Tottenham, une finale pour changer de statut

En décrochant leur qualification pour la finale de la Ligue des Champions, les Spurs ont déjoué tous les pronostics, éliminant successivement l’impitoyable City de Guardiola et la fougueuse équipe de l’Ajax. A chaque fois, au terme d’un scénario hitchcockien qui caractérise bien l’identité de jeu des hommes de Pochettino. Néanmoins, Tottenham ne peut se contenter de ce parcours déjà historique : ce samedi, le club du nord de Londres a une occasion unique d’entrer définitivement dans la cour des grands.

Ils l’ont fait, et avec la manière. Privés de leur mitraillette à buts Harry Kane, les joueurs de Tottenham ont arraché, au bout du suspense, le deuxième ticket pour la finale de la Ligue des Champions sur la pelouse de la Johan Cruyff Arena, mercredi 8 mai. Grâce à une prestation invraisemblable mais bien réelle de leur joker Lucas, auteur d’un triplé en une mi-temps, les Lillywhites ont médusé l’Ajax du génie De Jong, du roc De Ligt et des dynamiteurs Ziyech et Tadic. Déjà bourreau de City, la formation de Pochettino s’est offert le scalpe du club star de cette Champion’s, que tout le monde voyait déjà – ou avait envie de voir – affronter Liverpool en finale.

La qualification est historique, comme l’était déjà l’accession au dernier carré de la compétition. Pour autant, Tottenham ne peut savourer trop longtemps le suc de ses exploits. Car il en reste encore un, beaucoup plus grand, à accomplir.

Souvent beau 2e, le coq veut goûter le Graal

Dans son habit doré, il trône paisiblement au dessus du South stand, l’immense tribune populaire (la plus grande d’Angleterre derrière un but) du Tottenham Hotspur Stadium. Le coq qui surplombe le toit de la nouvelle arène des Spurs, et qui dominait déjà l’entrée de White Hart Lane, n’a hélas pas vu passer l’ombre d’un trophée depuis belle lurette. Les occasions n’ont pourtant pas manqué. Que ce soit en 2016, 2017 ou 2018, les Spurs ont toujours fini sur le podium de la Premier League. Mais jamais sur la plus haute marche. Plus tôt, en 2015, ils disputaient la finale de la Coupe de la Ligue à Chelsea. Là aussi, sans succès. On aurait pu croire à une revanche en demi-finale de la même compétition cette année, mais les soldats de Pochettino se sont inclinés face à ceux de Sarri, aux tirs au but. Et la poussière sur l’armoire à trophées, elle, est toujours là depuis 2008.

Bien sûr, soulever la coupe aux grandes oreilles, objet de tous les fantasmes, ferait vite oublier cette période de disette. Surtout, un sacre en Champion’s permettrait de regarder droit dans les yeux l’éternel rival, Arsenal, qui ne l’a jamais remporté.

L’occasion unique de sublimer un collectif en or

Ils s’appellent Harry Kane, Heung-min Son, Christian Eriksen, Dele Alli, Toby Alderweireld, Hugo Lloris… Tous pourraient prétendre à évoluer dans un top club européen (ce que n’est pas encore Tottenham, avant ce soir). Mais tous défendent les couleurs du club londonien. Un tel effectif, avec un tel niveau de performance, ne se réinvitera pas de sitôt dans la maison du propriétaire Marc Levy. C’est donc LE moment d’en profiter. D’autant plus que cette bande de cracks est guidée vers le succès par un des meilleurs entraîneurs de sa génération : Mauricio Pochettino. Le technicien argentin a bravé les zones de turbulences – car oui, il y en a eues – pour emmener tout ce petit monde en rencard avec l’histoire.

L’occasion est trop belle, l’équipe n’a jamais semblé aussi équilibrée entre des cadres qui déçoivent rarement et des subs qui ont le rendement des cadres. Comme si le fait de ne pas avoir dépensé un euro lors du dernier mercato avait soudé un groupe déjà très qualitatif (peut-être y’a-t-il une inspiration à prendre pour un club français qui aimerait avoir à disputer une finale de LDC, lui aussi).

Parce que toutes ces remontadas doivent terminer en apothéose

Et pourquoi pas celle de Liverpool, direz-vous ? Effectivement, le come-back des Reds face au Barça n’est en rien moins reluisant que celui des Spurs face à l’Ajax. En revanche, on peut dire que Lloris et Cie reviennent d’encore plus loin, si on remonte au stade des poules. Dans un groupe corsé qui contenait le Barça, l’Inter et le PSV, Tottenham ne comptait qu’un petit point après les trois matches aller. C’est grâce à deux victoires étriquées contre les Néerlandais et les Italiens, et à un nul miraculeux décroché sur la pelouse du Camp Nou, que les hommes de Pochettino ont pu rejoindre les huitièmes de finale. Et le sauveur s’appelait déjà Lucas Moura, à la 85e.

On serait presque tenté de dire que c’est écrit, que les planètes sont alignées pour que le Brésilien vienne sceller le sort de cette finale. Ce serait un joli signe du destin. À moins que le salut ne vienne de Moussa Sissoko, tout juste élu joueur de la saison par d’anciennes gloires du club et que rien ne semble arrêter dans ces matches à enjeu ? À vos pronostics !

Crédit photo : Adrian DENNIS / AFP