dernier. Rajoutez à cela une élimination précoce en Coupe d’Allemagne le 5 février face au Werder Brême et une ombre commence à planer au-dessus de Dortmund : et si ce fringuant Borussia perdait tout cette saison ?

Départ canon

Chez les observateurs, l’heure est plus aux doutes qu’à l’optimisme. L’équipe traverse sa période la plus difficile de la saison. Une petite crise de résultats aux conséquences potentiellement lourdes quand il s’agira de faire les comptes en mai prochain. La plus grosse inquiétude concerne le championnat. Depuis février, les Jaune et Noir font du surplace. Ils ont enchainé trois matchs nuls consécutifs en quinze jours face à Francfort, Hoffenheim et Nuremberg. Le week-end dernier, le club de la Ruhr s’est incliné pour la première fois en Bundesliga depuis janvier, 2-1 sur la pelouse du FC Augsburg, modeste 15ème du championnat.

De septembre à décembre, le Borussia donnait pourtant la leçon partout où il passait. En témoignent quelques résultats flatteurs comme le 7-0 passé à Nuremberg en septembre, le 4-0 infligé à l’Atletico Madrid en octobre, ou encore la belle victoire 3-2 à domicile face au Bayern Munich deux semaines plus tard.

Au-delà des victoires de prestige, c’est bien la manière qui retenait l’attention. Arrivé l’été dernier, Lucien Favre n’aura pas mis longtemps à imposer sa patte sur l’effectif. Basé sur une logique de possession, un jeu en mouvement et une exploitation maximale des ailes, son 4-2-3-1 rend l’équipe particulièrement spectaculaire à regarder. Un beau jeu diaboliquement efficace puisqu’en décembre le Borussia termine champion d’automne avec 9 points d’avance sur le Bayern, et premier de son groupe en Ligue des Champions. Vous avez dit sensation ?

Le réveil de l’ogre bavarois

Si impressionnante jusqu’à la trêve hivernale, la machine a du mal à repartir en ce début d’année. Le départ canon du club a fait naitre de beaux espoirs chez les supporters du Borussia. Des espoirs d’autant plus vifs que le Bayern Munich galérait au moment où Marco Reus et consorts crevaient l’écran. Assez pour penser sérieusement à un titre de champion d’Allemagne, même si l’entraineur suisse réfutait cette idée. En décembre, l’helvète déclarait : « Le titre de champion ? Je ne veux pas en parler ».  Aujourd’hui, les espérances subsistent mais laissent une place grandissante aux doutes.

Car derrière, l’ogre bavarois s’est bel et bien réveillé. Pendant que Dortmund cale avec une seule victoire en championnat sur les cinq derniers matchs, le rival bavarois en a remporté quatre. Résultat, les Borussen prennent 5 points quand le Bayern en engrange 12 sur la même période. Pas vraiment mieux sur le terrain, les hommes de Niko Kovac sont parvenus à revenir à hauteur du leader avec 54 unités au compteur. Tels de vieux briscards, les bavarois remportent leurs rencontres à l’expérience. Plus que le jeu, c’est bien leur mental à tout épreuve et cette habitude de jouer la course au titre qui font la différence au creux de l’hiver allemand. Début février, Markus Babbel ancien joueur du club affirmait que « le Bayern ne rattrapera pas Dortmund ». Manuel Neuer et ses coéquipiers peuvent encore le faire mentir… au grand dam du Borussia.

Le péril jeune

Ce coup de mou s’explique. Le Borussia ne bénéficie pas d’un effectif pléthorique. Un pic de forme a certainement été atteint cet automne. À l’image d’un incroyable Paco Alcacer, même les remplaçants épataient la galerie et la machine rhénane tournait à plein régime. Incarnation de cette mauvaise passe, le buteur espagnol, auteur de treize buts en trois mois, n’a pas trouvé le chemin des filets en championnat en 2019. L’absence du capitaine Marco Reus a elle aussi pesé sur les résultats du club. Véritable maitre à jouer, l’international allemand réalise une saison de classe mondiale. Même ses treize buts et neuf passes décisives ne suffisent pas à rendre compte du travail titanesque que réalise le natif de la ville. Blessé à la cuisse il y trois semaines, il a fait son retour face à Augsburg . Sûrement la meilleure raison de croire à un titre pour les supporters.

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Plus difficile à évaluer mais tout de même palpable, la dernière limite de ce Borussia est peut-être à trouver du côté du mental. N’oublions pas que cette équipe est encore jeune, la moyenne d’âge atteint à peine 25 ans. Contrairement à leurs homologues bavarois, les hommes de Lucien Favre n’ont pas tous l’habitude de jouer le titre. La pression mise sur le leader traqué par ses poursuivants a sans doute pesé sur les épaules des jeunes joueurs du Borussia. Le match contre Augsburg en est la parfaite illustration. Pas vraiment en danger, l’équipe a craqué sur deux fautes individuelles de leurs défenseurs latéraux, Dan-Axel Zagadou (19 ans) et Hachraf Hakimi (20 ans). Manque de rigueur ou pression trop forte ? Toujours est-il que ces erreurs de jeunesse coûtent cher.

Une fin de saison frustrante ?

En attendant, l’avance de 9 points dont bénéficiait Dortmund il y a quelques mois a fondu comme neige au soleil. Aujourd’hui, le Borussia pourrait bien être à l’aube d’une saison (très) frustrante. Quasi éliminée de la coupe aux grandes oreilles, l’équipe de Lucien Favre n’a jamais fait partie des favoris. Elle avait tout de même une bonne gueule d’outsider. Entre nous, on l’aurait bien vu scalper une grosse équipe. Surtout, les Borussen risquent de voir le rival bavarois leur passer devant en Bundesliga, et ce au pire moment. Privé de titre de champion d’Allemagne depuis 2012, se faire doubler par le Bayern après un début de saison aussi fantastique serait terrible. Nul doute qu’une telle déconvenue resterait en travers de la gorge des supporters. Le Klassiker prévu le 6 avril sur la pelouse de l’Allianz Arena s’annonce déjà décisif.

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