Ocampos à Séville, quand la raison l’emporte sur la passion

« Le cœur, à l’opposé de la raison, est une intuition ou un sentiment qui seul, sans démonstration, permet de croire en la vérité de certaines choses. » 

Dans les ténèbres du mercato marseillais, une lumière inattendue est venue tourmenter le quotidien d’Andoni Zubizarreta. Le FC Séville a offert 16 millions pour un joueur de l’Olympique de Marseille. Si les médias parlaient d’un intérêt prononcé de Monchi pour Maxime Lopez, c’est finalement Lucas Ocampos qui a tapé dans l’oeil de l’ancien directeur sportif de la Roma. L’Argentin rejoint le stade Sanchez Pizjuan, un transfert qui déchire les supporters marseillais. La déception de voir un des rares porte-drapeaux de l’effectif quitter le navire a vite été remplacée par le soulagement de voir enfin les caisses se remplir. Récit d’un départ qui divise.

Départ surprise

Parmi le large catalogue de joueurs susceptibles de quitter l’Olympique de Marseille cette saison, Ocampos était en fin de peloton. Sanson, Thauvin ou Lopez étaient plus prédisposés à être sacrifiés par le club au vu de leur cote en Europe. Mais le cas de Lucas Ocampos avait vocation à interpeller.

L’Argentin sortait d’une saison assez neutre avec seulement 4 buts pour 7 passes décisives, mais sa situation contractuelle pouvait intriguer. En fin de contrat en 2020, l’ancien monégasque n’avait toujours pas prolongé malgré une volonté certaine de s’installer dans la durée à Marseille. Lui qui n’a jamais caché son amour pour le club et la cité phocéenne se voyait bien rester encore quelques saisons dans ce qu’il considère comme sa deuxième maison. Cette ville l’a rapidement adopté grâce à son état d’esprit et sa combativité, et Ocampos est devenu une des coqueluches du Stade Vélodrome. L’affection est réciproque. Le joueur porte en haute estime Marseille et n’hésite pas à s’impliquer dans le quotidien de la ville comme ce soir d’automne où l’Argentin est venu donner un coup de main à une association en faveur des sans-abri. Celui qui était considéré comme l’homme fort de la saison dernière se voyait déjà porter le maillot ciel et blanc une saison de plus. Mais la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain.

Alors que l’OM se devait de trouver un moyen de combler le déficit de fin de saison, l’offre pour Ocampos a radicalement changé les plans de la direction. 16 millions pour un joueur dont le contrat expire en 2020 mais surtout avec un salaire plus qu’abordable. Seuls Yohann Pelé, Boubacar Kamara et Maxime Lopez touchent moins que Lucas Ocampos dans l’effectif. Ce n’est pas pour rien que le FC Séville s’est intéressé à l’international espoir français et à l’Argentin.  Il est plus simple pour le FC Séville d’augmenter le « petit » salaire (130 000 euros) de Lukita plutôt que chercher à s’aligner sur les prestations colossales d’un Florian Thauvin (400 000 euros).

Au vu de sa saison et de sa popularité auprès des supporters, un départ d’Ocampos a tout d’un crève-coeur. Bien que limité, pas habile du tout avec un ballon, il était l’un des rares à parler de Marseille avec des étoiles dans les yeux. En quête de porte-drapeau depuis bien des saisons, les supporters phocéens voyaient en Lucas Ocampos l’un des rares joueurs à respecter le club. Lui comme Hiroki Sakai, Rolando ou Luiz Gustavo représentent ces joueurs dont le public a reconnu le dévouement pour l’institution OM. Cette fameuse institution qui mérite « plus de respect de la part des joueurs » d’après Jacques-Henri Eyraud. Lucas Ocampos était bien un des derniers à être fier de porter le maillot de l’Olympique de Marseille mais son départ n’en est pas moins logique.

L’heure du renouveau

Alors que l’OM de McCourt a été étiquetté très rapidement comme un club qui achetait cher et revendait mal, le transfert de Lucas Ocampos devrait changer un petit peu la donne. Après celui de Zambo Anguissa pour environ 30 millions, le départ de l’Argentin est le second plus gros départ de l’ère McCourt. 16 millions pour un joueur à qui il ne restait qu’une seule année de contrat, ce transfert a des allures de braquage. Monchi n’a pas rechigné à offrir le fameux ailier gauche qui manquait à Julen Lopetegui. Après le départ de Quincy Promes à l’Ajax, le FC Séville devait recruter un joueur au profil différent. C’est finalement Lucas Ocampos qui sera l’heureux élu.

Mais un problème risque de rapidement se poser. Le profil de l’Argentin est différent de celui du Néerlandais, mais le transfuge de Marseille n’a rien d’un joueur Lopetegui compatible. Dans le football de l’ancien entraineur du Real, il lui sera difficile d’exister. Bien que généreux en effort, Ocampos fait trop peu de différences balle au pied pour désorganiser un bloc. Là où Lopetegui cherche des excentrés capables de créer, éliminer ou bien donner la dernière passe, Lukita apporte une présence dans la surface et un volume de jeu non négligeable. Si l’opération est une très bonne affaire pour l’OM, on peut en douter concernant le FC Séville. Quel intérêt de vendre Promes à un prix très avantageux à l’Ajax pour récupérer en contre-partie Ocampos pour un prix similaire? L’ancien ailier du Spartak Moscou avait plus vocation à réussir sous les ordres de Lopetegui, son profil aurait été plus intéressant. Tout pousse à croire que le salaire de Promes (presque 300 000 par mois) dérangeait énormément Monchi. Au final, le club andalou a préféré perdre en qualité pour assainir ses finances.

Du côté de Marseille et d’André Villas Boas, ce départ n’a rien de problématique footballistiquement parlant. Si AVB est comme Lopetegui, un adepte du 4-3-3, voir Ocampos quitter le navire devrait l’arranger. Bien qu’habitué à jouer avec des faux pieds sur les ailes, l’Argentin n’a absolument rien de l’ailier selon AVB. Son départ permettra à l’entraineur portugais de se pencher sur un remplaçant plus en adéquation avec son idée de jeu ou alors de privilégier une solution interne avec un replacement de Payet sur un côté ou avec Radonjic.

Evidemment la perte footballistique n’est pas colossale et trouver un remplaçant convenable ne devrait pas être un gros problème, mais Villas-Boas se retrouve avec un premier problème. Malgré ses 24 ans (il en aura 25 dans une semaine), Ocampos était un leader naturel dans le vestiaire. Il fait partie des rares joueurs qui ont connu l’OM avant l’ère McCourt. En plus d’avoir une attitude irréprochable, Ocampos avait tout du coéquipier modèle. Les supporters l’ont très vite compris. Il sera un des seuls à se faire applaudir après la déroute face à l’Olympique Lyonnais en avril dernier. Son état d’esprit risque de manquer sur et en dehors du terrain. Comme Rudi Garcia aimait bien le rabâcher, « Si j’avais 11 Lucas sur le terrain, je serais tranquille ».

Une centaine de matchs après son arrivée dans le sud de la France, voilà qu’Ocampos quitte la cité phocéenne comme un roi. Celui qui a vu sa fille naître dans la cité phocéenne gardera un lien très fort avec le club et la ville. Clin d’oeil du destin, son dernier match avec le maillot de l’OM aura été à un poste d’arrière gauche où, encore une fois, il aura fait le job sans broncher. Peut-être l’ouverture d’un nouveau chapitre ?

Photo crédits : JEFF PACHOUD / AFP

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois.»