L’histoire de Schalke 04 est loin de celle d’un long fleuve tranquille. Comme une éternelle malédiction qui plane et qui parfois fait un retour fracassant après un temps qui laissait à penser que tout allait enfin changer. Et pourtant, le voile a une nouvelle fois été levé pour laisser place au désarrois, à la déception plutôt qu’au bonheur. Parce que justement, le bonheur, c’est quelque chose que les amoureux du club n’ont que trop peu connu. Ou alors simplement par intermittence. 

Prendre de la hauteur pour s’éloigner de l’habituel brouillard

L’an dernier, sous l’aile de Domenico Tedesco, les Königsblauen ont touché ce qui représentait pour eux le ciel. Une défense de fer, une attaque qui prenait du plaisir. Enfin simplement une équipe qui tournait et comptait parmi ses rangs quelques talents précieux dont Thilo Kehrer, Leon Goretzka, Max Meyer ou encore Amine Harit. C’est autour d’eux notamment, le jeune entraîneur avait bâti son équipe et avait terminé la saison à la seconde place, avec la troisième meilleure défense du championnat (57 buts marqués, 37 encaissés). Tout était brillant, plus ou moins chaque match était un plaisir pour ceux entourant le club et la saison s’est achevé avec 18 victoires, neuf nuls et sept défaites. Soit un total que le club allemand n’avait pas atteint depuis longtemps. Avec cela, les supporters du club s’accordaient le droit de rêver. Sans pour autant oublier que le malheur n’est jamais loin.

Le vent avait enfin tourné, le pari d’engager un entraîneur sans grande expérience avait payé, tout comme le travail du directeur sportif, C. Heidel. Ce dernier, après avoir été l’un des principaux architectes du 1.FSV Mainz 05 avait fait ses valises pour la Ruhr. En arrivant dans un club avec plus de moyens que le modeste club de Rhénanie-Palatinat, il semblait plus ou moins évident que le club allait se renforcer sans pour autant dépenser des sommes astronomiques. Fidèle à lui-même il s’est tourné vers des options sûrs qui n’ont rien d’extravagantes.  Petit à petit, Mark Uth, Sebastian Rudy, Omar Mscarell ou encore Salif Sané ont rejoint les rangs du club. En deux ans à son poste, C. Heidel aura dépenser approximativement 150 millions d’euro ce qui n’est pas rien pour le club qui a tout de même un certain pouvoir financier. 

Alors après une période difficile et instable, on pensait enfin voir une nouvelle version du club apparaître sous nos yeux avec ces différents investissements, les jeunes joueurs de la Knappenschmeide qui occupaient encore une fois une place de choix et Domenico Tedesco à la tête de ce petit monde. Mais ceci n’aura duré qu’un temps, et le ciel bleu ne s’est pas attardé au-dessus de la Veltins Arena. Encore une fois, tout va très vite dans le monde du football.

Chute brutale pour se retrouver face à la réalité

Aujourd’hui la situation est radicalement différente. Du sommet à l’enfer il n’y a qu’un pas et le club de la Ruhr a une nouvelle fois décidé d’en prendre la direction en plongeant dans une crise qui semble désormais profonde. Face au Fortuna Düsseldorf, à domicile, un nouvel échelon a été atteint et on est désormais au bord de l’implosion. Le club s’est brutalement incliné 4-0 contre le 11èmede Bundesliga. Et ceci est arrivée une petite semaine après la lourde défaite face à Mayence sur le score de 3-0. Pire encore, ils sont sur une série cauchemardesque puisque leur dernière victoire en Bundesliga remonte au 20 janvier face à Wolfsburg. Si au milieu de tout ça il y a eu une étincelle avec la qualification en Pokal face à ce même Fortuna Düsseldorf, le constat est sans appel. Sur cette période, l’équipe de Tedesco qui était réputée pour sa solidité défensive en encaissé 14 buts en en six matchs de Bundesliga. Plus rien ne va et l’équilibre trouvé l’an dernier s’est écroulé comme un château de cartes. 

Pourtant, jusque-là, l’entraîneur allemand a été épargné. Car si la situation est si catastrophique ce n’est pas entièrement de sa faute. En effet, l’effectif s’est drastiquement affaibli au cours de l’été avec le départ de trois cadres respectivement parti au PSG, au Bayern Munich et à Crystal Palace. Ces derniers n’ont jamais vraiment été remplacé et cela se fait sentir sur le terrain puisque l’effectif manque cruellement de qualité. Et comme si cela n’était pas suffisant, les blessures ont aussi été un vrai problème depuis le début de la saison. Un coupable a toutefois dû être trouvé et c’est Christian Heidel qui a pris la responsabilité puisque ce dernier a cédé sa place suite à la défaite face à Mayence. Comme un symbole.

Aujourd’hui on voit difficilement comment le club va pouvoir relever la tête d’ici la fin de la saison. Et avec 23 points en 24 journées (six victoires, cinq nuls, 13 défaites), les Königsblauen n’ont même pas l’assurance de jouer en Bundesliga la saison prochaine. Actuellement à la 14èmeplace, et à seulement quatre points de la seizième place du barragiste, le club avance avec la peur au ventre. Et les supporters également. 

Ces derniers sont d’ailleurs exaspérés. Déjà depuis plusieurs semaines des sifflets ce sont font entendre. Mais contre Mayence cela a pris un peu plus d’importance pour atteindre là-aussi un nouvel échelon ce samedi 2 mars. Les ultras ont abaissé les drapeaux et au fil du match la tension est montée. Les chants habituels ont laissé place à un colérique « on en a assez » qui a raisonné dans le stade. Au coup de sifflet final, les joueurs se sont avancé vers eux pour s’excuser. Le capitaine Benjamin Stambouli s’est excusé, les larmes aux yeux « Nous sommes de petits joueurs, Schalke est un grand club ». Ceci n’a pas empêché les ultras de lui prendre son brassard de capitaine. Et après les joueurs, c’est Domenico Tedesco qui est allé se présenter devant eux, tout aussi désolé que ses joueurs. Ce dernier s’est ensuite exprimé devant la presse et a simplement dit « C’était une performance extrêmement mauvaise. C’était plat et sans vie. » Avant d’ajouter « Je ne suis pas le genre de personne qui fuit. Nous devons nous y remettre et être présents pour le prochain match. »

Malgré le point de crise atteint lors de cette journée de Bundesliga, l’entraîneur allemand ne semble pas sur le départ. Et pour cause, il semble taillé pour ce club et le comprend extrêmement bien. Aller affronter directement les ultras, avec qui il faisait la fête il y a rien longtemps, est une autre preuve de son attachement au club. Bien que pour certains, cela n’est que de la communication, à Gelsenkirchen, cela signifie sans doute beaucoup plus. Les différents médias allemands s’accordent d’ailleurs à dire qu’il restera à son poste. Le nouveau directeur sportif, Jochen Scheinder, qui prend ses fonctions le 5 mars ne va pas le licencier. C’est là une grande preuve que D. Tedesco reste l’homme de la situation. En attendant, il faut juste espérer que cette claque remettra les idées en place pour que le club reprenne sa marche en avant. Une marche qui se fera une nouvelle fois difficielement puisque c’est encore une fois une montagne qui est face à lui.

Crédit photo: Patrik STOLLARZ / AFP

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