Barça : Malcom parti, une mission pour Carles Perez ?

Ce vendredi, le Barça a réussi l’improbable défi de gagner de l’argent avec le transfert de Malcom, parti pour 40+5 M€ au Zénith. Quelques jours plus tôt, un canterano claquait un doublé contre le Vissel Kobe d’Andres Iniesta. Un pur hasard ? Pas vraiment. C’est sur lui que compte le Barça pour remplacer le Brésilien. Humble, bosseur et buteur, Carles Perez (21 ans) a une réelle carte à jouer cette saison.

On ne tentera pas de faire croire au futur Messi, jurisprudences Bojan Krkić et Munir El Haddadi obligent. Ni même forcément au futur du Barça, direction de Bartomeu oblige. Mais on mettra en garde : ce nom, « Carles Perez », bien que parfaitement banal, pourrait bien faire un peu de bruit ces prochaines années. Ceux qui suivent le Barça de loin ont peut-être dû en entendre parler récemment. C’était lors de la tournée asiatique de pré-saison, lorsque le FC Barcelone retrouvait Andrés Iniesta, Sergi Samper et David Villa. Alors que les regards étaient plutôt tournés vers les recrues Frenkie De Jong et Antoine Griezmann, c’est celui que Valverde avait aligné comme ailier gauche qui a brillé.

« Jamais LE meilleur »

Une deux avec Malcom, ballon glissé entre les jambes du gardien. But. Centre en retrait, contrôle orienté, coup de pied, pas besoin de lever la têt, poteau rentrant. But. Les deux seules réalisations du matchs sont les œuvres de Carles Perez. Pourquoi ce nom n’a-t-il pas fait parler avant ? « Il a toujours été parmi les meilleurs de l’équipe, mais jamais LE meilleur », confie Oriol Domenech, ancien journaliste pour Mundo Deportivo aujourd’hui agent de joueurs. Contre Vissel Kobe, même s’il avait déjà brillé contre Chelsea au match précédent sans se montrer décisif, le canterano n’était pas le plus observé, loin de là. Mais il a su taper dans l’œil de son coach. « Valverde m’a félicité et m’a dit de continuer comme ça, de ne pas me relâcher », déclare-t-il après le match. Le garçon de 21 ans est en train de saisir la chance que lui donne le technicien basque. Chose qu’il n’avait pas réussi à faire l’an passé, avec seulement 28 minutes de jeu bien ternes en amical contre la Roma. Entre temps, preuve qu’Ernesto Valverde croit en lui, il faisait partie de ceux qui avaient eu droit à quelques minutes dans la cour des grands, le 19 mai dernier, à Eibar, lors de la dernière journée de championnat.

N°43 sur le dos, il avait remplacé Malcom à la 73e minute, sans forcément briller, mais sans décevoir non plus. Jusque là, c’est l’unique match officiel auquel il a participé avec l’équipe première. « Ce fut quelque chose d’inoubliable. Je suis très reconnaissant, j’ai eu beaucoup de patience et j’ai beaucoup travaillé. Je ne savais pas si cela allait arriver cette saison », confiait-il avant de remercier son coach « pour sa confiance. Je suis très heureux, c’est quelque chose pour lequel j’ai travaillé beaucoup d’années. Mes parents m’ont félicité et ils m’ont que c’était une fierté que leur fils joue avec l’équipe première. Toute ma famille est pour le Barça. Depuis petit, tous les joueurs veulent jouer avec Messi. Mais il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir. »

« Il vit pour le but, c’est presque une obsession »

Ce qui transpire de ses propos : l’émotion, la sincérité, l’humilité. Il poursuit : « Je suis ici pour profiter des opportunités et, pour le moment, je suis un joueur de la B. Nous ne savons pas ce qu’il va se passer, mais je continuerai à faire mon travail. » Visiblement, le garçon est travaillaur et garde la tête sur les épaules. Et comme il le dit si bien : « Si tu travailles et que tu es bon sur le terrain, ça vient tout seul. » Souvent, ça paye. Exemple plus concret de sa mentalité irréprochable : lorsqu’il est monté avec le Barça B il y a deux ans, Perez n’avait pas énormément de temps de jeu. Il est donc retourné avec les jeunes pour jouer la Youth League. Résultat, le fan de Neymar termine meilleur buteur (7 unités en 10 matchs) et son humilité est soulignée par tous ceux qui l’ont vu jouer. « Il a été capable de descendre d’un cran avec les Junveniles et continuer à être pareil, humble », se souvient Santi Ovalle, journaliste pour la Cadena SER habitué au Mini Estadi. « Il a un fort caractère mais est gentil et sympathique. C’est un top professionnel, il vit pour le but, c’est excessif, presque une obsession. »

