[Liga] Getafe, plus haut que jamais

Il y a les saisons satisfaisantes, les bonnes saisons, les très bonnes saisons, les excellentes saisons et les saisons historiques. Le Getafe CF, club abonné au ventre mou de la Liga, vient de terminer 5e avec 59 points. Saison historique. Ce total battant le score de Michel en 2010 (6e, 58 points). Retour sur la meilleure année de l’histoire du club banlieusard avec l’un de ses acteurs majeurs : Dimitri Foulquier.

Il commence à faire chaud dans le Coliseum Alfonso Pérez. Tant au niveau de la température que de l’ambiance. Pourtant les seize mille places de l’enceinte du Geta ne sont pas réputées pour leur effervescence. Mais cette saison est particulière. Historique. Elle laissera une trace indélébile dans les anales du club, c’est certain. Ce soir, la 38e et dernière journée de Liga déterminera à quel point la saison aura été grande. L’adversaire du jour : Villarreal. Les Amarillos végètent en deuxième partie de tableau, à la 14e place, là où Getafe aurait dû logiquement se retrouver, comme d’habitude. Dans ce cas, ç’aurait été une satisfaction pour le petit club de la banlieue madrilène, puisque son objectif maintien aurait été accompli. Mais les Azulones ont fait encore mieux. Actuellement, ils sont cinquièmes, place qualificative pour l’Europa League, à égalité de points avec Valence, 4e (grâce à la différence de but particulière), position offrant un ticket pour la Ligue des champions. À peu près là où espérait se retrouver… Villarreal.

Portillo ne suffit pas

Les coups d’envoi de Valence et Getafe sont donnés au même moment : samedi 18 mai, à 16h15. Même si Dimitri Foulquier assure que ses coéquipiers étaient « complètement concentrés sur le match », ils gardaient un œil sur leur adversaire à distance, en déplacement à Valladolid. Un faux pas des hommes de Marcelino et les Azulones peuvent en profiter pour rejoindre la plus grande des compétitions. Pour l’instant, ils font leur travail après un but de Portillo. Getafe est en C1. Mais peu avant la mi-temps, Dimitri Foulquier est mis au courant par un coéquipier : Valence mène au score. Les Azulones retournent en C3. Les Chés doubleront la mise en deuxième mi-temps, scellant leur sort et celui du Geta, qui se contentera de prendre un point (2-2), histoire de ne pas se faire, en plus, doubler par le FC Séville, à l’affut juste derrière.

Getafe s’assoit sur 30 M€

Mais si Getafe s’est retrouvé dans cette situation, s’il n’a plus son destin entre ses mains, c’est parce qu’une journée auparavant, sa 4e place, celle sur laquelle il était assis pendant 62 jours, s’est envolée au Camp Nou. Après une défaite 2-0 contre un Barça blessé par la Redmontada, sa place en Ligue des champions était perdue. « Il y a eu un peu de déception juste après le match, mais ce n’est pas comme si nous avions perdu cette 4e place sur une contre performance », admet Foulquier. « On a perdu au Camp Nou, c’est quelque chose qui était possible et il y a avait une forte probabilité avant le match. » Résultat, ce petit club au budget de 51 M€, voit lui passer sous le nez la participation à une compétition qui lui aurait rapporté 30 M€ (prime à la participation, coefficient UEFA, droits TV, marketing…). Pour autant, si le coach José Bordalas reste seul sur la pelouse après le coup de sifflet final de cette saison, ce n’est pas par dépit. « J’ai pensé à ma famille, à mes parents qui seraient très satisfaits de voir que les choses vont bien pour leur fils, que nous avons fait une grande saison », explique-t-il, encore ému, en conférence de presse. « Dans ces moments-là, on se souvient des personnes qu’on aime et qui ne sont plus là. Un mélange de satisfaction et de peine pour elles. »

« Même si on avait été 10e, ça aurait été une belle saison »

Pour certains, cette fin d’exercice aurait été vécue comme une déception. Mais pas pour celui qui tentait tant bien que mal de monter une équipe capable de tenir la route pour survivre en Liga. « Etre autant de semaines en position européenne en étant une équipe très petite est extraordinaire. La saison a été incroyable », souffle l’entraineur espagnol. « Nous sommes au dessus d’équipes qui avaient cet objectif au début du championnat. Il ne me reste pas de mauvais gout dans la bouche. Ni à moi, ni aux joueurs. » « Je pense qu’il faudrait être un peu rabat-joie ou un peu fou pour être déçu pour cette saison », confirme Dimitri Foulquier. « Ce n’est pas parce que nous sommes restés un bon moment 4e qu’il faut être déçus de finir 5e. Je pense qu’au mois d’aout, tout le monde aurait signé pour finir à cette place. Même si on avait été 10e, ça aurait été une belle saison. Pour Getafe, finir 5e, c’est quelque chose de fort. »

