La Ligue 2 a la cote

Harold Moukoudi, Jean-Ricner Bellegarde, Zinédine Ferhat… Cet été encore, de nombreux clubs de Ligue 1 sont allés piocher dans la division inférieure pour faire leur marché.

Au cœur d’un mercato totalement déréglé par les fortes sommes dépensées ces derniers temps par les clubs anglais et les grosses écuries, les formations de Ligue 1 sont obligées de redoubler de malice pour se renforcer. La Ligue 2 fait partie, depuis quelques années, des terrains de chasse préférés des directeurs sportifs et recruteurs de Ligue 1. Angers, sous la houlette d’Olivier Pickeu, a initié le mouvement au moment de sa remontée parmi l’élite en 2015. Cheikh Ndoye, Ismaël Traoré, Pierrick Capelle, Romain Saiss sont tous arrivés libres de deuxième division il y a quatre ans. Depuis, le SCO a poursuivi cette politique de recrutement en s’offrant les services de Karl Toko-Ekambi, Famara Diedhiou, Baptiste Santamaria ou encore Angelo Fulgini.

Concurrence à l’étranger

Ce mercato made in Ligue 2 ne concerne pas seulement les équipes de la deuxième partie de tableau. Saint-Etienne, qualifié pour l’Europa League cette saison, a déjà enregistré trois recrues de l’étage inférieur. Preuve que Les Verts bossent bien, les trois arrivées avaient été officialisées il y a plusieurs mois. Franck Honorat, formé à Nice, a signé avec l’ASSE dès le mercato estival de 2018 avant d’être prêté une saison dans son club de Clermont. Son ancien coéquipier en Auvergne, Nelson Alpha Sissoko, en fin de contrat, s’est engagé dès le mois d’avril au même titre qu’Harold Moukoudi, également en fin de bail en juin, qui était convoité par de nombreux clubs français et étrangers.

Si Saint-Etienne s’est couvert en assurant ces arrivées très tôt, c’est parce que les joueurs de Ligue 2 commencent à avoir une cote plus qu’intéressante. La concurrence, d’abord nationale, a aujourd’hui dépassé les frontières. Le passage par la Ligue 1, qu’on peut qualifier d’intermédiaire avant un grand championnat, n’est plus obligatoire dans la tête des jeunes. Dernièrement, certains clubs étrangers n’ont pas hésité à aligner les millions pour recruter des têtes d’affiches de L2. L’an passé, Matteo Guendouzi a quitté Lorient pour l’Angleterre et le club d’Arsenal. Les Gunners ont signé un chèque de 8 millions d’euros pour s’attacher ses services. Jean-Philippe Mateta a coûté encore plus cher à Mayence. Après une saison réussie en prêt au Havre, le longiligne attaquant a rejoint la Bundesliga contre une indemnité de 10 millions d’euros, versée à Lyon, à qui il appartenait. Les 33 matches de Premier League (+ 11 d’Europa League) de Guendouzi et les 14 buts de Mateta en championnat peuvent être interprétés comme une réussite. Les deux hommes sont également devenus internationaux Espoirs depuis leur transfert. De quoi inciter les formations étrangères à aller puiser dans les effectifs de deuxième division pour se renforcer.

Objectif : plus-value

Les clubs de Ligue 1 doivent donc redoubler d’efforts pour attirer les plus gros talents de l’étage inférieur. Les enjeux sont énormes. Surtout vu le tournant économique qu’a pris le football ces dernières années. Economiquement, recruter en Ligue 2 représente deux avantages non-négligeables : le joueur de L2 ne coûte généralement pas très cher en transfert ainsi qu’en salaire et il dispose souvent d’une grosse marge de progression, donc la plus-value peut être importante. Il suffit de se pencher sur l’exemple lyonnais pour en être sûr. A l’été 2017, l’OL recrute deux joueurs qui sortent d’une saison aboutie en Ligue 2 : Ferland Mendy et Tanguy Ndombele. Deux ans plus tard, les deux joyeux lurons sont devenus internationaux A dans une équipe de France qui venait de gagner la Coupe du monde et ils ont été transférés pour plus de 50 millions d’euros dans des grands clubs étrangers. Lors des cinq dernières années, d’autres clubs de l’élite ont également effectué des belles plus-values sur des éléments recrutés en Ligue 2 : Angers avec Toko Ekambi (+ 17 millions), Nice avec Nampalys Mendy (+ 15,5 millions), Lille avec Sofiane Boufal (+ 15,70 millions) et Ibrahim Amadou (+ 12,40 millions), Montpellier avec Nordi Mukiele (+ 14,5 millions), Marseille avec Giannelli Imbula (+ 12,5 millions) et Benjamin Mendy (+ 9 millions), Lorient avec Raphaël Guerreiro (+ 9,5 millions) ou encore Saint-Etienne avec Kevin Malcuit (+ 8,5 millions). Adrien Tameze (Nice) et Marcus Thuram (qui vient de descendre avec Guingamp), achetés pour moins d’un million d’euros, pourraient être les prochains sur la liste.

Mais ces raisons économiques sont valables uniquement grâce à la très nette amélioration du niveau global de la Ligue 2. Désormais, il n’y a plus un fossé qui sépare le haut du panier de L2 et le ventre mou de Ligue 1. Si la différence existe toujours, elle est minime. Les nombreux joueurs de deuxième division à avoir trouvé leur place à l’étage supérieur font figure de parfaits exemples. En plus des grosses ventes citées ci-dessus, Wylan Cyprien, Benjamin Bourigeaud, Hamari Traoré ou Kenny Lala font partie des valeurs sûres de l’élite, après avoir été transférés de Ligue 2.

Note : tous les montants de transferts sont issus du site Transfermarkt.

Photo crédits : Pascal GUYOT / AFP