Brésil-Argentine, que la famille

Ce qui devait arriver arriva : après leur victoire face au Paraguay et au Venezuela, le Brésil et l’Argentine se sont qualifiés pour une demi-finale qui s’annonce ardente. Frères ennemis, la Verdeamarela et l’Albiceleste se disputent ce mardi 2 juillet à Belo Horizonte une place en finale de Copa América, alors que depuis le début de la compétition, les deux équipes ne jouent pas leur meilleur football. L’Argentine tentera de triompher d’une équipe qu’elle n’a plus battue en match officiel depuis juin 2005, dans un stade Mineirão qui devrait évoquer un souvenir funeste aux Brésiliens. Le vainqueur affrontera le dimanche 7 juillet, au Maracanã de Rio, soit le Chili, soit le Pérou.

Deux frères

Brésil-Argentine, avant d’être le « superclasico mundial » que la presse sud-américaine aime à nous vendre, c’est une opposition familiale, un duel fratricide qui soulève les foules et les passions depuis un siècle, une rivalité enivrante qui charme aussi bien qu’elle inquiète, tant les rencontres entre les deux géants sont (souvent) brûlantes. Le Brésil et l’Argentine, c’est Remus et Romulus sans la Louve, c’est deux enfants nourris au ballon rond, deux sélections qui ont régné sans partage sur le football mondial, deux pays à qui l’on doit les meilleurs joueurs de l’histoire de ce sport (notamment le saint patron de votre site préféré, l’Ultimo Diez authentique, l’argentin Riquelme) ; l’Albiceleste contre les Auriverdes, au Brésil qui plus est, c’est aussi la célébration du futebol, la fête d’un sport qui, au sein des deux pays, n’a de sport que le nom : il vaut mieux parler de religion dans ces contrées où le football est idôlatré, à tel point qu’avant d’accéder à la présidence de l’Argentine, le chef d’Etat Mauricio Macri a dirigé le club de Boca Juniors pendant plus de vingt ans. Macri à la tête de l’Argentine, c’est un peu comme si on avait Aulas à l’Élysée. Sacrés Argentins.

Au Brésil, le choc est attendu avec impatience puisque l’Estadio Mineirão affichera complet : les 60 000 spectateurs vont faire bouillir un stade qui ne demande qu’à s’embraser après un début de compétition négligé par les supporters, la faute à des tarifs trop élevés pour la plupart. Si le public répond présent, c’est également parce que l’enjeu est de taille lors de cette demi-finale : les deux frères ennemis lutteront pour une place en finale d’un trophée que les deux sélections tardent à remporter de nouveau (la dernière victoire remonte à 2007 pour le Brésil, à 1993 pour l’Argentine).

La rencontre sera également l’occasion pour les joueurs de retrouver des ex-coéquipiers (Messi et Dani Alves, Casemiro et Di Maria) comme de s’opposer à ses actuels coéquipiers (les Parisiens des deux camps, Gabriel Jesus contre Aguero, Coutinho et Arthur contre Messi, entre autres). En bref, peu de nouvelles têtes sur la pelouse du Mineirão mardi soir. Tout le monde se connaît. QLF.

Confiance, prudence

Famille ou pas, il n’y aura pas de place pour les cadeaux lors de cette demi-finale. Du côté brésilien, on est confiant : « Que venham os hermanos !» (Que viennent les frères !), s’est exclamé en Une le quotidien brésilien Correio après la qualification de l’Argentine. Sur TVGlobo, l’ancienne idole des Corinthians Walter Casagrande s’est exprimée sur l’Argentine, qu’il trouve « très inférieure » au Brésil, et sur Messi, qui « n’a toujours pas joué dans cette Copa América ». Si piquer son adversaire avant un tel Clásico est de bonne guerre, le parcours de la Seleçao ne leur donne qu’à moitié raison : rien que la qualification arrachée aux tirs aux but contre le Paraguay, sans marquer une seule fois, rappelle que l’équipe de Tite a encore beaucoup à prouver. En Argentine, consciente du niveau de jeu affiché par son équipe depuis le début de la compétition, la presse a préféré rester prudente en évoquant la montée en puissance de nouveaux noms tels que Lautaro Martinez, De Paul, Foyth ou Paredes, joueurs à qui l’Argentine doit sa qualification pour le quotidien Olé, d’autant plus que Messi a lui-même déclaré ne pas jouer « à son meilleur niveau » pendant cette Copa. Les joueurs ont préféré rester humbles, à l’image des deux capitaines, d’abord Messi, qui a évoqué les « joueurs déstabilisants » du Brésil, « qui peuvent à tout moment changer le cours d’un match », puis Thiago Silva, qui a affirmé que Messi était « le plus grand joueur de l’histoire, le plus grand [qu’il ait] vu jouer ».

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Ce match sera également l’occasion de raviver un souvenir noir pour la Seleçao : c’est au Mineirão que le Brésil a subi la plus lourde humiliation de son histoire, face à l’Allemagne en demi-finale du Mondial 2014. Même si aucun joueur de l’effectif brésilien actuel n’était présent sur le terrain lors de cette sombre soirée (Dani Alves et Willian étaient remplaçants, Thiago Silva suspendu), et si, comme le souligne Dani Alves, il s’agit de « deux situations différentes » (Coupe du Monde et Copa América), cette défaite a marqué au fer rouge tout le peuple brésilien. « Personne n’est amnésique, personne n’a oublié ce qu’il s’est passé », a d’ailleurs rappelé Thiago Silva en conférence de presse. S’il est difficile d’oublier les sept buts encaissés et le traumatisme qui a suivi cette défaite historique, synonyme d’élimination de « leur » Mondial, il faudra, pour Thiago Silva et consorts, chasser les spectres du 7-1 et se rappeler plutôt de leur dernier match au Mineirão, déjà contre l’Argentine, en qualifications du Mondial 2018, à l’issue bien plus heureuse pour la Seleçao (3-0).

« Vem sambar !» (Viens danser !) : si la une du quotidien brésilien Lance!, après la qualification de l’Albiceleste, invite son frère argentin à célébrer l’évènement, c’est bien un tête-à-tête fratricide qui aura lieu ce mardi 2 juillet à Belo Horizonte. Demi-finale de Copa América aux allures de fête des voisins, le choc Brésil – Argentine, classique du football mondial, rassemblera (et divisera) pour la énième fois un continent fanatique du football, et déterminera qui, des Auriverdes ou de l’Albiceleste, décrochera sa place pour la finale, pour peut-être (enfin) s’asseoir de nouveau sur le trône du Sud.

@Aur_alr

Photo credits : André Yanckous / AGIF

L'Equipe Ultimo Diez