[MLS] Le Toronto FC douche l’Impact Montréal

Ultimo Diez était au « Canadian Classique », qui a vu le Toronto FC s’imposer sur le terrain de son éternel rival, l’Impact Montréal (0-2). On vous raconte.

Nous sommes le samedi 13 juillet, aux abords du parc olympique de Montréal. Il est 18 heures et une foule de maillots bleus sort des bouches du métro pour se diriger vers le stade Saputo, l’antre de l’Impact de Montréal. C’est jour de match aujourd’hui, et pas n’importe lequel : c’est le Canadian Classique, le Derby du Canada, ou encore le derby 401 (du nom de l’autoroute qui relie les deux villes). Plusieurs sobriquets pour désigner un seul et même match, celui qui oppose l’Impact Montréal au Toronto FC. Un affrontement entre deux des trois clubs canadiens de MLS, mais aussi et surtout entre la principale ville francophone et la principale ville anglophone du Canada. Un match empreint d’une vraie rivalité linguistique, culturelle et géographique. « C’est un match à gagner, rappelait ainsi la veille du match le bon vieux Bacary Sagna, latéral droit de l’Impact depuis août 2018. On sait que c’est une rivalité et on sait l’importance que ça a pour nos supporters, mais pour le club aussi. Maintenant que je suis ici, je me sens québécois, je me sens montréalais, donc bien sûr que j’ai envie de gagner ce match. C’est une rivalité qui dure depuis longtemps et on sait que c’est un match très important, et un qu’il faut gagner surtout. » Un derby, ça ne se joue pas, ça se gagne, on connaît la chanson.

Le Canada graille

Et cette victoire, c’est peu de dire que les Montréalais en avaient besoin. Quatrièmes de la conférence Est, les hommes de Rémi Garde restaient sur deux défaites consécutives et voyaient la réception de leur voisin canadien comme l’occasion idéale de repartir de l’avant et de sécuriser leur place pour les play-offs. Les Torontois, eux, ne se portaient guère mieux avant ce match. Avec une peu glorieuse huitième place et une seule victoire sur leurs 11 dernières rencontres, les joueurs de la ville reine débarquaient à Montréal sur la pointe des pieds. Ce derby n’était donc pas uniquement symbolique et revêtait également un vrai enjeu sportif, comme aimait à le souligner Rémi Garde lors du traditionnel point presse de veille de match. « On doit assumer ce qu’on a tous envie d’obtenir, c’est-à-dire une place dans le haut du classement pour les séries. Sur les deux derniers matchs, on aurait pu faire mieux. Celui contre le Minnesota, on aurait dû faire mieux, surtout dans la dernière demi-heure du match. On est tous très motivés de mettre fin à cette séquence difficile. » Et malheureusement pour l’ex coach lyonnais, rien n’allait se passer comme prévu.

Le football, sauce américaine

Pourtant, tout avait bien commencé. Le ciel était bleu azur, et la rencontre annoncée à guichets fermés pour la première fois de la saison (19 619 spectateurs). Si le football et le soccer sont le même et unique sport, la façon de le vivre diffère un peu de l’autre coté de l’Atlantique. Pour se faire une place aux cotés des sports rois que sont le basket-ball, le football US, le baseball ou encore le hockey, la MLS met le paquet et fait de chaque affiche un véritable show. Fanfare aux abords du stade, points de restauration tous les deux mètres, mascotte du principal sponsor qui amuse les plus jeunes, DJ qui s’affaire à mettre l’ambiance… Nos cousins d’Amérique du Nord savent y faire. Résultat, c’est un public beaucoup plus mixte et familial qu’en Europe qui se rend aux matchs, qui deviennent alors de véritables moments de consommation. Oubliez vos sandwichs jambon-beurre soigneusement emballés dans du papier alu. Ici, c’est combo hot-dog/croustilles (comprendre menu hot-dog/chips), sandwich « Bakary Sagna » et Bud Light pour les plus âgés. Et si vous avez encore faim une fois le coup d’envoi donné, pas de panique : des vendeurs parcourent les tribunes tout le long du match pour vous abreuver en pop corn et en bières. Résultat, l’ambiance est bon enfant et le respect est (quasiment) toujours de mise, comme en témoigne cette absence de séparation physique entre le public visiteur et les locaux, qui peut surprendre le spectateur européen habitué aux parcages visiteurs. Mais la passion reste bel et bien présente et quand le match débute, c’est avec un court mais efficace « Fuck Toronto », bientôt repris en cœur par toute la tribune, que le capo d’un des deux Kops de supporters montréalais lance les hostilités, canette de Stella Artois à la main.

Un impact à deux balles

Et si les deux Kops de l’Impact se dépensaient sans compter en tribune, leur équipe, elle, peinait à se montrer dangereuse. Surement échaudés par leurs deux défaites consécutives, les coéquipiers du remuant Saphir Taïder se montraient timorés, et peinaient à approcher des cages du gardien des Reds. Il fallait attendre la 33e minute pour voir la première vraie occasion pour les locaux et une frappe de l’emblématique Samuel Piette frôler la transversale de Quentin Westberg, le portier torontois. Au repos, cet âpre derby accouchait d’un score nul et vierge et au retour des vestiaires, c’était finalement les visiteurs qui prenaient les devants grâce à l’Espagnol Alejandro Pozuelo, auteur de son huitième but de la saison. Une douche froide bientôt suivie d’une douche tout court, quand un sérieux orage éclatait, obligeant l’arbitre à interrompre le jeu.

Après 25 minutes d’arrêt, le match reprenait et c’est sous une pluie battante que les locaux se procuraient les meilleures occasions, à l’image de cette tentative d’Anthony Jackson-Hamel brillamment repoussée par l’ancien gardien de l’AJ Auxerre (72’). Toujours poussés par un public trempé mais bouillant qui n’hésitait pas à un scander un étonnant «tous ceux qui ne sautent pas sont au recoin, hey ! », les Montréalais se jetaient à l’assaut du but, sans succès. Pire, c’est finalement Altidore sur coup-franc qui doublait la mise au bout des six minutes d’arrêts de jeu. 2-0, la messe était dite. Toronto se relançait dans la course aux play-offs et Montréal concédait son troisième revers consécutif. « C’est un passage à vide dans notre saison » reconnaissait bien volontiers Rémi Garde à l’issue de la rencontre. « C’est un revers qui est difficile à accepter car c’est, en plus, contre Toronto. Mais c’est comme ça, parfois cela ne veut pas sourire. » Les yeux du coach français en disaient long : qu’on soit en MLS ou en Ligue 1, perdre un derby est bien une sensation universelle.

Bonus : le lexique du soccer
L’entraîneur-chef : le coach
La marque finale : le score final
Les faits saillants : les moments forts
La troisième ronde : le troisième tour
Séries éliminatoires : les play-offs
Un partisan : un supporter
Une demie : une mi-temps

Photo credits : CTV news Montreal