Au moment de retrouver un championnat local qu’il a remporté l’an dernier, le club de la capitale n’a sans doute pas oublié les difficultés rencontrées lors du dernier exercice. Entre divergences internes, blessures en pagailles et prestations insipides, le champion n’en était plus vraiment un. Pour Thomas Tuchel, l’un des principaux points de naissance de ce fiasco était l’absence de spécialistes dans l’entrejeu, l’obligeant ainsi à bricoler une animation défaillante. Quelques mois plus tard, le coach allemand est comblé par les arrivées de Gueye, Herrera ou encore Sarabia. Pour autant, ces arrivées peuvent-elles transformer le PSG ? Voici quelques éléments de réponse, avant que le terrain ne reprenne ses droits.

Gueye, un équilibre en question

En recrutant l’ancien joueur d’Everton, la direction parisienne s’est attaché les services d’un joueur fiable et régulier. En effet, il comptabilise 134 matchs disputés sur 152 possibles lors des quatre dernières saisons de Premier League, une addition non négligeable à un effectif qui a trop souffert des indisponibilités. La récente blessure d’Ander Herrera pour une durée de trois à quatre semaines devrait d’ailleurs accélérer son intégration, dans un onze parisien où il a des qualités à faire valoir.

Tout d’abord, sa réputation de meilleur tacleur de Premier League en fera un atout important pour le pressing mis en place par Tuchel, qui souhaite voir son équipe récupérer le ballon très haut sur le terrain. Il ne faut également pas sous-estimer sa capacité à compenser les décalages exploitables par les adversaires, ni l’influence positive qu’il pourrait avoir sur des joueurs comme Verratti ou Paredes, ainsi libérés de certaines tâches défensives. Enfin, les parisiens ont la fâcheuse habitude de concéder des buts ou des actions pénalisantes sur des frappes lointaines car ils tardent à se jeter sur l’adversaire, où tout simplement ne sont pas assez précis dans ce type d’interventions. Déjà très efficace dans ce registre à Lille, le sénégalais devrait soulager ses nouveaux partenaires tant il a perfectionné cet aspect de son jeu en Premier League.

Si l’effectif de la saison dernière suffisait à dominer la récupération en Ligue 1 grâce aux anticipations de Verratti, au vice d’Alves ou au sens de l’interception souvent oublié de Draxler, la Ligue des Champions avait révélé les limites de l’entrejeu parisien. Les deux matchs contre Liverpool ainsi que le match au Parc des Princes contre Naples avaient fait ressurgir l’image d’un collectif déséquilibré, subissant les transitions de deux équipes douées dans ce domaine-là. La signature de Gueye s’inscrit dans la perspective de renforcer l’animation défensive, le joueur possédant le bagage physique et technique pour avoir un impact à son échelle. Néanmoins, son rôle dans l’animation offensive est un enjeu beaucoup moins discuté, mais tout aussi important.

Par sa polyvalence, Gueye aura sans doute la responsabilité d’assumer aussi bien un rôle de sentinelle que de relayeur au cours de la saison. Si sa première relance est propre, elle reste assez sécurisée et n’offre pas les mêmes perspectives que celle de Verratti, voire même de Leandro Paredes. Face aux oppositions que va rencontrer le PSG tous les weekends, cela peut poser un vrai problème en termes de changement de rythme et d’intensité dans la circulation du ballon. Dans un rôle de relayeur, la question est de savoir si Gueye peut bonifier son activité défensive, que ce soit par des sorties de balles efficaces ou par des projections offensives.

Cet équilibre est une constante pour les recrues parisiennes dans ce secteur depuis des années. Que ce soit Stambouli, Krychowiak ou encore Diarra, tous ces joueurs étaient actifs à la récupération mais leur déchet technique dans l’utilisation entravait totalement leur activité défensive. Le profil a priori plus hybride de Gueye doit faciliter son intégration, même si la pression inhérente au recrutement dans ce secteur de jeu en fait un challenge intriguant. En même temps, à 29 ans et avec une faible expérience européenne, c’est le genre de défi qu’il est venu chercher au Paris-Saint-Germain.

Mais qui va faire avancer ce foutu ballon ?