Pourtant, sa position n’est pas dans l’axe, comme la plupart des buteurs. Il évolue généralement sur l’aile droite. Du genre à repiquer systématiquement au centre et envoyer une bastos. Un jeu un poil stéréotypé, mais qui fait souvent mouche. Il y a du Robben là-dedans. C’est d’ailleurs au Néerlandais que Perez est le plus souvent comparé. La faute, aussi, à une frappe de balle d’une qualité rare chez un jeune joueur. « Il est rapide, mais il y a beaucoup de joueurs plus rapides que lui. En revanche, son tir du pied gauche, ils sont peu à l’avoir », admet Oriol Domenech. « Dès qu’il a le ballon, il se le met toujours bien pour pouvoir tirer et ça fait souvent but. » Mais ses petits appuis, son gout de l’effort, son sens du sacrifice, son côté virevoltant… Ça ressemble d’avantage à du Pedro, même s’il bouffe moins la craie que l’actuel joueur de Chelsea. « Il est plus Pedro que Robben », tranche Santi Ovalle. « C’est un pur ailier, comme ceux d’avant, qui déborde et qui peut tirer. Il n’y pense pas à deux fois. »

Sans Pimenta, il serait au Benfica

Bien sûr, techniquement, il y a encore un peu de déchet, il faut que la tête aille aussi vite que les jambes, mais ce n’est pas évident, étant donnée la vélocité de celles-ci. Gerard Lopez, coach du Barça B de 2015 à 2018, n’avait pas tari d’éloges après un triplé du jeunot contre Tenerife : « Carles est un joueur avec la confiance pour continuer à grandir. Il a des qualités spectaculaires. Il l’a démontré en Youth League et l’an passé, nous le connaissions parfaitement. Il n’y avait pas encore eu ce match que je savais qu’à un moment ou un autre, il allait donner quelque chose. Aujourd’hui, ç’a été le moment et il en a profité. Je suis très content pour lui, il est de Granollers comme moi et je le connais depuis qu’il est petit. »

Petit, justement, Perez a commencé sa carrière dans la section Juvenil de Damm, qui a une excellente réputation en Catalogne. Il a ensuite rapidement été repéré par Barcelone. Mais pas celui abonné aux titres. Celui abonné au milieu de tableau de Liga, l’Espanyol. C’est justement en en mettant plein les yeux aux recruteurs Blaugrana lors des derbys que le Barça décide de l’enrôler pour ses Juvenil A, en 2012, dans la même valise que le latéral gauche Cucurella. En 2018, il a failli céder à l’intéressante offre du Benfica, mais Garcia Pimenta, l’actuel entraineur de la B, l’a convaincu de rester en lui promettant une place centrale au sein de son effectif, qui lui donnerait l’occasion de voir l’équipe première. Résultat : Perez a prolongé de deux ans en décembre et il faut désormais dépenser 100€ pour faire sauter sa clause libératoire. Un choix payant, puisque la saison dernière, il a claqué neuf buts et quatre passes décisives en 26 matchs.

En embuscade derrière l’armada

Malheureusement pour lui, le secteur offensif du Barça est copieux. Très copieux. Sur le papier du moins. Difficile de se frayer un chemin entre Messi, Suarez, Griezmann, Dembélé et Coutinho. Et ce, même si Malcom s’est engagé avec le Zénith. La bonne nouvelle, c’est que le Barça avait prévenu : si l’un de ses attaquants venait à partir, il n’avait pas l’intention de débourser un centime pour en enrôler un nouveau. Confiance serait alors donnée aux deux canteranos que sont Carles Perez et Abel Ruiz. « Le fait que sortent ces joueurs, qu’ils marquent des buts et s’intègrent est bénéfique puisqu’ils se positionnent comme des alternatives », répond Ernesto Valverde en conférence après une question sur Perez. « Nous sommes contents pour lui. Quand arrivera la Liga et les matchs qui comptent, nous verrons sur quels joueurs nous pourrons compter. » Après la nuit de Kobe, il est clair que Perez a marqué plus de points que Ruiz, de deux ans son ainé. Ses récentes performances ont-elles convaincu Valverde au point de jouer un mini-rôle dans le départ de Malcom ? Impossible à deviner. Mais il ne faut pas se leurrer, il faudra plus qu’un doublé contre une équipe japonaise pour permettre à Carles Perez de gouter régulièrement à l’équipe A. Pour l’instant, sa place est encore avec la réserve et c’est en Segunda B qu’il devrait encore continuer à se faire les dents. En attendant tranquillement que l’opportunité se présente pour, enfin, découvrir le Camp Nou… et pourquoi pas à nouveau se faire remarquer avec une praline du gauche ?

Crédits photos : Kazuhiro NOGI / AFP