Pas vraiment de cadre

Et il s’agit d’un exploit qui ne repose pas sur une ou deux individualités, même si le trio Jaime Mata-Angel Rodriguez-Jorge Molina a fait des miracles offensivement (45 buts inscrits sur 58 en championnat et Copa del Rey), ce dernier ayant même été récompensé par Luis Enrique, ancien sélectionneur de la Roja, puisqu’il a honoré sa première sélection en amical contre la Norvège. C’est un véritable groupe, soudé et solidaire, qu’a réussi à construire José Bordalas. « Il y avait pas mal de cadres », explique le latéral droit français reconverti milieu de couloir. « Quand tu regardes l’équipe, tu vois qu’il y a beaucoup de joueurs qui avaient joué pas mal de matchs : Molina, Damian, Djéné, Antunes, moi… Nous étions tous à nous entrainer et à nous conseiller quand il le fallait. » Mais quand il s’agit de pousser une gueulant à la mi-temps, c’est surtout le coach qui s’en charge. Et quand il faut essuyer les critiques, il est aussi en première ligne.

La bave du crapeau…

Oui, parce que le jeu du Geta a fait grincer quelques dents. Puisque c’est la mode des équipes de contre-attaque (Equipe de France, Liverpool…), le club madrilène s’est mis au goût du jour. Et il est vrai qu’il y a plus sexy sur la planète football. Le jeu ne fait pas rêver – c’est l’équipe qui a commis le plus de fautes en Europe (453), 2e au nombre de cartons reçus (91) – et le stade est rarement plein. Mais c’est aussi ce qui rajoute du folklore à cette épopée, diront les optimistes. Mais malgré les reproches sur la qualité du spectacle, les principes de jeu azulones n’ont pas bougé d’un iota. « Pour quoi faire ? », interroge Dimitri Foulquier. « Le coach insistait plus sur l’attitude, la mentalité, il savait forcément qu’en tant que joueurs, on va essayer des choses et ne pas forcément réussir. Après, en fonction des matchs, il a des consignes un peu plus précises. » José Bordalas n’a d’ailleurs jamais écouté ceux qui trouvaient son jeu ennuyant ou peu évolué. « Les critiques n’étaient pas du tout justifiées, mais il y en aura toujours », relativise Dimitri Foulquier. « À partir du moment où l’on trouve des gens capable de critiquer Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi, on trouvera toujours des critiques pour tout et tous les joueurs. Il ne faut surtout pas s’en occuper, il faut continuer à travailler et c’est ce qu’on a fait. »

Retour chez les moyens ?

Donc maintenant que Getafe a touché le Graal, que faut-il espérer ? L’année prochaine, ce club moyen retournera-t-il parmi les moyens, comme il l’a fait les deux autres fois qu’il a joué l’Europe (2008 et 2011) ? Même s’il ne sera pas de l’aventure puisqu’il était prêté par Watford, Dimitri Foulquier a son idée sur la façon dont les Azulones devront aborder leur prochaine saison : « Le recrutement est important. Surtout, il faut garder la même identité, ne pas se prendre pour d’autres, garder ce qui a fait notre force. Nous étions un bon groupe, beaucoup de solidarité, beaucoup d’efforts, de travail, on ne faisait qu’un, ça nous a permis de gagner bcp de matchs. » Sauf qu’en plus de la sienne, l’option d’achat de Samu Saiz non plus ne sera pas activée. Et si le très convoité Djéné a acheté une maison dans le coin, ce qui est bon signe pour ceux qui veulent le voir rester à Getafe, il va tout de même falloir se renforcer. Lors de la présentation de Martin Gonzalez, le nouveau directeur sportif, le président Angel Torres a annoncé « six ou sept » recrues cette été. En tout cas, Bordalas, lui, ne souhaite pas céder aux sirènes extérieures. C’est peut être ça, la meilleure nouvelle de cet été.

Crédit photo : Joan Valls / NurPhoto.