Verratti. Paredes. Gueye. Herrera. Sur le papier, Thomas Tuchel doit être rassuré des options dont il dispose à l’entame de la saison. Avec quatre spécialistes du poste, contre un et demi la saison dernière si l’on compte le jubilé d’Adrien Rabiot, le changement est radical. Le début de saison sera aussi l’occasion de revoir Marquinhos au milieu de terrain après sa belle saison à ce poste. Toutefois, Tuchel a prévenu que cela ne durera pas si l’intégration de Gueye est un succès : « Si on doit s’attendre à voir Marquinhos plus souvent en défense avec l’arrivée d’Idrissa Gueye ? Je l’espère. Ça voudrait dire qu’Idrissa joue au niveau auquel on l’attend. Il joue exactement à ce poste de numéro 6. »

Maintenant que l’on a traité l’aspect quantitatif, vient la question de l’animation de ce milieu de terrain. Tous les milieux parisiens ont un point commun : ils sont tous plus efficaces derrière la ligne de passe, et donc plus aptes à passer le ballon qu’à le recevoir en mouvement pour créer des décalages. Pour certains c’est la routine, comme Marco Verratti qui chaque année se réfugie entre Thiago Silva et Marquinhos. Cette position très basse de premier relanceur le rend difficilement compatible avec Paredes, comme on a pu le constater lors de leurs apparitions communes. Pour Herrera et Gueye, ce sont des joueurs de harcèlement qui ne sont pas des atouts majeurs pour les transitions offensives et les attaques placées.

En incorporant plus de deux de ces joueurs dans le même système, le coach parisien rendrait son équipe encore plus dépendante de la réussite de ses attaquants. Heureusement pour lui, ses joueurs de compléments peuvent lui apporter d’autres solutions. Le premier nommé est Pablo Sarabia, fraîchement débarqué du FC Séville où il a réalisé un dernier exercice fantastique. Dans la continuité, ses prestations en préparation ont été très intéressantes, en témoigne sa belle entente avec Kylian Mbappe. Sa capacité à jouer en rupture, à se projeter dans la surface ou encore à déclencher depuis l’extérieur de celle-ci contraste avec la frilosité offensive de ses partenaires.

Vient ensuite Julian Draxler. L’ailier reconverti milieu de terrain estime avoir progressé depuis son arrivée au PSG. C’est vrai, car sa palette technique et surtout tactique a évolué. Ce qui n’est malheureusement pas le cas de son irrégularité, qui liée à la baisse de ses statistiques en raison de son poste mouvant n’aide pas son plaidoyer auprès de certains supporters. Pour convaincre, il aura une énième chance dans cet effectif, où il faudra définitivement qu’il passe un cap dans l’efficacité, particulièrement lorsque le niveau s’élève. Ces deux joueurs peuvent donc tout à fait prétendre à une place régulière dans le onze afin de rendre les actions parisiennes moins prévisibles.

Ce manque dans la création s’est ressenti en préparation, notamment lorsque Kylian Mbappe a décroché à l’image de Neymar. En démarrant son action très loin des buts adverses, il a laissé Cavani et Sarabia comme seules cibles potentielles dans la surface. Le retour progressif de Di Maria puis celui hypothétique de Neymar (ou son remplacement) combleront ce vide, au moins pour ce qui est des joutes nationales.

En prévision des confrontations européennes, le doute est tenace, car les attaquants parisiens sont particulièrement ciblés. Avec une charnière frileuse dans son utilisation du ballon et une animation des côtés parmi les pires du championnat français – 18e équipe en termes de centres réussis par match en 18/19 – le milieu de terrain parisien sera scruté de près. Jeu long, frappes de loin, jeu en triangle, tous les efforts pour réduire la dépendance statistique aux attaquants seront salués. Ce processus, s’il se met en place, entraînera le PSG vers un meilleur équilibre collectif. Et validera les choix de Thomas Tuchel.

À l’aube de la nouvelle saison, les craintes autour du milieu de terrain parisien ne sont plus légion. Pour cause, les joueurs sont nombreux, expérimentés et déterminés à se battre pour leur place. Reste à savoir s’ils sont réellement complémentaires, en raison de leurs profils limités offensivement. Si ce n’est pas le cas, le plan de Tuchel pour libérer ses créateurs sera confronté aux mêmes obstacles que la saison dernière.

Mais cette fois, il n’aura plus d’excuses. 

Crédits photos : Xinhua/Mao Siqian